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Liban - La Vie, Mode D’Emploi

Le salut par l’envie

Vous êtes là, affalée devant votre téléviseur, à grignoter quelque « saleté » et à zapper. Soudain, votre téléphone sonne. Vous hésitez à vous lever. Le téléphone s'obstine comme un impératif catégorique. Vous vous arrachez péniblement de votre fauteuil, traînez vos kilos et vos pantoufles en récriminant. Quel fâcheux s'est souvenu de vous : vous étiez près de sombrer dans une douce somnolence ! Vous soulevez le combiné en vous promettant d'expédier la conversation en deux mots, trois grognements. Votre plus chère amie vous annonce, avec rires et gloussements, qu'elle vient de décrocher un merveilleux contrat pour aller travailler dans un merveilleux pays avec une merveilleuse équipe et avec des espérances encore plus merveilleuses si possible. Vous recevez toute cette mitraille en plein estomac. Vous vous exclamez d'admiration et d'envie (ce qu'elle recherchait) en faisant sentir leur artifice (ce qu'elle ne recherchait pas). Mais, réellement et intérieurement, vous ragez. Vous lui demandez des précisions comme un juge d'instruction soumet un suspect à un interrogatoire serré : et quand ? Et où ? Et avec qui ? Et comment cela s'est-il fait ? Vous raccrochez avec le bruit sec d'un soufflet. Dommage qu'il ne soit plus possible de torturer mentalement depuis que l'éducation a placé dans le for interne de chacun des caméras de surveillance et depuis que les progrès technologiques en ont démocratisé l'usage permettant à quiconque l'enregistrement de toutes les conversations téléphoniques, comme à l'époque des tables d'écoute ! Sans la menace de contrôle et de sanctions à ce double barrage, vous auriez bien montré de quel bois vous vous chauffiez et comment vous savez refroidir le plus bel enthousiasme avec la douche écossaise des « oui...mais » et des « parfait... seulement si ». Mais puisqu'on vous a appris la politesse qui filtre vos mots quand elle ne les traduit pas dans une langue étrangère, vous allez lui en « boucher un coin » à votre amie par un grand coup d'éclat : vous allez l'inviter pour fêter l'événement de son contrat prétendument mirobolant et vous allez être l'événement. Vous allez vous jeter dans les bras salvateurs de l'événementiel avec pour seule exigence de faire de vous la vedette de cette fête dessinée à la règle et au compas. Le film, ce sera vous, pour cette soirée et elle ne pourra ni zapper ni somnoler, ni laisser sonner. À la fin, elle devra même se demander si son contrat n'est pas fumeux alors qu'avec de l'événementiel on décroche la lune sans quitter son chez-soi et qu'on a déjà la septième merveille sans lever son petit doigt. À la fin, elle devra même remercier avec toute la politesse policière, filtrante et déformante pour cette fête que vous avez offerte en son honneur et pour son plus grand bonheur ! Une telle amitié, cela ne court pas les rues, mais seulement les grands salons où il y a de l'espace pour tous ces bons sentiments et les grands événements ! Ainsi aurait parlé Momo de La Vie devant soi.

Nicole HATEM

Vous êtes là, affalée devant votre téléviseur, à grignoter quelque « saleté » et à zapper. Soudain, votre téléphone sonne. Vous hésitez à vous lever. Le téléphone s'obstine comme un impératif catégorique. Vous vous arrachez péniblement de votre fauteuil, traînez vos kilos et vos pantoufles en récriminant. Quel fâcheux s'est souvenu de vous : vous étiez près de sombrer dans une douce somnolence ! Vous soulevez le combiné en vous promettant d'expédier la conversation en deux mots, trois grognements. Votre plus chère amie vous annonce, avec rires et gloussements, qu'elle vient de décrocher un merveilleux contrat pour aller travailler dans un merveilleux pays avec une merveilleuse équipe et avec des espérances encore plus merveilleuses si possible. Vous recevez toute cette mitraille en plein estomac. Vous...
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