Les importations de vinaigre ont augmenté de 40 % en volume entre 2012 et 2015. Photo P.H.B.
Les producteurs de différentes filières agricoles ont enchaîné les journées d'action ces derniers mois pour dénoncer une crise de surproduction aggravée par le blocage des principales voies d'exportation terrestres vers les pays du Golfe. Des manifestations qui ont poussé le gouvernement à débloquer, en octobre, plusieurs millions de dollars d'aides, dont 26 millions pour les seuls producteurs de pommes. Si ces plans d'aides visent simplement à pallier l'urgence, une initiative de l'Agence américaine pour le développement international au Liban (USAid) lancée en 2015 vise, de son côté, à promouvoir la production de vinaigre comme une source alternative de débouchés pour certains producteurs.
Programmée jusqu'à fin 2017 et dotée d'un budget d'environ 30 000 dollars, cette initiative s'inscrit dans le cadre du programme Lebanon Industry Value Chain Development (LIVCD) de l'USAid. Objectif : permettre à une douzaine d'industriels du vinaigre, principalement de la Békaa, ainsi qu'à une trentaine de producteurs locaux de pommes et de raisins, d'optimiser les bénéfices mutuels qu'ils peuvent tirer de la fabrication de ce type de produit. « La pomme utilisée pour fabriquer du vinaigre n'a généralement aucune chance d'être vendue dans le commerce, un partenariat avec l'industrie du vinaigre offre la possibilité aux agriculteurs de transformer des pertes potentielles en revenu d'appoint », plaide Lawrence Diggs, un expert américain du vinaigre invité par les responsables du LIVCD à partager son expérience avec les producteurs locaux ces deux dernières semaines. « Je viens notamment aider les producteurs locaux à moderniser leurs méthodes de production et de stockage », précise M. Diggs, qui est aussi le fondateur du musée international du vinaigre, à Roselyn, aux États-Unis.
Le recyclage des produits agricoles impropres à la vente ou à la consommation (car abîmés, trop mûrs ou hors calibre), dont les quantités disponibles fluctuent en fonction des récoltes, est une pratique déjà connue des producteurs. « Certains agriculteurs dont les récoltes ont été abîmées par les aléas climatiques transforment eux-mêmes une partie de leurs invendus, d'autres limitent leurs pertes en revendant une partie de leur production à un fabricant de vinaigre », affirme le président de l'Association des agriculteurs (AA), Antoine Hoyek. Il estime ainsi utile « d'augmenter les capacités de production du pays » et de « créer une instance chargée de racheter chaque année les invendus des producteurs de pommes et de raisin » pour les revendre aux fabricants de vinaigre.
Débouchés difficiles à estimer
« Les invendus des seuls producteurs de pommes en 2016 ont atteint 40 000 tonnes, une quantité difficile à absorber pour les producteurs locaux du vinaigre », observe toutefois le directeur du département agricole de la Chambre de commerce et d'industrie de Zahlé, Saïd Gédéon. Selon les douanes, les importations de vinaigre (entre vinaigre distillé et vinaigre de table à base de raisin et de pomme) ont augmenté de 40 % en volume, à 841 tonnes, et de 16 % en valeur entre 2012 et 2015. Mais cette hausse de la demande interne reste difficile à appréhender : « Il n'existe pas de données statistiques centralisées qui permettent de mesurer les quantités produites et consommées, ou de déterminer un prix moyen », concède M. Diggs. Il ajoute que si le coût de production du vinaigre reste « bon marché, quelle que soit la qualité du vinaigre produit, le bénéfice que l'agriculteur peut en tirer reste marginal, dans une proportion qui se situe autour du dixième du prix de vente du produit de base sur le marché. »
Quant aux exportations, si le Liban dégage une balance positive sur ce produit, l'essor des exportations est moindre que celui des importations en volume mais supérieur en valeur : entre 2012 et 2015, elles ont respectivement augmenté de 35 % – à 1 450 tonnes – et de 50 % – à 1,5 million de dollars. « Le Liban n'a pas les moyens de concurrencer les gros producteurs de vinaigre comme les États-Unis ou la Chine », avertit M. Diggs, qui préconise de « se concentrer sur les vinaigres de qualité, à forte valeur ajoutée. » À cet égard, l'initiative de l'USAid prévoit notamment « d'aider les fabricants locaux à augmenter leur productivité tout en leur permettant de fabriquer un produit pouvant être commercialisé sur les marchés les plus exigeants sur le plan réglementaire », explique Hill Skaff, chargée du volet du programme LIVCD consacré à la transformation des produits alimentaires.


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