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Liban - Polémique

Kabalan veut mettre au pas l’ordre des avocats

Le dignitaire chiite réclame la parité islamo-chrétienne et la rotation au poste de bâtonnier.

La défaite, dimanche dernier, du candidat chiite, Ali Abdallah, aux élections partielles du conseil de l'ordre des avocats de Beyrouth a suscité une réaction virulente du vice-président du Conseil supérieur chiite, Abdel Amir Kabalan, qui a réclamé l'introduction de la parité islamo-chrétienne au sein du conseil de l'ordre et la rotation confessionnelle au niveau du poste du bâtonnier.

Pour rappel, les quatre sièges vacants du conseil de l'ordre ont été pourvus par Iskandar Élias, Abdo Lahoud, Georges Estéphane et Wajih Massaad, tous de confession chrétienne. Rabih Maalouli, également chrétien, a été élu membre suppléant, tandis que Ali Abdallah, arrivé à la sixième place, n'a pu occuper le siège qu'il briguait, devenant ainsi, depuis 2013, le troisième candidat musulman défait, malgré le pacte conclu en 1991 au sein de l'ordre, en vertu duquel chaque échéance électorale devra faire accéder au conseil un représentant de la communauté musulmane.

« Pour la troisième année consécutive, la communauté chiite n'est pas représentée au sein de l'ordre des avocats », s'est insurgé le cheikh Kabalan dans un communiqué, estimant que ce manquement « est un coup porté au pacte au sein de l'ordre ainsi qu'au vivre ensemble qu'avait prôné l'imam Moussa Sadr, fondateur du Conseil supérieur chiite ».
Le dignitaire a été jusqu'à réclamer que le conseil de l'ordre soit désormais formé d'un même nombre de membres chrétiens et musulmans, exigeant de plus que cette parité soit étayée « par une rotation entre les représentants des différentes communautés au poste de bâtonnier », traditionnellement occupé par un chrétien.
« S'il n'est pas fait suite à nos demandes, nous inviterons les députés de notre communauté à œuvrer avec sérieux au sein du Parlement en vue de fonder un nouvel ordre des avocats dans lequel les musulmans chiites seront justement représentés », a tonné le dignitaire.

Hier, le cheikh Kabalan est revenu à la charge, appelant le bâtonnier Antonio el-Hachem à « pallier ce déséquilibre qui a enfreint le pacte d'honneur lors des dernières élections de l'ordre et rétablir le partenariat dans la représentation de toutes les familles spirituelles », afin, a-t-il dit, que « l'ordre préserve le pacte conclu précédemment et (qu') il continue à être une plateforme où se consolide le vivre ensemble ».
L'Orient-Le Jour a tenté hier d'entrer en contact avec le bâtonnier, mais il était injoignable, se trouvant hors du pays.

 

(Pour mémoire : Les indépendants réaffirment leur poids au sein de l'ordre des avocats de Beyrouth)

 

« Un phénomène inédit »
Contacté à son tour par L'OLJ, le président de la Ligue maronite, l'ancien bâtonnier Antoine Klimos, a manifesté sa consternation de « voir émerger un phénomène inédit, en l'occurrence l'interférence d'un responsable religieux dans les affaires de l'ordre des avocats ». Il a appelé les autorités religieuses à « se tenir à l'écart des questions internes des ordres professionnels ». « Tant il est compréhensible que les candidats chiites défaits ou leurs supporters expriment leurs critiques vis-à-vis des résultats électoraux, il est aussi aberrant qu'un dignitaire religieux réagisse en réclamant des réformes au sein de l'ordre », a martelé M. Klimos.

L'ancien bâtonnier et ex-président de la Ligue maronite, Samir Abillamaa, à l'origine du pacte conclu en 1991 après un incident similaire au cours duquel aucun candidat musulman n'avait été élu cette année-là, a attribué les résultats de dimanche dernier tant au manque de concertation entre les candidats qu'à la négligence des électeurs qui ont éparpillé leurs voix. « Au nombre de quatre, les candidats chiites ont obtenu 2 500 voix, soit plus de 50 % de la totalité des suffrages exprimés (4 056) », relève M. Abillamaa, estimant, à la lumière de ces chiffres, qu'« un de ces candidats aurait pu accéder à la première place s'il avait bénéficié du retrait de candidature de ses confrères et coreligionnaires ». En outre, a-t-il ajouté, « il aurait fallu que l'assemblée des électeurs vote en prenant en considération le facteur confessionnel pour que le caractère unificateur de l'ordre soit consolidé », avant de rappeler qu'il avait publié un communiqué sur les réseaux sociaux, avant l'échéance électorale, pour appeler à des élections qui rassemblent. « Si la non-élection d'un candidat chiite a causé cette défaillance, celle-ci sera réparée l'année prochaine », estime toutefois l'ancien bâtonnier qui s'est voulu optimiste.

Un autre ancien bâtonnier, Raymond Eid, a affirmé à L'OLJ que « depuis près d'un siècle que l'ordre des avocats de Beyrouth a été fondé, il fonctionne selon des lois laïques », estimant que « ceux qui cherchent à introduire des arguments confessionnels ne veulent pas d'institutions régulières ». M. Eid a plus particulièrement souligné que « la défaite de Ali Abdallah ne doit pas être imputée à un veto des électeurs chrétiens ». « L'an dernier, deux candidats chiites, dont l'un proche du mouvement Amal, avaient été élus à la commission de la caisse des retraités par une majorité écrasante de chrétiens », a-t-il rappelé, affirmant que les électeurs « privilégient les critères personnels et professionnels ».

 

 

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