Des membres du Hezbollah marchant à côté de leurs véhicules couverts de boue, en mode camouflage, lors d’une procession précédant la Achoura, dans le village de Saksakieh au Liban-Sud, le 9 octobre. Ali Hashisho/Reuters
Le Hezbollah, par la voix de ses responsables, a mis l'accent hier sur l'enjeu vital de son engagement en Syrie, à savoir protéger le Liban dans son ensemble, a appelé à consolider par le dialogue cette stabilité dont il se pose en défenseur et a assuré que le parti s'efforce « concrètement » de revitaliser les institutions.
« Le Liban aurait-il joui de tant de calme, de sécurité et de stabilité sans les sacrifices de la résistance, de l'armée libanaise et des Libanais tués pour repousser le danger takfiriste du Liban ? » s'est ainsi interrogé le ministre de l'Industrie, Hussein Hajj Hassan, lors d'une veillée de la Achoura dans le mausolée de sayyida Khawla à Baalbeck. « Ce ne sont pas les rues de la banlieue sud et du Hermel que nous entendons défendre, mais la frontière libanaise dans son ensemble, là où elle se trouve menacée, du Akkar au Hermel, de Ras Baalbeck au jurd de Brital, jusqu'aux frontières de la Békaa-Ouest », a-t-il ajouté, précisant qu'une « menace réelle pèse sur ces régions, pour en faire un émirat ». « Et cette menace, les princes du pétrole ou l'Occident auraient-ils pu la repousser? » s'est encore demandé M. Hajj Hassan.
Il a souhaité enfin que « les contacts politiques, le dialogue et le débat responsable puissent aboutir à trouver des solutions adéquates à même de renforcer la stabilité du Liban et de relancer ses institutions, notamment la présidence de la République, le Parlement et le Conseil des ministres ».
L'exécutif et le législatif
Sur ce plan, le député Mohammad Raad, chef du bloc parlementaire de la Fidélité à la résistance, a fait état de « tentatives en cours pour honorer les échéances constitutionnelles. Si les intentions sont sincères, elles devront se traduire par une entente entre toutes les composantes du pays. Autrement dit, s'il y a un souhait commun de stabiliser le pays et d'en relancer les institutions, toutes les parties n'ont qu'à revenir vers l'entente, de manière à redynamiser le Parlement et le Conseil des ministres ». Le Hezbollah « déploie tous ses efforts pour inciter les Libanais à se retrouver ensemble afin que nous sortions de la crise aussi vite que possible, et avec le moins de dégâts », a-t-il conclu lors d'une veillée de la Achoura organisée par le Hezbollah à Tyr.
C'est un appel à « serrer les rangs » qu'a lancé pour sa part le député Nawaf Moussaoui aux Libanais, lors d'une autre veillée de la Achoura organisée par le Hezbollah et Amal à Jouya. Appelant toutes les parties à « faire preuve de solidarité et à s'éloigner du langage du scepticisme et de la suspicion », il a valorisé le dialogue en tant qu'« outil principal et fondamental dans les relations interlibanaises ». Stigmatisant « les expressions de doute », dans une allusion à peine voilée aux interrogations actuelles sur la volonté réelle du Hezbollah de débloquer la présidentielle, M. Moussaoui a souligné que « tous savent que les positions de notre parti constituent le fondement de la stabilité nationale et de la paix civile. C'est cette voie que nous avons choisi d'emprunter, et nous resterons solidaires de tous ceux qui tentent de sortir le Liban de ses crises ».
Le député Ali Fayad, se prononçant lors d'une cérémonie à Khiam, a de son côté annoncé solennellement que « le Hezbollah s'efforce concrètement de revitaliser les institutions, que celles-ci soient actuellement l'objet de vacance, de dépérissement ou de blocage ». Il a appelé précisément à la relance de l'activité du Parlement et du gouvernement.
Un « génocide » au Yémen
Par ailleurs, le récent raid saoudien au Yémen a suscité une vive réaction du Hezbollah, qu'a résumée notamment le discours du secrétaire général adjoint du parti, le cheikh Naïm Kassem. « Le crime de l'Arabie saoudite au Yémen n'a pas d'équivalent sur la planète dans l'histoire contemporaine. Le massacre perpétré est qualifiable de génocide et de crime contre l'humanité, en ce sens que le Conseil de sécurité, la Cour pénale internationale et les grandes puissances doivent y réagir en condamnant et sanctionnant l'Arabie », a-t-il déclaré, avant d'accuser les États-Unis d'appuyer le royaume saoudien, « son intérêt étant d'émietter la région afin de mettre la main sur ses ressources ». Il a également estimé que « l'Arabie n'a rien à voir avec l'islam sunnite. Elle ne fait que commander le takfirisme, dans le cadre d'un projet qui ne sert ni l'islam ni les musulmans, seulement les sionistes ». En contrepartie, « nous nous acharnons à faire face aux takfiristes, dans le cadre de notre combat contre Israël ». Et de conclure : « Si les pays occidentaux pensent qu'ils peuvent utiliser les takfiristes contre nous, ils auront la surprise de voir ce danger se retourner contre eux. »
Le ministre d'État Mohammad Fneich a assuré, pour sa part, lors d'une veillée de la Achoura à Bint Jbeil, que le Hezbollah « persiste dans son soutien aux causes justes et aux peuples victimes d'injustice, aussi bien face au sionisme, dont les États-Unis doivent assumer la responsabilité des crimes, que face aux takfiristes, qui sont les instruments des politiques américaines dans notre région ».
Le danger de la drogue...
Dans ce contexte, le Hezbollah a salué dans un communiqué « l'opération héroïque (la veille, NDLR) du combattant Mosbah Abou Sabih dans Jérusalem occupée, ayant fait un mort et de nombreux blessés parmi les soldats sionistes. Cette opération effectuée par le martyr-héros (abattu sur place) est un affront à l'occupant qu'il a frappé en plein cœur (...). Elle est une preuve supplémentaire de la combativité du peuple palestinien ».
L'on notera enfin le long plaidoyer du député Ali Mokdad contre la toxicomanie, dans le village de Taliya (Békaa-Est). Il a mis en garde contre « une guerre douce menée contre le Hezbollah par le moyen de la drogue, laquelle est un danger qui pourrait surpasser celui des takfiristes »...

