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Économie

Accord de l’Opep : quels effets sur le Liban et la région ?

Conférence

Si la décision de mercredi est « historique », ses conséquences devraient être limitées, ont estimé les intervenants d'une conférence tenue vendredi à Beyrouth.

05/12/2016

La décision de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), mercredi à Vienne, de réduire sa production d'or noir pour les prix, en forte chute depuis deux ans et demi, a pris de nombreux observateurs de court. « C'est la première fois depuis 2008 que l'Opep décide de baisser sa production.

Pendant des mois, Riyad s'est opposé à une baisse de sa production si Téhéran, qui voulait augmenter la sienne après la levée des sanctions internationales, ne faisait pas de même », s'est étonné Carole Nakhlé, directrice du cabinet de conseil Crystol Energy, lors d'une conférence organisée vendredi à Beyrouth par le Lebanese Center for Policy Studies (LCPS) et le Natural Resource Governance Institute (NRGI), intitulée « Comment les marchés de l'énergie et la géopolitique impactent le Moyen-Orient ».
Or, contre toute attente, l'Iran a obtenu gain de cause et va pouvoir augmenter sa production de 90 000 barils/jour (b/j) à 3,8 millions, soit son pic de production de 2005 ; tandis que l'Arabie saoudite supportera la plus forte baisse de production (-486 000 b/j).

Pour des pays importateurs comme le Liban, cet accord n'a rien d'une bonne nouvelle. « Avec une économie et des infrastructures qui reposent beaucoup sur cette denrée, le Liban verra sa facture d'importations augmenter, si l'accord venait à être correctement appliqué », a prévenu Mme Nakhlé.
Mais si la décision est « historique », ses conséquences sur les politiques économiques des pays producteurs devraient être limitées. « On n'assistera pas pour autant à un boom de la production en Iran, celle-ci augmentera au fur et à mesure que les négociations avec la communauté internationale avanceront », a estimé le PDG de Qamar Energy, Robin Mills. D'autres pays comme l'Irak auraient pris des engagements intenables. « Le gouvernement irakien est en train de récupérer des sites pétroliers qui étaient contrôlés par Daech, ce qui augmentera ses capacités de production. Et il doit aussi faire face aux coûts de la guerre qu'il mène face à cette organisation terroriste. Tout cela laisse penser que l'Irak ne baissera pas sa production, comme convenu mercredi (-210 000 b/j) », a prévenu Walid Khadduri, consultant au Middle East Economic Survey.

Et même en cas d'application réelle de l'accord de Vienne et d'une hausse conséquente des prix du pétrole, Mme Nakhlé considère que Riyad ne remettra pas en cause sa politique visant à réduire sa dépendance à l'industrie pétrolière. « L'Arabie saoudite a compris l'importance des réformes de diversification économique. Avec le plan gouvernemental "Vision 2030", elle souhaite créer 6 millions d'opportunités d'emplois en dehors du secteur pétrolier », assure Mme Nakhlé.

 

Croissance durable
Face au défi de la transition vers « une croissance durable », les pays producteurs de pétrole de la région « devraient épargner lorsque les prix du pétrole sont élevés et investir dans le développement des infrastructures, de la santé et de l'éducation. Il s'agit aussi d'adopter des politiques fiscales strictes qui consistent à différencier les comptes budgétaires d'un État de celui de son fonds souverain pétrolier », prône Hoda Selim, économiste au Dubai Economic Council.

« Une bonne gestion des revenus générés par ces richesses pétrolières est le meilleur moyen d'assurer un développement économique durable dans ces pays », poursuit-elle. « D'où l'importance de la transparence », rétorque Mme Nakhlé. « Comme futur pays producteur de gaz, le Liban doit assurer la transparence de la gestion de ce secteur. La proposition de loi qui a été préparée dans ce sens n'a toujours pas été rendue publique, ce qui n'est pas cohérent alors qu'il s'agit de transparence. Nous savons néanmoins qu'elle ne couvre que la phase d'attribution des licences d'exploration aux sociétés pétrolières, et pas le marché secondaire des sous-traitants qui devrait concerner des centaines voire des milliers de sociétés », dénonce-t-elle. « La publication des contrats entre l'État et les sociétés pétrolières est une chose importante. La loi libanaise ne régule pas les détails financiers, qui doivent être déterminés par les contrats. Nous devons prendre exemple sur la Tunisie, qui vient de rendre obligatoire la publication de ces contrats », plaide Mme Nakhlé.

 

Pour mémoire

L’économie libanaise bénéficie-t-elle vraiment de la baisse des prix du pétrole?

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