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Économie

Les cinq chantiers économiques prioritaires du gouvernement

Liban - Focus

Alors qu'un nouveau gouvernement a finalement été formé hier, les observateurs sont dans l'attente de cinq réformes prioritaires pour redresser l'économie libanaise.

19/12/2016

La formation hier d'un nouveau gouvernement de 30 ministres, dont six ministres d'État (voir pages 2 et 3), a permis de rassurer les observateurs économiques qui réclamaient la formation d'un cabinet pour relancer l'économie en berne. Bien que celui-ci ait a priori une durée de vie de seulement quelques mois – des législatives étant prévues en mai –, pour ces acteurs, il devra se pencher sur cinq dossiers prioritaires. Focus sur ces cinq réformes à mener d'urgence.

La réduction du déficit public

Selon les observateurs, le premier chantier prioritaire du ministre des Finances, Ali Hassan Khalil – reconduit à son poste –, reste la réduction du déficit public. Entre 2011 et 2015, les dépenses publiques ont augmenté de 15,2 % à 13,45 milliards de dollars, contre une hausse de seulement 2,6 % des recettes, à 9,58 milliards selon la Banque mondiale (BM). Conséquence : en cinq ans, le ratio du déficit public sur le PIB est passé de 5,8 % à 7,8 %. Quant au ratio de la dette publique, il est passé de 134 % à 139 % du PIB sur la même période, selon le ministère des Finances. « La question de la politique budgétaire est cruciale, nous sommes face à un mur sur le plan des finances publiques », déplore une source financière ayant requis l'anonymat. La majorité du déficit public est constituée des rémunérations salariales, du paiement du service de la dette et des transferts à Électricité du Liban. « L'État est hypertrophié, depuis la période d'après-guerre, mais surtout depuis l'administration Mikati, il ne fait que recruter des agents publics et des contractuels, sans budget déterminé. Il faut repenser l'État en profondeur, sa performance et les moyens dont il a réellement besoin », poursuit la source. Quant aux recettes, « il faut réformer la politique fiscale, en harmonisant la répartition de l'impôt entre la consommation – les impôts indirects représentant environ 70 % des recettes fiscales –, la richesse et les revenus, qui sont relativement peu taxés », ajoute le directeur exécutif du Consultation & Research Institute, Kamal Hamdan.
Mais cela supposerait avant tout le vote d'un budget. « La priorité est de ressusciter la tradition républicaine, avec le vote d'un budget annuel. Cela fait 10 ans que nous fonctionnons sans budget », ajoute Kamal Hamdan. Mais, encore une fois, le vote de la loi de finance par le Parlement semble compromis alors que le gouvernement sortant n'a pas transmis de projet de budget pour l'exercice de 2017 avant la date limite du 3 octobre...

La baisse du taux de chômage

Deuxième défi, désormais entre les mains du nouveau ministre du Travail, Mohammad Kabbara : la réduction du taux de chômage. En l'absence de statistiques fiables permettant de mesurer l'ampleur du chômage au Liban (à 11 % en 2010, selon le rapport Miles publié en 2013 par la BM, voire à 25 % selon le ministère du Travail), il est difficile également de quantifier l'impact de l'afflux massif de réfugiés sur le marché local du travail. Mais, selon un rapport publié le 10 novembre dernier par la Commission économique et sociale des Nations unies pour l'Asie occidentale (Escwa), les réfugiés syriens au Liban ont augmenté la force de travail de 50 % sur le marché. Selon le rapport, la priorité devrait être accordée à la lutte contre le chômage des jeunes, dans un contexte de stagnation de la création d'emploi. Cela coûterait entre 166 et 242 millions de dollars par an pour les programmes de formation ou d'aide aux sans-emploi. « Le dossier du chômage est ultraprioritaire, et l'est depuis les années 90 », lance le conseiller économique Roger Khayat. Selon lui, la mise en place d'un système d'indemnité de chômage permettrait d'encourager les Libanais qualifiés à rester travailler au Liban plutôt que de partir pour l'étranger. « Il n'y a jamais eu de politique d'emploi au Liban, et un fonds d'indemnités obligera financièrement l'État à mettre en place une vraie politique pour réduire le nombre de chômeurs », détaille-t-il. Mais, « pour en sortir, il faut une vraie politique de développement, ce ne sont pas quelques mesures qui pourront résorber le taux de chômage. Car il est dû à un cercle vicieux : les taux réels très élevés de la dette publique entraînent des carences d'investissements dans l'économie productive, comme l'agriculture, l'industrie et les services », nuance-t-il.

L'exploitation des gisements offshore de pétrole et de gaz

L'ajournement successif de l'adoption de deux décrets empêche toujours les 46 compagnies, qui s'étaient qualifiées en avril 2013 pour participer à l'appel d'offres sur l'attribution des licences d'exploration des gisements, de présenter leurs offres. Le premier décret définit les coordonnées des dix blocs de concession prévus dans la Zone économique exclusive (ZEE) du Liban ; le second précise les modalités du contrat d'exploration et de production devant lier l'État aux concessionnaires. « Le nouveau gouvernement enverrait un signal positif s'il adoptait ces deux décrets manquants pour permettre l'exploitation du pétrole, restés bloqués essentiellement pour des raisons politiques », détaille Mona Sukkarieh, cofondatrice du cabinet Middle East Strategic Perspectives. De plus, l'accord sur la question du pétrole conclu entre le président de la Chambre, Nabih Berry, et le ministre des Affaires étrangères et chef du CPL, Gebran Bassil, en juillet dernier offre l'espoir d'une réactivation du dossier. « L'accord est positif, mais ce n'est pas suffisant en soi. C'est un premier pas qui devrait préparer le terrain à un consensus national afin de trouver une solution », ajoute-t-elle.

La mise à niveau des infrastructures publiques

Les nouveaux ministres des Travaux publics et des Transports, Youssef Fenianos, de l'Énergie et de l'Eau, César Abou Khalil, de la Santé publique, Ghassan Hasbani, et des Télécoms, Jamal Jarrah, devront, selon les observateurs économiques, s'atteler à l'amélioration des infrastructures publiques. Car si le Liban occupe la 101e place sur 140 pays du classement mondial de la compétitivité en 2015, selon le Forum économique mondial, il a surtout été plombé par la qualité de ses infrastructures : plus de 97 % des pays du monde possèdent une offre d'électricité de meilleure qualité (137e place), tandis que le réseau routier dans 85 % des pays du monde est meilleur que celui du Liban (119e place). « Les réformes de l'électricité, des transports ou de la santé publique sont nécessaires. Elles peuvent être mises en place assez rapidement et avoir un fort impact. Celles-ci nécessitent des dépenses, mais cela peut être mené via des partenariats public-privé, afin de réduire le coût sur le budget. Elles pourront par la suite s'accompagner de politiques budgétaires, comme l'augmentation de certains impôts. Mais ce ne sera possible que si la population est témoin de véritables avancées dans les grands chantiers d'infrastructure en contrepartie », avait souligné le directeur du département de recherche de la Blominvest, Marwan Mikhael, à L'Orient-Le Jour après l'élection de Michel Aoun.

La lutte contre la corruption

« La BM a estimé à 17 % le pourcentage de PIB imputé à la corruption au Liban », souligne Kamal Hamdan. « La lutte contre la corruption est prioritaire car c'est la crédibilité de l'État qui est en jeu. La corruption a été un problème sous tous les précédents gouvernements, et étant donné que ce sont les mêmes acteurs politiques, le défi sera de montrer que ce gouvernement est capable de mettre en place des institutions bien gouvernées pouvant fournir des services publics en bonne et due forme », explique Badri Méouchi, président de la Lebanese Transparency Association. Selon lui, quatre textes de loi pour la lutte contre la corruption doivent être adoptés, et surtout appliqués. Le texte sur l'accès à l'information, la proposition de loi sur les lanceurs d'alertes, mais aussi la loi sur l'enrichissement illicite ou le texte permettant la création d'une commission anticorruption nationale. « Le fait que ce gouvernement résulte d'une entente entre tous les partis politiques est encourageant, cela pourrait suggérer un consensus sur les grands dossiers. Mais l'histoire a pour l'instant prouvé que c'est généralement l'inverse... Nous espérons que ce sera la fin de la paralysie politique car il reste beaucoup à faire », ajoute-t-il.





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Sabbagha Antoine

On veut serrer la ceinture et on commence par nommer huit ministres d 'état qui n'ont rien à faire .Monsieur le Ministre des Finances, Ali Hassan KHALIL courage .

Irene Said

"...l'Etat est hypertrophié..." pourtant le nouveau gouvernement du 19 déc. 2016 commence avec...30 ministres, qui auront tous leurs directeurs, sous-directeurs etc., et les salaires et avantages divers et nombreux qui vont avec !

Alors, on commence par où...Monsieur le Ministre des Finances, Ali Hassan KHALIL,
et pour quand le vote du budget 2017...au mieux celui de 2018 ?

Irène Saïd

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