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Culture

Et si on rattachait Baalbeck au reste du Liban...

Performance

Neuf seniors de la cité békaaiote, improvisés acteurs d'un soir, sont montés samedi sur les pierres millénaires du temple du Soleil pour raconter des secrets concernant leur rapport à leur ville et à leur région. Et à leur pays. Une belle initiative, signée Zoukak.

17/10/2016

Admirables, courageuses et louables sont ces actions qui visent à vulgariser et à rendre accessible la culture pour tous. Au jardin de Sanayeh, à travers son exposition « Resistance and Persitence », l'association Art in Motion prouve que les frontières entre espace public et collections privées peuvent se perméabiliser, voire s'effacer. Pour permettre aux œuvres artistiques, apanage des galeries, musées ou intérieurs cossus, d'être touchées, manipulées, appréhendées par les flâneurs de tous âges et bords.

Même souci du côté de l'événement Silent Echo, organisé par Studiocur/art curaté par Karina el-Hélou et co-organisé avec Diane Abela qui, à travers l'exposition de neuf artistes contemporains étrangers et libanais – Ai Weiwei, Ziad Antar, Danica Dakic, Laurent Grasso, Susan Hiller, Théo Mercier, Marwan Rechmaoui, Paola Yaacoub, Cythia Zaven – du 17 septembre au 17 octobre, au musée archéologique de Baalbeck, a ouvert grandes les portes du temple du Soleil et permis la visite gratuite de ses trésors. Ce mois d'exposition a été clôturé samedi par une représentation théâtrale organisée à l'initiative d'Apeal et menée par la troupe de théâtre Zoukak. Un pièce intitulée Plain Secrets, dans un jeu de mots faisant référence à la plaine de la Békaa et à la simplicité des secrets platement avoués.

C'est le temple de Bacchus qui a accueilli les neuf participants, acteurs en herbe natifs et habitants de Baalbeck, ayant la particularité d'être tous âgés de plus de soixante ans et d'avoir pris part à l'atelier de travail mené par le metteur en scène, auteur et acteur Hachem Adnan, et l'actrice Christèle Khoder. « Pendant une semaine, ces seniors très actifs se sont retrouvés pour partager leurs soucis et leurs aspirations », explique cette dernière, en assurant que « l'expérience était très forte ». Le résultat des travaux s'est traduit par une performance dont le moteur principal était bien évidemment plus symbolique qu'esthétique ou dramaturgique, véhiculant un intérêt sociologique, historique et patrimonial qui se propose comme élément d'un débat qui tarde à être lancé.

Une variante du théâtre de situation en somme, comme en prônait Jean-Paul Sartre, qui interroge les hommes, dans leurs rapports entre eux et vis-à-vis de situations extrêmes.
Telle est la démarche de la troupe Zoukak, souvent multipliée dans des villages aux quatre coins du Liban et qui vise à construire des performances en recueillant les témoignages des gens concernés. Les réflexions sur les conditions d'un peuple ou sur une de ses tranches passent nécessairement par là...

Tordre le cou aux clichés

Plain Secrets ? Elle avait un je-ne-sais-quoi de tragédie grecque, cette performance. Parce qu'elle rappelle une époque où le théâtre était directement lié à la vie de la cité, faisant partie inhérente de celle des citoyens, que ce soit par les sujets abordés comme par les modes de représentation. Et à Baalbeck, tant la pierre millénaire que la poésie (Khalil Moutran, Talal Haïdar...) ou la dabké font partie des piliers de la vie quotidienne.

Mais foin de clichés, car c'est justement à ces idées reçues et à ces poncifs que les habitants ont voulu tordre le cou, à travers cette représentation. Non, la ville n'est pas dangereuse, ni constituée de clans qui s'entretuent à coups de vendetta. Les habitants veulent réaffirmer leur identité et celle de leur ville. Ils veulent crier haut et fort leur volonté de vivre ensemble, sans confessionnalisme. Leur volonté d'abolir la peur, les inégalités, la marginalisation.

L'on regrette qu'à plusieurs reprises les déclamations étaient inaudibles. Mais qu'à cela ne tienne. Les spectateurs l'ont compris. Il s'agissait de faire passer, à travers ce plaidoyer en faveur de la ville, un message primordial : rattacher Baalbeck au reste du pays. Cette ville située à 62 km de Beyrouth, à la fois proche, mais considérée comme inaccessible.

À Baalbeck, il y a, en vrac, le beau et le moins beau. Il y a les ruines, il y a un fleuve qui s'est asséché, il y a les querelles des clans, il y a la guerre syrienne toute proche, il y a les armes, il y a la pauvreté. Il y a la sfiha, la dabké, un festival qui résiste. Mais il y a aussi et surtout les habitants. Il ne faut pas les oublier.


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