« Vous ne pouvez pas demander aux gens qui souffrent dans Alep à cause du siège de refuser l’aide de quiconque », assène Khaled Khoja, membre influent de l’opposition syrienne. Kirill Kudryavtsev/AFP
Les personnes bloquées dans la ville assiégée d'Alep ne peuvent pas se payer le luxe de refuser l'aide des jihadistes, estime Khaled Khoja, membre influent du Haut Comité des négociations (HCN) – qui rassemble les principaux représentants de l'opposition et de la rébellion syriennes –, fustigeant au passage « l'inaction » de la communauté internationale.
Khaled Khoja affirme que les habitants d'Alep, pris au piège et désespérés, et les rebelles qui tentent de les défendre n'ont pas d'autre choix que d'accepter l'aide des combattants islamistes. « L'inaction de la communauté internationale pour briser le siège d'Alep a permis à al-Nosra d'intervenir dans cette bataille », a-t-il dit lors d'une interview, lundi soir, à Genève. « Vous ne pouvez pas demander aux gens qui souffrent dans Alep à cause du siège de refuser l'aide de quiconque », a-t-il ajouté. M. Khoja affirme qu'il n'y a qu'environ 300 membres d'al-Nosra qui se battent au côté de quelque 20 000 rebelles retranchés dans Alep-Est. L'Onu estime de son côté à environ 8 000 le nombre de rebelles antigouvernementaux, parmi lesquels 900 appartiennent au front Fateh al-Cham (ex-Front al-Nosra).
Les civils ne sont pas visés
M. Khoja a d'autre part rejeté les accusations disant que l'opposition tirait sur les civils dans Alep-Ouest, affirmant que « le HCN n'accepte pas que des civils soient pris pour cible ». Il a reconnu qu'il y a eu des victimes civiles, mais a rejeté la faute sur les soutiens internationaux comme les États-Unis, qui ont refusé de livrer des armes appropriées, selon lui. Il a insisté sur le fait que les rebelles « ne visent pas les civils, mais visent le régime ». « Toutefois, les bombes qu'ils utilisent ne sont pas des bombes parfaites », a-t-il admis. De l'autre côté, a-t-il accusé, « les Russes visent les civils, le régime aussi vise les civils. Ce n'est pas comparable ».
M. Khoja a d'autre part exprimé l'espoir que l'élection présidentielle américaine, la semaine prochaine, poussera Washington à soutenir plus activement l'opposition en Syrie. « Nous avons entendu (la candidate démocrate Hillary) Clinton parler de protection des civils, de zones d'exclusion aérienne, c'est quelque chose que nous demandons », a-t-il dit. Il s'est en revanche montré plus inquiet en cas de victoire du candidat républicain Donald Trump, qui a donné l'impression d'être « très proche (du président Bachar el-Assad) et des Russes ». Mais une fois qu'il aura pris connaissance de la situation en Syrie, « nous espérons qu'il pourra modifier son attitude ».
À propos des discussions de paix sous l'égide de l'Onu à Genève, M. Khoja s'est dit peu optimiste sur leur reprise dans un avenir proche, en raison de la poursuite des combats sur le terrain. Il a précisé que sa présence en Suisse, aux côtés d'autres membres du HCN, était motivée par des discussions techniques sur la question des prisonniers avec l'entourage de l'envoyé spécial de l'Onu pour la Syrie, Staffan de Mistura. Le HCN estime à plus de 200 000 le nombre d'opposants détenus par le régime syrien et ses alliés.
(Source : AFP)

