De nombreuses files d’attente se sont formées mardi soir peu après la déclaration de Narendra Modi pour retirer de l’argent liquide des distributeurs. Sanjay Kanojia/AFP
Les Indiens étaient confrontés hier aux problèmes pratiques posés par la démonétisation soudaine de 24 milliards de billets en circulation dans le pays au nom de la lutte contre l'évasion fiscale.
Lors d'un discours télévisé à la nation mardi soir, le Premier ministre Narendra Modi a annoncé que les billets de 500 et 1 000 roupies, plus importantes valeurs faciales en circulation, n'auraient plus de valeur légale à compter de minuit afin « de briser l'emprise de la corruption et de l'argent noir. » De nouveaux billets de 500 et 2 000 roupies devaient être mis en circulation à partir d'aujourd'hui. Les consommateurs pourront échanger leurs vieilles coupures ou les déposer sur leurs comptes en banque, augurant d'une ruée vers les guichets dans les jours à venir. Les banques étaient fermées hier, les distributeurs débranchés, pour se préparer à la transition.
La mesure décidée par le gouvernement nationaliste hindou « va affecter la consommation à travers toute l'Inde car les gens n'auront pas assez d'argent liquide pour effectuer d'importantes transactions dans les jours à venir », a déclaré Sujan Hajra, économiste à Anand Rathi Securities.
Coupures inutilisables
De nombreuses files d'attente se sont formées mardi soir peu après la déclaration de Narendra Modi pour retirer de l'argent liquide des distributeurs, avant que ceux-ci ne soient arrêtés à minuit. Et hier, de nombreuses personnes se retrouvaient dans l'embarras, le portefeuille rempli de coupures inutilisables. Voyageant avec sept membres de sa famille, Ankita Bardo s'est précipitée vers un distributeur la veille en ayant eu vent de la nouvelle. Sans succès, en raison de l'affluence. « Nous n'avons que 110 roupies (1,7 dollar) pour un voyage de 12 heures », s'est-elle désolée au moment de monter dans le train en direction de l'ouest de l'Inde.
Les touristes aussi sont touchés. Dans le quartier des voyageurs à New Delhi, les bureaux de change ont tiré le rideau, les chauffeurs de rickshaws et restaurants refusent les grosses coupures.
Bien que l'usage des cartes bleues se soit développé en Inde au cours de la dernière décennie, notamment au sein de la classe moyenne, l'argent liquide représente encore 90 % des transactions dans le pays.
Quelque 439 milliards de dollars sont sortis illégalement d'Inde entre 2003 et 2012, selon une estimation de l'organisation Global Financial Integrity, basée à Washington. Moins de 3 % des Indiens déclarent leurs revenus, selon des chiffres officiels.
Arrivé au pouvoir en 2014, le nationaliste hindou Narendra Modi a promis de réprimer les flux d'argent illégaux à travers une série de mesures, dont une peine de 10 ans de prison pour l'évasion fiscale.
(Source : AFP)

