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Moyen Orient et Monde

Politique étrangère : faut-il prendre Donald Trump au mot ?

Focus

Zoom sur les phrases dites et les annonces diplomatiques du 45e président des États-Unis.

Julie KEBBI | OLJ
23/01/2017

« À partir de ce jour, ce sera l'Amérique d'abord », a lancé le nouveau président Donald Trump lors de son discours d'investiture le 20 janvier 2017 à Washington. Son arrivée à la Maison-Blanche devrait largement réorienter la diplomatie américaine pour ces prochaines années. Marque-t-elle pour autant la fin de la pax americana ? Pour le moment, la vision isolationniste du nouveau locataire de la Maison-Blanche trouve des échos dans la doctrine Monroe. « Nous avons subventionné les armées d'autres pays, tandis que nos équipements militaires se dégradaient. Nous avons défendu les frontières d'autres pays tout en refusant de défendre les nôtres (...). Mais ça, c'est le passé », a ajouté le président le 20 janvier.
Annonçant l'augmentation du budget militaire, M. Trump prône le début d'un nouvel ordre mondial, où les Américains ne joueraient plus le rôle de gendarmes du monde.

Europe
Dans un entretien avec le Times et le Bild le 16 janvier 2017, Donald Trump a évoqué quelques points qui ont fait lever beaucoup de sourcils : «  Si elle (l'UE) va se séparer ou rester unie, pour moi, ça n'a pas d'importance  » ; « Je pense vraiment qu'elle (Angela Merkel) a fait une erreur vraiment catastrophique qui a été d'accueillir tous ces (migrants) illégaux, vous savez, prendre tous ces gens d'où qu'ils viennent. Et personne ne sait d'où ils viennent » ; « J'ai dit il y a longtemps que l'Otan avait des problèmes. En premier lieu qu'elle était obsolète parce qu'elle a été conçue il y a des années et des années. »
Applaudissant le Brexit et lançant des remarques cinglantes à l'égard de la politique migratoire d'Angela Merkel, le 45e président n'a pas manqué de critiquer le projet européen. Les États-Unis sont pourtant les fervents défenseurs d'une Europe unie depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et ont depuis entretenu des relations stratégiques avec le Vieux Continent. Les déclarations de M. Trump, quatre jours avant son investiture, ont suscité de nombreuses réactions du côté européen. L'Union européenne, troisième partenaire commercial des États-Unis, est vue comme un concurrent par le milliardaire. Adepte des relations bilatérales plutôt que multilatérales, le successeur de Barack Obama tend la main au Royaume-Uni, pays avec lequel il espère conclure des accords commerciaux. Mais pour le reste de l'Europe, l'arrivée au pouvoir de l'ancienne star de téléréalité ressemble pour l'instant à un saut dans l'inconnu.

Moyen-Orient
La relation entre les États-Unis et leurs alliés traditionnels dans la région s'est progressivement dégradée depuis 2012. La priorité de la ligne politique au Moyen-Orient du président Trump est de combattre l'État islamique (EI). Cependant, la stratégie de la nouvelle administration n'est pas encore claire au vu du peu d'informations divulguées sur sa future politique au Moyen-Orient.

Syrie
« J'ai pensé que combattre Assad et l'EI simultanément était de la folie et de l'idiotie. Ils se battent entre eux et pourtant nous combattons les deux... Je pense que de loin, notre plus grand problème n'est pas Assad, mais Daech, j'ai toujours ressenti cela » (entretien avec le New York Times, 26 mars 2016).
« Je n'aime pas Assad. Mais Assad fait la guerre à l'État islamique » (second débat télévisé face à Hillary Clinton, 9 octobre 2016).

En Syrie, Donald Trump semble vouloir laisser la Russie de Vladimir Poutine, avec qui il souhaite un rapprochement, gérer la situation. Mais tous les membres de l'équipe dirigeante ne sont pas sur la même ligne. Donald Trump a contredit son vice-président Mike Pence en appelant à ne pas combattre Bachar el-Assad. M. Pence avait déclaré être en faveur du bombardement des forces du régime syrien lors d'un débat face au colistier de Hillary Clinton, Tim Kaine, le 4 octobre 2016.
La position de l'administration reste donc très floue sur le dossier syrien. Invité par les Russes et les Turcs, Washington a décidé de ne pas se rendre aux négociations d'Astana aujourd'hui. Cela devrait lui laisser le temps de lever quelques ambiguïtés, la plus importante étant: comment vont-ils coopérer avec les Russes tout en sanctionnant les Iraniens alors que les deux pays sont alliés dans la défense du régime syrien ?

Arabie saoudite
« Ces États du Golfe n'ont rien d'autre que de l'argent. Je les ferai payer. Nous avons une dette de 19 milliards de dollars. Nous n'allons pas payer. N'oubliez pas que sans nous, les États du Golfe n'existeraient pas » (2 août 2016, meeting en Virginie).
« Le président Trump est engagé à réaliser l'indépendance énergétique par rapport au cartel de l'Opep et à toutes les nations hostiles à nos intérêts. Dans le même temps, nous travaillerons avec nos alliés du Golfe pour développer une relation énergétique positive dans le cadre de notre stratégie antiterroriste » (site de la Maison-Blanche, 22 janvier 2017).

Lors de sa campagne présidentielle, M. Trump a critiqué ouvertement les pays du Golfe pour leur manque d'investissement dans la crise des réfugiés syriens. Il a également annoncé durant sa campagne vouloir bloquer les importations de pétrole saoudien pour se concentrer sur l'autosuffisance énergétique. L'Arabie saoudite se réjouit pourtant de l'arrivée du milliardaire très critique à l'égard de l'Iran. « Nos intérêts concordent », lançait le ministre saoudien des Affaires étrangères à un groupe de journalistes à Paris le 16 janvier 2017.

Iran
« L'Iran est un gros problème et va continuer de l'être. Mais si je suis élu président, je saurai comment faire face à ce problème » (Washington D.C., 21 mars 2016).
« Je ne veux pas dire ce que vais faire concernant l'accord avec l'Iran. Mais je ne suis pas content de cet accord, je pense que c'est l'un des pires accords jamais conclus, je pense que c'est l'accord le plus stupide que j'aie vu » (entretien avec le Times et le Bild, 16 janvier 2017).

Le nouveau locataire de la Maison-Blanche souhaite renégocier l'accord nucléaire conclu le 14 juillet 2015 entre l'Iran et les 5+1 (États-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni, Allemagne). En nommant notamment Rex Tillerson au poste de secrétaire d'État, M. Trump s'est entouré de personnalités connues pour leur hostilité envers Téhéran. Le président iranien, Hassan Rohani, s'est montré ferme, refusant tout changement autour du marché conclu. Il n'a pas manqué de souligner son scepticisme quant aux actions futures de Donald Trump, expliquant que l'accord avait déjà reçu l'aval de l'Onu. « Je ne pense pas que lorsqu'il entrera à la Maison-Blanche, il se passera quelque chose », disait-il en réponse aux déclarations du président américain le 17 janvier 2017 pendant une conférence de presse à Téhéran.

Égypte
« Sous une administration Trump, les États-Unis d'Amérique seront un ami fidèle, mais aussi un allié sur lequel l'Égypte pourra compter, les jours et les années à venir » (communiqué, 20 décembre 2016).
M. Trump et le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, se sont rencontrés à New York lors de l'Assemblée générale de l'Onu le 20 septembre 2016 alors que le milliardaire n'était que candidat. Premier dirigeant international à féliciter Donald Trump lors de sa victoire présidentielle, M. Sissi voit en lui un partenaire privilégié contre « le terrorisme et l'islamisme radical ».

Israël/Palestine
« La paix entre les Israéliens et les Palestiniens sera possible uniquement à travers des négociations directes entre les parties, et non par l'imposition de conditions par les Nations unies » (communiqué de presse, 22 décembre 2016).
« On donne tant aux Palestiniens, même si ce n'est pas juridiquement contraignant, et ça rend les choses beaucoup plus difficiles à négocier pour moi » (entretien avec le Times et le Bild, 16 janvier 2017).
Le président est directement intervenu après la résolution de l'Onu sur la condamnation de la colonisation israélienne. « Véritable ami d'Israël » selon M. Netanyahu, le 45e président s'est ouvertement opposé à l'administration Obama par le biais de communiqués sur les réseaux sociaux. En parallèle, sa promesse de campagne sur le transfert de l'ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem a également suscité de vives réactions du côté de la communauté internationale. M. Trump a déjà confié au Bild et au Times que Jared Kushner, son gendre et conseiller politique, allait « passer un accord avec Israël que personne d'autre ne peut faire ».

Russie
« Il y a des sanctions sur la Russie. Voyons si nous pouvons faire de bons accords avec la Russie » (entretien avec le Times et le Bild, 16 janvier 2017).
« Je crois qu'un apaisement des tensions, qu'une meilleure relation avec la Russie – à partir d'une position de force seulement – est possible, absolument possible. Certains disent que les Russes ne seront pas raisonnables. J'ai l'intention de le découvrir » (27 avril 2016, Washington D.C.).
M. Trump ne cache pas sa sympathie pour Vladimir Poutine et souhaite un rapprochement entre les deux acteurs principaux de la guerre froide. La nature de sa relation avec le Kremlin a été questionnée à plusieurs reprises durant la campagne présidentielle américaine. La révélation d'un rapport confidentiel de la CIA en décembre 2016 attribuant des actes de piratage du Parti démocrate à des hackers russes n'a fait qu'augmenter les soupçons. La Russie est actuellement sous le coup de sanctions économiques des Américains et de l'Union européenne suite à l'annexion illégale de la Crimée en 2014. Prêt à collaborer sur le dossier syrien, M. Trump désire « normaliser » les relations avec son homologue russe. Il a notamment suggéré la levée des sanctions économiques contre un accord de réduction de l'armement nucléaire. « Le monde doit savoir que nous n'allons pas à l'étranger à la recherche d'ennemis, que nous sommes toujours contents quand de vieux ennemis deviennent des amis et que de vieux amis deviennent des alliés », peut-on lire désormais sur le site de la Maison-Blanche.

Chine
« L'entrée de la Chine dans l'Organisation mondiale du commerce a permis le plus grand vol d'emplois de l'histoire » (meeting de campagne le 28 juin 2016, Monessen, Pennsylvanie).
« Tout est sur la table, dont la politique d'une seule Chine » (entretien avec le Wall Street Journal, 13 janvier 2017).
« Est-ce que la Chine nous a demandé si elle pouvait dévaluer sa monnaie (ce qui complique la tâche de nos entreprises pour être compétitives), lourdement taxer nos produits importés dans leur pays (les États-Unis ne les taxent pas) ou bâtir un vaste complexe militaire en mer de Chine du Sud ? Je ne crois pas! » (compte Twitter @realDonaldTrump, 4 décembre 2016).
M. Trump a provoqué un tollé en s'entretenant le 3 décembre 2016 avec Tsai Ing-wen, la présidente de Taïwan. Les relations diplomatiques entre Taïwan et les États-Unis sont officiellement rompues depuis 40 ans en application de la politique « une seule Chine » (Pékin estime que Taïwan est un territoire chinois). Les Américains n'ont donc officiellement de relations qu'avec la Chine dite « traditionnelle ». M. Trump a critiqué ouvertement et à plusieurs reprises les politiques chinoises. Sa vision inquiète Pékin, qui craint que le statu quo ne soit remis en question, notamment en mer de Chine.

(Lire aussi : Avec Trump, une Maison Blanche très différente)

 

Afrique
« Comment les entreprises américaines concurrencent-elles celles des autres nations en Afrique ? Sommes-nous en train de perdre au profit des Chinois ? »
Voici l'une des questions que l'on peut lire dans le document de l'équipe de transition de M. Trump transmis au département d'État et au Pentagone. L'offensive économique chinoise en Afrique a été rapide et efficace ces dernières années, surpassant de loin les échanges commerciaux du continent africain avec les États-Unis. Le document de la Maison-Blanche liste également les priorités de la nouvelle administration : Boko Haram, la corruption, les aides américaines à l'Afrique ou encore le terrorisme. Quel sera l'avenir pour la relation États-Unis/Afrique ? Difficile de s'avancer : on trouve beaucoup d'interrogations du côté républicain et peu de déclarations à ce sujet de la part du président.

Mexique
« Le Mexique paiera pour le mur. 100 %. Ils ne le savent pas encore, mais ils paieront pour le mur » (speech sur l'immigration, le 31 août 2016).
Donald Trump souhaite construire un mur pour bloquer les flux de migrants illégaux entre la frontière mexicaine et le Texas. Les attaques verbales du milliardaire ont visé à plusieurs reprises le Mexique durant sa campagne. Pourtant membre de l'accord de libre-échange nord-américain (Alena), le Mexique est le premier partenaire commercial des États-Unis. Protectionniste, Donald Trump a déjà annoncé vouloir renégocier cet accord sur le site de la Maison-Blanche.

Climat
« Le concept du réchauffement climatique a été créé par et pour les Chinois dans le but de rendre l'industrie américaine non compétitive » (compte Twitter @realDonalTrump, 6 novembre 2012).
« La propreté de l'air est un problème pressant. On veut un air et une eau propres. C'est très important pour moi, et j'ai gagné des prix environnementaux. Mais je ne crois pas au changement climatique » (entretien avec CNN, 25 septembre 2015).
« Une bonne politique énergétique commence par la reconnaissance du fait que nous avons de vastes réserves énergétiques nationales inexploitées ici même en Amérique. L'administration Trump va embrasser la révolution de pétrole et de gaz de schiste pour apporter des emplois et la prospérité à des millions d'Américains » (site de la Maison-Blanche, 22 janvier 2017).
M. Trump a de nombreuses fois déclaré son scepticisme quant à la véracité du changement climatique. Il a expliqué considérer la possibilité pour les Américains de se retirer des accords de Paris sur le climat négocié l'année dernière, avant de se rétracter dans le New York Times le 22 novembre 2016. Le président des États-Unis a d'ores et déjà annoncé l'élimination des « politiques néfastes et inutiles telles que le Plan d'action pour le climat et les eaux des États-Unis » sur le site de la Maison-Blanche. En parallèle, Donald Trump a nommé Scott Pruitt, procureur de l'Oklahoma et climatosceptique, à la tête de l'Agence pour la protection de l'environnement (EPA).


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