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Liban

Retour à un cabinet de trente ?

La situation
S.N. | OLJ
19/11/2016

Les milieux politiques restent perplexes quant aux retombées sur la genèse du cabinet de la polémique, soulevée jeudi dernier par le président de la Chambre, Nabih Berry, en réponse au président de la République, Michel Aoun, qui avait fustigé à Bkerké les rallonges répétées du mandat parlementaire – ainsi que l'autre échange, parallèle, entre le patriarche maronite et le vice-président du Conseil supérieur chiite.
Nombreux sont ceux qui évoquent un freinage des négociations autour du prochain cabinet et la possibilité d'un nouveau round de négociations, sur base d'une composition nouvelle, qui pourrait bien s'élargir à trente, une composition que préconise par exemple le Hezbollah.

D'autres, en revanche, croient savoir que la polémique a été contenue et que le processus de formation du cabinet va bon train. Ce qui est sûr toutefois, c'est que cette controverse a miné les déclarations de bonne volonté partagées entre le président de la République et le président de la Chambre, à la suite de la tenue de la présidentielle. Un observateur lie d'ailleurs cette polémique aux « gesticulations burlesques » ayant marqué la séance électorale.

Cet épisode serait donc symptomatique d'un malaise du tandem Amal-Hezbollah, né avec le compromis Aoun (que certains milieux du 8 Mars situent dans le cadre d'un accord israélo-américain visant à saper le Hezbollah). Ce malaise se serait mû en « une inquiétude d'une possible alliance Futur-Forces libanaises, qui prendrait forme autour du président de la République au sein du cabinet ». D'autant plus que, selon les tenants de cette théorie, le discours d'investiture a substitué au triptyque armée-peuple-résistance l'impératif de mettre le Liban à l'écart des conflits régionaux, de libérer le territoire par tous les moyens de résistance et de s'attacher à l'esprit, la lettre et l'équation (de la parité) instaurée par Taëf, dont l'amendement ne serait possible qu'à l'unanimité. Certaines autorités chiites y auraient vu de mauvais auspices pour le Hezbollah.

 

(Lire aussi : L'esprit de chicane trouble les rapports Berry-Aoun)

 

Dans la suite de ce raisonnement, l'enjeu de la parade militaire de Qousseir aurait servi de mesure préventive, inspirée de la méthode traditionnelle du Hezbollah de mettre en avant sa dualité interne-externe pour se défendre : feindre une politique d'ouverture interne, et la contrebalancer par la méthode d'intimidation par les armes.
Cette dualité se manifeste à un double niveau. D'abord, au niveau du président de la Chambre, qui a prononcé devant ses visiteurs des propos quelque peu mitigés. Ceux-ci rapportent qu'il aurait préféré « ne pas se laisser entraîner dans cette polémique, surtout qu'il a tout fait pour faciliter la naissance du cabinet. Mais qu'il n'était pas possible d'ignorer des propos formulés à l'encontre de la Chambre ». Alors qu'il « préférerait ne plus évoquer cette polémique », il n'a prononcé aucun propos susceptible de la dissiper.

 

En outre, le Hezbollah semble se livrer à un double jeu. D'une part, il aurait conseillé à plus d'une reprise au président de la République d'assainir ses rapports avec Nabih Berry. D'autre part, il aurait incité ce dernier à durcir le ton au niveau des négociations ministérielles et de ne pas compromettre ses revendications, précisément celle relative au ministère des Finances et la reconduction du ministre Ali Hassan Khalil.
C'est d'ailleurs l'emphase presque provocatrice du président de la Chambre sur cette demande qui aurait incité le chef de l'État à tenir ses propos controversés sur le seuil de Bkerké, rapporte notre informateur Philippe Abi Akl. Certains diront que la tactique berryiste a réussi son dessein d'induire un gel des négociations ministérielles.

Un gel qui offrirait au Hezbollah une alternative gagnante : soit les négociations seront relancées, auquel cas le tandem chiite y sera impliqué au même titre que le président de la République et le Premier ministre (sachant que la Constitution restreint à ces deux derniers la compétence à former le gouvernement) ; soit il s'ouvrira une nouvelle période de blocage, une option plausible selon une lecture qui invoque la possibilité pour le Hezbollah d'attendre voir les développements d'Alep, pour décider des conditions de sa participation au pouvoir au Liban.

À cet égard, le rôle du président de la République serait crucial pour la relance des institutions. Il a en effet compétence constitutionnelle à avaliser la mouture élaborée par le Premier ministre désigné et à décider, avec lui, d'émettre le décret de la formation du cabinet, de sorte à contourner certaines difficultés restantes : l'attachement des Marada à un portefeuille dit de service pourrait ainsi ne pas être pris en compte, mais leur participation assurée, bon gré mal gré, à travers le portefeuille de l'Éducation.
Mais des sources relativement pessimistes, citées par notre correspondante au palais de Baabda, Hoda Chedid, estiment qu'il existe plus d'une difficulté de fond qu'il reste à régler : le profil des trois ministres relevant du président de la République, sachant que sa quote-part pourrait fort possiblement inclure un ministre sunnite et un ministre chiite – dont le nom devrait être entériné par le Hezbollah. Cela ôterait, le cas échéant, la possibilité pour le parti chiite d'intégrer le PSNS dans sa quote-part.

 

(Pour mémoire : Le blocage a un nom : les veto du Hezbollah, l'éclairage de Philippe Abi-Akl)

 

 

L'autre problème porte sur la participation des Kataëb, rendue impossible par la large quote-part des Forces libanaises (trois partisans et un indépendant). Les milieux des FL ont d'ailleurs bien fait comprendre hier qu'il n'y avait aucune chance de revoir leur représentation à la baisse. Selon des sources FL citées par l'agence d'information al-Markaziya, « celle-ci est définitive et hors débat : la vice-présidence et les Travaux publics iront à Ghassan Hasbani, les Affaires sociales à Pierre Bou Assi et l'Information à Melhem Riachi, sans compter le Tourisme à Michel Pharaon (indépendant qui relèverait des FL) ».

L'entretien hier au palais Bustros du président des Kataëb, Samy Gemayel, avec le ministre sortant Gebran Bassil, en présence du ministre sortant Alain Hakim et de Serge Dagher, du ministre sortant Élias Bou Saab et du député Simon Abiramia, a été axé sur la solidarité des Kataëb avec le chef de l'État. « Nous sommes convenus de mettre au point un projet commun de loi électorale », a dit M. Gemayel. Selon notre correspondant au palais Bustros, Khalil Fleyhane, le CPL insisterait sur la participation des Kataëb, à l'heure où le président de la République entendrait prendre une période de répit, dans le but de mettre sur pied un cabinet qui soit « véritablement d'union nationale »...

 

 

 

Lire aussi

Geagea : Est-il interdit au CPL et aux FL de s'entendre ?

Le « compromis libanais » à la lumière des derniers développements..., le décryptage de Scarlett Haddad

Le duo chrétien effraie de plus en plus la « nouvelle opposition », l'éclairage de Philippe Abi-Akl

 

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Menassa Antoine

L On oublie que nous ne sommes pas une cohabitation,mais un vivre ensemble de 19 communautés qui devons servir d exemple au monde entier..Ce modèle a été a l origine de l existence de notre Patrie..Les Parlementaires en fonction sont élus par le peuple qu on le reconnaisse ou pas..Préférable dans l état actuel que l opposition s exerce au sein de l arène politique in vitro plutôt que dans la rue..C est pourquoi Il serait recommandable et sage que le conseil des ministres soit représentatifs de toutes les forces en présences sans exception afin de préparer une nouvelle loi électorale représentative..A moins que dans l immédiat la valse des ministrables ayant assez durée Le Président de la République en accord avec les Présidents de l Assemblée Nationale et le Premier Ministre ne trouvent bon de renverser la table et d un commun accord décident de former un gouvernement d indépendants,Conseil transitoire, forme de Compétences qui géreraient le pays le temps de préparer les prochaines élections législatives..Houkoumet El Chabeb ..Unique solution gérable aujourd’hui pour le bien de TOUS... Antoine Menassa

FAKHOURI

Je l'ai toujours dit :
Michel Aoun, une catastrophe
Saad Hariri, une catastrophe
Berry, une catastrophe,
Le Hezbollah, une super catastrophe,
et tous ces députés élus il y a longtemps, se maintenus aux postes gouvernementaux, sont dans l'illégalité totale et ils ont oublié comment représenter le peuple libanais et défendre les intérêts de notre pays.
Le Hezbollah gouverne déjà notre pays pour le compte de l'Iran et laisse le président et le PM jouer aux chefs .... Ils seront aux ordres dès qu'ils voudront prendre une initiative.

Irene Said

Dans les autres pays civilisés on crée les ministères et leur nombre selon les besoins pour assurer un bonne gérance,
-et non pas pour contenter telle communauté
religieuse, tel parti ou clan etc.
-on attribue le poste de ministre à une personne
ayant les qualifications requises, de
l'expérience dans le domaine etc.

Chez nous, le pays stagne dans le chaos depuis des années à cause du système confessionnel aberrant qui fait que les postes de ministres sont le plus souvent attribués à la mauvaise personne !
Sans parler de la corruption etc.

Et pourtant on continue le mème système...
Pauvre Liban !
Irène Saïd

Gebran Eid

JE RETIENS CETTE POSSIBILITÉ QUI A ATTIRÉ MON ATTENTION DE VOIR SLEIMAN 2 ET SES MARADÉ ASSURÉS POUR LE PORTEFEUILLE DE L'ÉDUCATION. WOW QUELLE ÉDUCATION ON AURA AVEC LES MARADA QUI ONT SACCAGÉ LE PAYS À L'ÉPOQUE DE SLEIMAN PREMIER.

Le Faucon Pèlerin

Un fromage à distribuer entre 24 fromagistes n'est pas le même pour 30. Y en a-t-il assez pour 30 ?
D'autre part, des polémiques sur le sexe des anges, ne devraient plus exister au 21ème siècle dans un pays qui prétend être civilisé.

Le Faucon Pèlerin

Le Hezbollah préconise un gouvernement de 30 ministres, pourquoi pas 300 tant qu'on y est ?
Savez-vous qu'en Allemagne, 80 millions d'habitants, le gouvernement est composé de 8 ministres seulement ?

Irene Said

Début de mon commentaire, escamoté par un service internet très performant, comme toujours...


"...la possibilité pour le Hezbollah d'attendre les développements d'Alep pour décider des "conditions"...ce qui veut tout dire...de sa participation au pouvoir au Liban..."

Messieurs nos RESPONSABLES LIBANAIS, qui continuez de vous chamailler pour un ministère...avez-vous déjà réfléchi aux conséquences d'une éventuelle victoire de Bachar el Assaad à Alep ?
Irène Saïd

Paul-René Safa

En 73 ans d'indépendance, le nombre des parlementaires a varié comme suit: 55, 77, 66, 99 et 128.
Celui des ministres:jusqu'à 32
tandis que le nombre des Ministères n'a pratiquement pas changé.
Insatiable appétit!

Irene Said

Suite de mon commentaire

Vous savez très bien que pour Hassan Nasrallah le Liban en tant que nation n'a aucune valeur. Que notre pays est juste un alibi, en territoire-refuge pour ce représentant du Wali el Fakih de Téhéran.
Donc, en cas de victoire du dictateur de Damas à Alep et par extension de Téhéran, Hassan Nasrallah s'arrogera tous les pouvoirs sur notre pays !
LIBANAIS chrétiens, sunnites, chiites (les vrais) druzes etc., êtes-vous prêts pour cela ?
Irène Saïd


L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

FAITES-LEUR UN CABINET DE 128 ET FINISSONS... LA LATTA ET LA BATTA POUR TOUS LES RASSASIES/AFFAMES ! PAUVRE PEUPLE LIBANAIS ! PAUVRE PETIT LIBAN ! VOUS VOUS ETES CONFIES A L,HEBETUDE ET A L,ABSURDITE LES PLUS ABJECTES !!!

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