Liban

Luttons contre la violence silencieuse

Tribune
25/11/2016

Ce vendredi est la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, le premier jour d'une campagne d'activisme de 16 jours pour mettre fin à la violence basée sur le genre, qui se termine le 10 décembre, Journée des droits de l'homme.
La violence basée sur le genre nous concerne tous : les femmes et les filles, les hommes et les garçons. Elle se produit indépendamment de l'âge, de l'origine ethnique, du contexte religieux et de la nationalité. Le Liban ne fait pas exception.
Étant père de trois petites filles, je suis particulièrement préoccupé quand j'entends parler de violence au sein de la famille. Ce type de violence basée sur le genre a un énorme impact sur les enfants, qui en sont soit des survivants, soit des témoins silencieux. Une enquête menée au Liban en 2016 a révélé que 44 % des personnes interrogées connaissaient un rescapé de la violence familiale, mais que 32 % n'interviendraient pas car elles considèrent que cela relève du domaine privé. Le cercle familial ne devrait en aucun cas être un lieu de violence silencieuse. Le cercle familial devrait être un lieu d'amour, de protection et de soin. Nous n'allons pas aider nos familles ou nos communautés en nous taisant, en détournant le regard. Nous avons le devoir d'aider les membres de nos familles et nos voisins quand nous les voyons souffrir en silence.
Au cours des dernières années, le Liban a pris des mesures importantes pour remédier à ce problème. En 2014, la loi 293, ou loi sur la violence familiale, a été adoptée. Elle prévoit des devoirs et des obligations pour la police et le pouvoir judiciaire dans le but de protéger les victimes de la violence domestique et pour les aider à la signaler. Depuis l'adoption de la loi 293, le nombre de victimes de la violence familiale qui se sentent en confiance pour signaler de tels crimes a augmenté. C'est une bonne nouvelle. La loi 293 permet aux juges d'émettre des ordonnances de protection pour assurer la sécurité des victimes de cette violence dans leur propre foyer et que l'auteur ne puisse y retourner. Si ces ordonnances de protection étaient régulièrement publiées et mises en œuvre, cela pourrait avoir un impact réel sur les victimes.
Mais il reste encore beaucoup à faire. L'Onu et ses partenaires se tiennent prêts à soutenir les victimes de la violence basée sur le genre et à aider le gouvernement à faire davantage pour les protéger.
Nous sommes tous des agents de changement et nous pouvons tous faire plus pour protéger ceux qui nous entourent. Je crois que les femmes ont un rôle particulier à jouer. En 1953, le Liban a adopté une loi permettant aux femmes de voter et d'être élues. J'applaudis le Liban à ce sujet. Dans mon pays, la Suisse, les femmes n'ont été autorisées à voter qu'en 1971. Pourtant, malgré ces accomplissements précoces, seules 10 femmes ont été élues au Parlement depuis lors. Le changement ne peut pas se produire du jour au lendemain, mais des mesures doivent être prises pour commencer la transition. Un quota de 30 % des femmes au Parlement devrait être intégré dans le projet de loi électoral. À l'heure actuelle, seulement 3 % des parlementaires sont des femmes.
Depuis 1996, il y a eu plus de femmes que d'hommes qui ont fréquenté l'université au Liban. Aujourd'hui, les femmes représentent la moitié des diplômés en sciences sociales, en commerce et en droit. Aujourd'hui, les femmes libanaises représentent plus de 60 % des diplômés en sciences. Pourtant, les femmes sont plus susceptibles d'être sans emploi, avec un taux de chômage qui est deux fois plus élevé que les hommes. Moins de 2 % des employeurs du Liban sont des femmes et seulement 8 % travaillent comme hauts fonctionnaires ou cadres. Dans le secteur public, les Libanaises ont démontré leurs compétences et leurs connaissances. Plus de 40 % des juges au Liban, par exemple, sont des femmes. Ces statistiques montrent le potentiel des femmes dans ce pays.
Nous avons tous un rôle à jouer dans la création d'une société qui veille à ce que les femmes et les filles aient la liberté de choisir leur propre avenir, la force de poursuivre leurs choix et les moyens de se protéger ainsi que ceux qui les entourent. Les 16 jours d'activisme de la campagne 2016 contre la violence basée sur le genre au Liban ont pour thème « Protection et responsabilisation des femmes et des filles : une responsabilité collective ». Soutenez cet appel, aujourd'hui et tous les jours suivants, à la maison, dans les écoles, les quartiers et au sein de l'État.

Philippe LAZZARINI,
coordonnateur résident et humanitaire de l'Onu pour le Liban

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