« C’est un honneur pour moi de rencontrer le président élu Trump avant les autres dirigeants du monde », a déclaré le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, avant de s’envoler pour New York. Kazuhiro Nogi/AFP
Donald Trump recevait hier la nuit, dans son QG de Manhattan, le chef du gouvernement japonais, Shinzo Abe, un premier test de politique étrangère pour le futur président américain. M. Abe est le premier dirigeant étranger à être reçu à la Trump Tower par le président élu, qui a inquiété de nombreux alliés des États-Unis sur la politique étrangère qu'il entend mener.
Certains experts en diplomatie s'inquiètent du fait que, selon le Washington Post, M. Trump n'ait pas pris le temps de se faire briefer avant cette rencontre. Pendant la campagne, M. Trump a dit envisager le retrait des soldats américains du sud de la péninsule coréenne et de l'archipel nippon, à défaut d'une hausse significative de la contribution financière des deux pays. Il a aussi vilipendé les traités de libre-échange comme le Partenariat transpacifique (TPP), que les États-Unis n'ont pas encore ratifié. Tokyo craint que son éventuel abandon ne favorise un accord commercial rival voulu par la Chine.
« C'est un honneur pour moi de rencontrer le président élu Trump avant les autres dirigeants du monde, a déclaré M. Abe avant de quitter Tokyo. L'alliance entre le Japon et les États-Unis est la pierre angulaire de la diplomatie et de la sécurité du Japon, (qui) ne peut fonctionner que dans la confiance. » La porte-parole de M. Trump, Kellyanne Conway, a néanmoins minimisé l'importance de la rencontre, qui était prévue à 17h00 à New York (00h00 dans la nuit à Beyrouth), soulignant que « toute conversation approfondie » devrait attendre l'investiture de M. Trump fin janvier.
Nouveaux noms à la diplomatie
Cette visite intervient alors que les tractations continuent pour désigner le secrétaire d'État qui succédera à John Kerry à la tête de la diplomatie de la première puissance mondiale. Parmi les noms qui circulent figure toujours Rudy Giuliani, ex-maire républicain de New York, sans expérience en matière de politique étrangère mais soutien de la première heure du magnat de l'immobilier. M. Trump hésiterait cependant en raison de ses liens controversés avec une compagnie pétrolière vénézuélienne. M. Giuliani a été aperçu à la Trump Tower hier matin. La gouverneure républicaine de l'État de Caroline du Sud, Nikki Haley, fille d'immigrants indiens, également citée parmi les prétendants à ce poste, était aussi hier matin au QG de M. Trump. Selon Mme Conway, elle pourrait prétendre « à beaucoup de fonctions » au sein de la nouvelle administration.
Le président élu devait également consulter hier l'ex-secrétaire d'État Henry Kissinger, âgé de 93 ans, qui fut le stratège des présidents Richard Nixon et Gerald Ford. À défaut de nominations, qui seront annoncées avant ou après la fête de Thanksgiving, le 24 novembre, selon Mme Conway, les spéculations allaient bon train sur les autres postes-clés de la future administration.
À la foule de postes à pourvoir s'est ajouté, hier, celui de chef des renseignements, leur responsable actuel, James Clapper, ayant confirmé qu'il quitterait ses fonctions à la fin de son mandat fin janvier. Le général à la retraite Michael Flynn (57 ans), qui avait dirigé la Defense Intelligence Agency (DIA) entre 2012 et 2014, mais était parti en raison de conflits avec le personnel et l'administration, pourrait être nommé conseiller pour la sécurité nationale, selon les médias.
L'ancien rival des primaires républicaines, le sénateur conservateur Ted Cruz, a lui aussi rendu visite à Donald Trump et pourrait être promu secrétaire d'État à la Justice. Selon le Wall Street Journal, M. Trump pourrait désigner Rick Perry, ancien gouverneur du Texas et ex-candidat aux primaires, au poste de secrétaire d'État à l'Énergie. Pour sa part, bien que vivement critiquée par M. Trump pendant la campagne, la présidente de la Banque centrale américaine (Fed) a assuré qu'elle comptait aller jusqu'au bout de son mandat, en 2018. Enfin, le rôle de Jared Kushner, le gendre de M. Trump, parfois présenté comme son éminence grise et aperçu hier matin à la Trump Tower, fait également l'objet d'intenses spéculations.
Après être resté quasi cloîtré depuis huit jours dans ses luxueux appartements de la Trump Tower, le milliardaire poursuivra ses consultations aujourd'hui dans son très chic terrain de golf de Bedminster, dans le New Jersey.
(Source : AFP)

