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Oui, je crois tout de même que j'ai le droit de parler aujourd'hui et de crier sur les toits ma peur et mon angoisse. Cela va faire tout de même bientôt 46 ans que je suis arrivé dans ce merveilleux pays qui est vite devenu ma seconde patrie. C'était un beau soir de janvier 1971. Le Liban était encore ce qu'on appelait la Suisse du Moyen-Orient. Je me suis souvent battu pendant toutes ces années, chaque fois que je retournais en France, pour qu'on sache la vérité sur ce qui se passait au Liban.
Mais aujourd'hui, je sens que le Liban est encore plus en danger que même aux pires moments de la guerre. Et ce qui m'a décidé à écrire ce sont des nouvelles qui circulent ces temps-ci dans le pays, de gens bien intentionnés qui disent que M. Trump va finalement défendre les chrétiens du Moyen-Orient. Peu importent les mots exacts du nouveau président des États-Unis, peu importe le contexte dans lequel ils ont été pris. Mais le mal est déjà à moitié fait. Un simple raisonnement qui fait croire aux chrétiens de la région que finalement quelqu'un d'important va venir les sauver de la catastrophe annoncée.
Je crois qu'il n'y a pas de piège plus subtil et plus maléfique que celui-là. Oui, je sais que, dans certaines régions du Moyen-Orient, des chrétiens sont persécutés. Mais d'abord ils ne sont pas les seuls. Il y a eu certainement beaucoup plus de musulmans que de chrétiens qui ont été victimes de Daech. Mais appeler au secours, pour nous sauver, quelqu'un qui se vante de vouloir chasser tous les musulmans des États-Unis, c'est tomber de nouveau dans le piège de la violence et de la haine, et ce n'est certainement pas cela qui peut rassurer les chrétiens.
Si la majorité silencieuse des musulmans de la région qui aiment encore les chrétiens voit que nous devenons les alliés de leurs ennemis, alors c'est sûr : ce sera la fin pour toujours de la présence chrétienne au Liban et au Moyen-Orient, et nous l'aurons bien mérité.
La présence chrétienne n'a de sens ici que comme une oasis de paix et de convivialité au milieu du chaos de tous les conflits. Les chrétiens de nos pays ne pourront rester ici que s'ils sont aimés et respectés comme un ferment d'unité et de collaboration ouverte au-delà des divergences de toutes sortes. Les chrétiens n'ont pas besoin de supports extérieurs pour s'en sortir. Des supports qui ne sont jamais complètement sincères ou désintéressés. Si nous continuons à vivre ici en tant que chrétiens, ce sera seulement parce que nos amis musulmans seront convaincus du bienfait de notre présence. Ce seront nos amis musulmans sincères qui nous sauveront. Il n'y a pas d'autre solution. Et si quelqu'un n'en est pas convaincu, alors c'est sans doute mieux qu'il s'en aille tout de suite de la région et ce sera inutile de crier encore au complot. Car, si complot il y a, il ne peut jamais rien contre des gens unis. Et il y a encore au Liban et au Moyen-Orient suffisamment de gens sages pour éviter que nous nous précipitions tous ensemble dans l'abîme!
Roland POUPON
Enseignant à la retraite


Nous ne voulons l'aide de personne. Que les Libanais, les vrais digne de ce nom, appliquent au Liban la "Déclaration de Baabda" qu'ils ont signée. La "Déclaration de Baabda" est reconnue par l'ONU, elle stipule la distanciation du Liban envers le monde entier. Nous respectons tous les pays du monde et nous souhaitons la réciprocité, tout simplement. Pour l'Histoire : Même Hitler avait respecté la neutralité de la Suisse. Pourquoi certains pays ne respectent pas la neutralité du Liban ?
18 h 36, le 10 décembre 2016