Carlo Massoud

Génération Orient II : #3 Carlo Massoud, designer, 32 ans

21/01/2017

Le design, combinaison réussie du beau et du fonctionnel, dessine au fil du temps des objets cultes et intemporels, comme la lampe Pipistrello de Gae Aulenti, ou le presse-citron de Philippe Stark. Si ces produits continuent d'exercer une fascination sur les esthètes et les collectionneurs, Carlo Massoud, lui, choisit de suivre cette voie, mais à contre-courant.

Après une licence en design-produit en 2008 à l'Académie libanaise des beaux-arts, il décide de partir en Suisse pour compléter sa spécialisation en art artisanal au sein de l'École cantonale d'art de Lausanne. Il apprend à moderniser l'artisanat traditionnel dans une forme novatrice aux techniques très élaborées.

De retour à Beyrouth en 2010, il décroche plusieurs projets d'architecture intérieure, participe à la réalisation de la Winery à Atibaia et à l'atelier Biomass. Conscient de la nécessité d'acquérir plus d'expérience, il intègre les bureaux de l'architecte Nasser Nakib et fait durant deux années consécutives l'aller-retour entre Beyrouth et New York.

Fatigué de dessiner des salles de bains, de choisir entre les envies de Madame ou celles de Monsieur, de gérer des couples au bord du divorce pour la couleur d'une bibliothèque, Carlo Massoud décide de répondre à l'appel de sa passion et se lance seul.

Une première installation en 2014 avec Carwan Gallery se révèle être un échec. Pour 60 pièces, 4 seront vendues. C'étaient les Dolls, sonate du voile à quatre temps, quatre déclinaisons du voile stylisées et revisitées, un projet né par un hasard heureux en Suisse et choisi par l'artiste comme sujet de diplôme. À la même période, il est sélectionné pour représenter le design à l'Armory Show à New York. En 3 jours, Yara, Maya, Zeina et Rasha (les Dolls) étaient toutes vendues et franchissaient le seuil de tous les appartements new-yorkais. Pour un public indien, pakistanais ou juif, il allait délivrer chaque poupée dans chaque maison. Son but était atteint : démystifier la peur que provoquaient les femmes voilées au sein du monde occidental.


Icare, de ses ailes...
Carlo Massoud, pour s'imposer sur un marché qui regorge de designers, privilégie un chemin particulier, celui qui passe par la réflexion et par l'émotion. Pour lui, un objet doit avant tout raconter une histoire, témoigner d'une culture, s'ouvrir sur des sociétés souvent taboues.

L'artiste considère que la société d'aujourd'hui n'a plus besoin de s'encombrer d'objets, ceux-là se doivent d'être désirés, appréhendés comme une sculpture. Sa démarche tend vers un aboutissement sculptural, rigoureux et créatif, qui se démarque de ce que l'on trouve sur le marché local. Il construit un scénario, créé pour l'histoire qui se cache derrière chaque forme, pour le sens et non pour l'esthétique. Ses œuvres sont puissantes, novatrices, jamais utilitaires. Créer une brosse à dents, un rasoir électrique ne l'intéresse pas.

Un presse-agrumes Magimix est suffisamment efficace et une brosse à dents Colgate se charge très bien de répondre à l'emploi. Spontané, fougueux, jamais bourgeois, il dénigre l'aspect mercantile et le nombre de ventes, traverse les continents, fréquente les autochtones, s'imprègne de leur culture et crée comme on écrit de la poésie. C'est ainsi qu'il réalise, après deux mois de séjours en Afrique du Sud, avec la collaboration de sa sœur céramiste, des tables basses en bronze inspirées de l'objet fétiche de la région.

Rêveur et idéaliste, Carlo Massoud n'en reste pas moins perfectionniste. Il connaît parfaitement le métier et tous ses rouages, peut monter de toutes pièces un transformateur, souder dans le détail et les règles de la technicité. Une technicité révolutionnaire dont il fait preuve pour sa création, la lampe Sultan. L'artiste expérimente de nouveaux matériaux qu'il utilise à contre-courant et réussit ainsi à façonner le bronze à la manière du bois. Une approche décalée pour un artiste qui fut un enfant terrible. Carlo Massoud reconnaît que dans le design il existe plusieurs branches. Élève indiscipliné et paresseux, toujours réprimandé par ses supérieurs, il est la preuve que l'école ne fait pas les hommes : la persévérance et la passion s'en chargent. Pour prendre l'envol le plus loin, Icare, de ses ailes, a réussi à apprivoiser le soleil.

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