Une performance improvisée de danse contemporaine.
Clara Sfeir, qui êtes-vous ?
Après des études dans le domaine du cinéma et un diplôme en chimie, je décide de céder à ma passion, la danse. Je rejoins le Caracalla Dance Theater... J'ai 18 ans.
J'intègre l'école Takween, première école contemporaine de danse au Liban et dans la région. Le programme d'entraînement intensif est assuré par des artistes et des chorégraphes libanais et étrangers (Jordanie, Syrie, Palestine...) sur une période de trois mois à Maqamat studio et permet aux élèves de poursuivre une carrière de danseur ou de chorégraphe dans la danse contemporaine... J'ai 23 ans.
Je mets en place des ateliers et des laboratoires de danse avec des artistes comme Radwan el-Meddeb, chorégraphe tunisien français, dans le cadre de Takween. Il m'ouvre un horizon créatif et alimente mon inspiration. Je travaille d'une façon autonome, je m'inspire des travaux d'artistes comme Nassira Bel Azza la chorégraphe, de films au cinéma, de tableaux de grands maîtres. Pour moi qui suis dans la création, le monde de l'inspiration se trouve partout où les sens sont sollicités, le regard, l'ouïe, même l'odorat. L'intellect intervient et c'est le mental imaginaire qui génère les créations.
J'ai l'âge qui me plaît, celui où je m'accomplis.
Vos premières créations ?
En 2009, je crée un duo avec Ali Chahrour sur une musique de Mustapha Saïd. C'est ma première création, Head of me, pour l'Arab Dance Platform. Vingt et une minutes et 26 secondes pour mettre en scène un caractère en quête d'harmonie qui se réfugie dans le monde virtuel du cinéma pour échapper à la laideur du quotidien.
En 2010, avec Flash, je travaille sur le thème de la lumière en interaction avec le mouvement.
En 2013, je réalise Eight People, Eight Rules dans le cadre de Nehna wel Amar wel Jiran, un festival organisé par Collectif Kahraba. C'est un événement culturel extra muros. Après trois semaines de travail intensif, huit danseurs amateurs et professionnels mettent en place leurs idées et créent une performance où ils tentent de coexister. Aux sons du cello et de la percussion, des improvisations sonores accompagnent le mouvement du groupe.
Thoughts, unemotional aborde le thème du narratif émotionnel. Celui que je suggère mais qui laisse toujours au spectateur la liberté de tracer des narratifs à lui.
Votre spectacle actuel ?
Ce projet a pris son départ il y a trois ans. Il aborde la danse arabe comme matière chorégraphique pour mieux comprendre ses aspects historiques et scientifiques autour de l'héritage du mouvement dans la région Est-Méditerranée. Pour ce projet particulier, j'ai choisi comme répertoire le travail des danseuses Nabaweya Mostafa et Tahia Karioka, parues dans le cinéma égyptien avant 1952.
Le corps s'installe dans un état entre la maîtrise et l'abandon total. J'essaie de garder cet état jusqu'à la fin de cette rencontre. L'abstraction est l'un des thèmes principaux. Comment rendre abstrait tout ce qui est chargé de préjugés, comment revenir à l'essentiel, au primitif ? La musique est contemporaine, une musique arabe, tribale, aux sons familiers, sur laquelle le musicien tente de faire des innovations. Mustapha Saïd reste fidèle à mon concept. Celui du dialogue permanent qu'établit la danse.
* « La Forme » (al-Qāleb) au théâtre Tournesol, Tayyouné, ce soir et demain, à 20h30. Danse et chorégraphie : Clara Sfeir. Musique : Moustafa Saïd.

