La Dernière

Leonard Cohen et Federico Garcia Lorca : quand le rock rencontrait le flamenco...

Pendant ce temps, ailleurs...
OLJ
26/11/2016

Une dizaine de jours après sa disparition, Leonard Cohen ressuscite en Espagne avec un documentaire qui raconte la genèse, il y a 20 ans, du disque Omega, un album culte de flamenco-rock inspiré des vers du Canadien et de ceux du poète espagnol Federico García Lorca. Leonard Cohen, admirateur du flamenco et aussi du poète andalou au point de prénommer sa fille Lorca, avait reçu ce disque comme un cadeau. « C'est la plus grande chose qui me soit arrivée », disait-il plus tard à son biographe et ami Alberto Manzano.
Avec ce disque, qui a révolutionné il y a tout juste 20 ans la galaxie flamenco, Enrique Morente, icône du genre, chante les vers de Lorca sur la musique du groupe rock Lagartija Nick (Lézard Nick) et adapte en espagnol des chansons de Cohen comme Hallelujah ou First We Take Manhattan. « Le miracle, c'est que Morente a vu les éléments de flamenco dans ses chansons. C'est cela qui a le plus ému Cohen. Il était enchanté, très ému », raconte Alberto Manzano. Le chanteur l'avait reconnu des années plus tard, en 2011, lorsqu'il avait reçu des mains de futur roi d'Espagne Felipe VI le prix Prince des Asturies des Lettres, considéré comme le Nobel du monde hispanique. « Tout ce qu'on peut trouver de bon dans mes chansons, dans ma poésie, est inspiré de cette terre », avait-il alors déclaré.
Cohen avait affirmé n'avoir découvert sa vraie voix qu'en lisant les vers de Lorca, assassiné par les franquistes lors de la guerre d'Espagne (1936-1939). Il avait aussi rendu hommage à un Espagnol rencontré un jour dans un parc de Montréal, qui lui avait appris à jouer de la guitare. Les cours n'ont pas duré longtemps, l'homme s'étant suicidé peu après, mais assez pour marquer sa carrière. « Ces six accords, cette progression de guitare ont été la base de toutes mes chansons et de toute ma musique », avait-il raconté.
« Cohen a toujours dit que Lorca avait été la ruine de sa vie, affirme Alberto Manzano. Lorca a fait de lui un écrivain, mais il ne gagnait pas sa vie. Et cet Espagnol de Montréal lui a sauvé la vie quand il est allé à New York vendre ses chansons. »

Démocratiser le flamenco
Le documentaire qui vient de sortir en Espagne, portant pour titre le nom du disque, Omega, revient sur cet album qui a concrétisé ce lien entre Leonard Cohen et l'Espagne. Mais aussi fait entrer le flamenco dans l'ère du rock. Pendant 85 minutes d'interviews et d'images d'archives des répétitions et des concerts, les réalisateurs José Sanchez Montes et Gervasio Iglesias reconstruisent la gestation d'un disque devenu culte, mais critiqué par les puristes du monde du flamenco.
À l'origine, il s'agissait de réaliser un album adaptant la musique de Cohen au flamenco, un cadeau d'anniversaire au chanteur pour ses 60 ans, en 1994. Mais Enrique Morente est allé plus loin. Il a ajouté au répertoire le chef-d'œuvre de Lorca, Poète à New York, et secoué les règles du flamenco, encore plutôt fermé aux croisements avec d'autres genres, en y introduisant le hard rock de Lagartija Nick. Le résultat est un ouragan de décibels et d'émotions dans lequel la voix puissante de Morente entonne les vers de Cohen et Lorca, accompagnée d'une fusion des synthétiseurs et du traditionnel cante jondo (le « chant profond » du flamenco), de la batterie et de palmas (les claquements de main), de guitares électriques et espagnoles.
« Des gens continuent à refuser de le comprendre parce que ça les gêne, ça salit leur vision du flamenco. Mais... Omega a facilité la démocratisation du flamenco », affirme Antonio Arias, chanteur de Lagartija Nick.
Le documentaire met à nu les doutes de Morente, les pressions pour faire avorter son projet et montre le public du théâtre Albéniz de Madrid quittant la salle lorsqu'il interprète sans prévenir un de ses morceaux avec Lagartija Nick. Le réalisateur José Sanchez Montes n'a qu'un regret : que parmi les nombreux témoignages recueillis manque celui de Leonard Cohen, qui n'a pu participer pour des raisons de santé, et dont n'apparaissent que des extraits d'une interview de 1997. Avant d'ajouter : « C'est très triste que Cohen ne l'ait pas vu, parce que je pense qu'il lui aurait plu. »

Daniel BOSQUE/AFP

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