Le ministre slovaque des Affaires étrangères, Miroslav Lajcak, dont le pays assure la présidence tournante du Conseil de l’UE, donnant une conférence de presse à l’issue de la réunion des 28 hier à Bruxelles. Emmanuel Dunand/AFP
Les pays européens n'ont pas réussi hier à adopter une position unanime face à la « dérive » de la Turquie, partagés entre la volonté de lui envoyer un avertissement et la crainte de rompre les relations avec ce partenaire devenu incontournable. Les 28, réunis à Bruxelles, étaient tous d'accord pour réagir aux atteintes à la démocratie du gouvernement turc, qui se sont intensifiées depuis le coup d'État avorté du mois de juillet. Mais ils se sont divisés sur l'intensité de la réplique, dans un contexte de lutte contre le terrorisme, de guerre en Syrie et de gestion des migrations, où le président Recep Tayyip Erdogan s'impose comme un interlocuteur central.
« Dans les circonstances actuelles, l'ouverture de nouveaux chapitres » dans les négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE « n'est pas envisagée », a annoncé la présidence du Conseil de l'UE (instance regroupant les États membres), actuellement assurée par la Slovaquie, à l'issue de la réunion de ministres européens. Mais malgré de longues discussions, le texte n'a pas obtenu l'unanimité des 28. L'Autriche a, en effet, refusé jusqu'au bout de soutenir des conclusions communes si elles ne se prononçaient pas en faveur d'un « gel » des négociations d'adhésion de la Turquie au bloc européen. « Un pays n'a pas apporté son soutien au compromis soutenu par les 27 autres », a regretté le ministre slovaque des Affaires étrangères, Miroslav Lajcak. D'autres pays défendant une ligne dure, comme les Pays-Bas ou la Belgique, se sont eux rangés au compromis.
Dialogue maintenu
Une large majorité des pays européens se refusait à franchir le pas d'une rupture avec Ankara, qui plus est dans un moment où le pays est confronté sur son sol à des attaques terroristes, comme celle – revendiquée par un groupe radical kurde – qui a fait plus de 40 morts samedi.
« Il faut un dialogue maintenu, sur la base de la clarté et de la fermeté », a ainsi plaidé le secrétaire d'État français aux Affaires européennes, Harlem Désir, excluant le « gel » formel des négociations, comme demandé par le Parlement européen dans une résolution votée en novembre. Mais « compte tenu de la dérive du pouvoir en Turquie en matière de violation des droits de l'homme et de répression contre les journalistes, contre les universitaires et contre des parlementaires, il ne peut pas y avoir d'ouverture de nouveaux chapitres de négociations », a ajouté M. Désir.
« Nous ne devrions pas claquer la porte dans ce moment difficile », a également soutenu le secrétaire d'État allemand aux Affaires étrangères, Michael Roth, jugeant qu'il fallait « un signal clair de l'UE », y compris en direction des « citoyens turcs qui partagent nos valeurs ». Estimant « très décevante » l'absence d'unanimité des 28, M. Roth a cependant assuré qu'elle n'avait pas de conséquence concrète sur la position de l'UE dans les négociations d'adhésion avec la Turquie.
Ces tractations, découpées en 35 chapitres portant sur des domaines spécifiques, ont commencé en 2005, mais elles avancent depuis au ralenti. À ce jour, 16 chapitres seulement sont ouverts et un seul a été bouclé.
Débat artificiel
La question du gel ou non des négociations d'adhésion est « un débat artificiel, parce que les négociations d'adhésion sont au point mort depuis des mois », a jugé le commissaire européen Johannes Hahn, chargé des questions d'élargissement. Dans un rapport publié en novembre, la Commission européenne avait déploré le « retour en arrière » de la Turquie sur les critères d'adhésion, en particulier concernant la liberté d'expression et l'État de droit.
Mais l'exécutif européen juge qu'une rupture avec Ankara serait une erreur diplomatique, quelques mois après que l'UE eut accepté de « redynamiser » les négociations d'adhésion, en contrepartie des efforts turcs pour freiner les flux migratoires vers l'Europe. Un nouveau chapitre, portant sur des questions budgétaires, avait ainsi été ouvert fin juin et des « travaux préparatoires » lancés pour en ouvrir d'autres.
Le président Erdogan a, lui, plusieurs fois menacé de ne plus appliquer le pacte migratoire conclu en mars 2016, qui a permis de faire chuter sensiblement les traversées de la mer Égée. « Il existe pour la Turquie de très nombreuses alternatives » à l'UE, avait-il averti fin novembre.
(Source : AFP)


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