Des forces prorégime avancent dans le quartier de Jisr al-Haj à Alep-Est. George Ourfalian/AFP
Les raids aériens et les violents bombardements ont semé la panique hier parmi les habitants de la ville syrienne d'Alep qui cherchaient éperdument un abri, les présidents russe et turc estimant que les violations d'une trêve conclue la veille devaient cesser.
L'accord de mardi sous la houlette de Moscou et d'Ankara devait permettre l'évacuation des insurgés et des milliers de civils affamés et désespérés de pouvoir sortir de la poignée de quartiers encore aux mains des rebelles.
Mais les violences ont repris de plus belle après une pause de plusieurs heures, poussant des habitants terrifiés à fuir à la recherche d'un abri, selon un correspondant de l'AFP qui a vu beaucoup de blessés dans la rue. Les raids aériens du régime se poursuivaient en fin d'après-midi, a-t-il constaté.
« La situation est horrible, a lancé le militant Mohammad al-Khatib, contacté par l'AFP à Alep via internet. Les blessés et les morts sont dans les rues, personne n'ose les retirer. Le bombardement est continu. C'est indescriptible. »
En soirée toutefois, un nouveau cessez-le-feu a été annoncé par un responsable rebelle qui a déclaré que les évacuations commenceront jeudi matin.
Une perte d'Alep marquera la fin de la rébellion dans cette ville symbole dont elle avait conquis la partie orientale en 2012. En revanche, elle représentera la plus importante victoire du pouvoir et de ses alliés russe et iranien depuis le début de la guerre en 2011.
« On est revenu à la case départ », a résumé le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane.
Hier soir, le ministre turc des Affaires étrangères a annoncé une rencontre réunissant la Turquie, la Russie et l'Iran le 27 décembre à Moscou pour « aboutir à un cessez-le-feu dans tout le pays et à l'ouverture de négociations sur une solution politique » en Syrie, alors que le conflit a fait plus de 312 000 morts depuis mars 2011.
Diplomatie par téléphone
L'allié russe du président Bachar el-Assad a accusé les rebelles d'avoir déclenché à nouveau les hostilités, tandis que le parrain de l'opposition, la Turquie, blâmait les troupes du régime et leurs alliés.
La vingtaine de bus qui devaient prendre en charge les évacués hier sont restés stationnés dans le secteur gouvernemental de Salaheddine. Des milliers d'habitants avaient pourtant attendu en vain d'y monter dans le froid et sous la pluie. Beaucoup avaient passé la nuit sur les trottoirs, faute d'abris.
Une source proche du régime a précisé que les négociations continuaient et « lorsqu'un accord sera conclu, les autorités syriennes l'annonceront ».
Dans un entretien téléphonique, le président turc Recep Tayyip Erdogan et son homologue russe Vladimir Poutine ont convenu que les violations du cessez-le-feu devaient cesser, se disant prêts à reprendre « dès que possible » l'évacuation des civils et des rebelles, selon une source présidentielle turque.
D'après un responsable rebelle, le régime et son allié iranien « veulent lier l'accord » à une levée du siège par les rebelles des villages chiites de Fouaa et Kfarya, sous contrôle gouvernemental dans la province d'Idleb (Nord-Ouest). D'ailleurs, ces villages ont été bombardés dans l'après-midi par les rebelles, selon l'OSDH.
De son côté, une source proche du pouvoir a accusé les rebelles d'avoir cherché à augmenter le nombre des personnes évacuées de 2 000 à 10 000.
Les chefs de la diplomatie russe et américaine se sont également parlés au téléphone, Sergueï Lavrov appelant John Kerry à faire pression sur les rebelles pour les inciter à quitter la ville, selon un communiqué de la diplomatie russe.
Selon l'influent groupe rebelle Noureddine al-Zinki, l'accord prévoyait l'évacuation en premier « des blessés et des civils », suivis des insurgés avec leurs armes légères, vers les régions rebelles des provinces d'Alep ou d'Idleb.
En outre, Washington et Paris ont appelé à des « observateurs internationaux » pour superviser une éventuelle évacuation.
« Environ 100 000 personnes sont encore piégées sur un territoire de 5 kilomètres carrés » à Alep, selon Médecins du monde.
« L'Iran, 1re puissance régionale »
Pour sa part, le commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Zeïd Ra'ad al-Hussein, a dénoncé la reprise des violences. « Si les raisons de la rupture du cessez-le-feu prêtent à discussion, la reprise de bombardements extrêmement violents des forces gouvernementales syriennes et de leurs alliés sur un secteur rempli de civils constitue très certainement une violation des lois internationales et très probablement des crimes de guerre », a-t-il accusé.
Par ailleurs, le Haut-Commissariat de l'Onu aux droits de l'homme a fait état d'informations selon lesquelles « au moins 82 civils » auraient été tués dans les quartiers repris par l'armée, suscitant un tollé international.
La Commission d'enquête sur la Syrie de l'Onu a par ailleurs indiqué hier que des groupes rebelles, dont le groupe Fateh al-Cham (ancienne branche syrienne d'el-Qaëda), empêcheraient des civils de quitter les quartiers assiégés d'Alep et s'en serviraient comme boucliers humains.
Ce groupe a annoncé hier que l'un de ses kamikazes avait fait exploser une voiture piégée au niveau d'une position du régime dans le sud d'Alep.
Alors que la communauté internationale est jusqu'à présent restée impuissante face à la guerre en Syrie, le chef de la diplomatie turque Mevlut Cavusoglu a annoncé une réunion entre Turcs, Russes et Iraniens le 27 décembre à Moscou pour « aboutir à un cessez-le-feu dans tout le pays et à l'ouverture de négociations sur une solution politique » en Syrie.
En Iran, autre allié fidèle de M. Assad, le président Hassan Rohani a félicité son homologue syrien pour « une très grande victoire pour le peuple syrien contre les terroristes et ceux qui les soutiennent ». Et pour le général Yahya Safavi, haut conseiller du guide suprême, son pays est désormais « la première puissance de la région ».
(Sources : agences)

