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Liban

Hariri cette semaine à Paris et Riyad, en attendant Bkerké...

La situation
10/10/2016

La dynamique lancée récemment par le chef du courant du Futur, Saad Hariri, pour remettre sur le tapis le dossier de la présidentielle et tenter de dégager un consensus autour de la personne du chef du bloc parlementaire du Changement et de la Réforme, Michel Aoun, est entrée dans une phase, dirait-on, d'engourdissement. Après la tournée haririenne auprès des différents acteurs politiques – à l'exception du Hezbollah et de Bkerké – et les deux visites à Riyad et à Moscou, place aux contacts plus discrets et plus restreints que le chef du courant du Futur va poursuivre, au niveau local, parallèlement à ses consultations régionales et internationales.

Saad Hariri doit ainsi se rendre dans le courant de la semaine en France, engagée dans une mission de bons offices pour débloquer la présidentielle, puis de nouveau à Riyad qui, sans totalement soutenir l'initiative de l'ancien Premier ministre, lui a fait savoir que le royaume n'a pas d'inconvénient à ce qu'il tente de hisser Michel Aoun à la tête de l'État, pour briser une paralysie qui dure depuis plus de deux ans et qui fait que le pays se trouve au bord de l'effondrement.

La mission de Saad Hariri reste cependant difficile pour plusieurs raisons et pas seulement à cause des réserves auxquelles son initiative s'est heurtée de la part de ceux qui ne voient pas dans Michel Aoun un président fédérateur ou « arbitre », pour reprendre les termes du Conseil des évêques maronites. Le package deal que le président de la Chambre, Nabih Berry, considère comme étant un passage obligé pour une redynamisation des institutions se pose comme un écueil fondamental en raison des appréhensions qu'il suscite, compte tenu de ses implications constitutionnelles et des contraintes qu'il impose aussi bien au président de la République qu'au chef du gouvernement.

Sous prétexte qu'il facilite la mission des deux, le package deal qui prévoit une entente autour d'un président de la République, d'une nouvelle formule de loi électorale, de la composition du futur gouvernement et de sa déclaration ministérielle, ne fait en effet que consacrer une autorité parallèle qui est la conférence de dialogue, au détriment de la Constitution, et institue une sorte de pouvoir collégial qui sape un principe constitutionnel fondamental, au cœur du système démocratique, à savoir la séparation des pouvoirs.

 

(Lire aussi : Présidentielle : ultimes arrangements... Le décryptage de Scarlett Haddad)

 

Raï revient à la charge
Le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, qui avait stigmatisé dimanche dernier cette dérive constitutionnelle, également décriée par les partis chrétiens, notamment le CPL, semble déterminé à s'y opposer.

Les assurances de M. Berry et de son conseiller politique, le ministre des Finances, Ali Hassan Khalil, dépêché vendredi à Bkerké, sont loin d'avoir convaincu le chef de l'Église maronite, qui est revenu à la charge hier sur le sujet. Dans son homélie, Mgr Raï a appelé de nouveau à l'élection d'un président et plaidé en faveur du respect du pacte national « qui impose à chaque composante du pays de protéger le droit de l'autre pour que les deux soient représentées de manière saine et équilibrée au sein du pouvoir et de l'administration, loin de tout arrangement bipartite ou tripartite, établi au détriment du pays ». « Les sujets à l'ordre du jour de la conférence de dialogue ou de toutes autres réunions bilatérales, aussi importants soient-ils, ne peuvent pas constituer un passage obligé pour l'élection d'un président ou un prétexte pour imposer des conditions ou des contraintes au candidat ou au président élu, parce qu'ils contredisent le texte et l'esprit de la Constitution », a poursuivi M. Raï, avant d'affirmer : « Il appartient au président de diriger le processus en fonction duquel des sujets pareils doivent être soumis au Parlement ou au Conseil des ministres, mais à condition que ce président soit sage et perspicace, un président "arbitre" et non pas "biaisé"ou "marionnette". »

Le patriarche a ensuite sommé « les blocs politiques et parlementaires d'annoncer clairement qui est leur candidat et de se rendre au Parlement pour élire un chef de l'État, conformément à la Constitution et au système parlementaire démocratique ». S'il est resté dans les généralités, il est évident que son appel s'adresse principalement au Hezbollah, qui se mure dans un mutisme absolu, mais aussi au chef du courant du Futur, qui n'a toujours pas fait savoir officiellement s'il maintient son appui à la candidature des chefs des Marada, Sleiman Frangié, ou s'il soutient celle de Michel Aoun.

 

(Lire aussi : « Que veut donc Nabih Berry ? » Yassine Jaber apporte des éléments de réponse)

 

De sources proches du courant du Futur, on apprend que M. Hariri envisage sous peu une visite à Bkerké pour discuter avec le patriarche des motifs et des résultats de son initiative.

Le Hezbollah, en revanche, continue d'agir comme si la présidentielle ne le concernait pas. Depuis que Nawaf Moussaoui a laissé entendre il y a quelques jours que la question devrait être réglée entre Amal et le CPL, Nabih Berry ayant exprimé des réserves au sujet de l'élection de Michel Aoun, il a replongé dans son silence. Comme tous les week-ends, ses députés se sont pourtant montrés particulièrement loquaces. S'ils ont abordé la crise politique, c'est pour plaider en faveur d'une redynamisation du gouvernement, de la tenue de réunions législatives durant la session ordinaire parlementaire qui s'ouvrira dans moins de dix jours, et de la conférence de dialogue. Pas un mot sur la présidentielle, ce qui a fait dire à un député du 14 Mars que l'Iran n'a toujours pas donné son vert à l'élection d'un président et que le bombardement de civils réunis samedi dans le cadre d'un veillée funèbre au Yémen, pour commémorer l'Achoura, risque d'envenimer davantage les rapports entre l'Iran et l'Arabie saoudite, qui dirige la coalition arabe accusée par les houthis d'avoir mené le raid ayant fait plus de 140 morts à Sanaa.

 

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À Bkerké, le premier pas vers une légitimation dangereuse du package-deal ?

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Le Faucon Pèlerin

Michel Aoun n'est pas un "président fédérateur" ni un "président consensuel".
Un homme politique, maronite par naissance, qui envoie ses partisans à Bkerké afin de rudoyer le Patriarche Sfeir.
Un homme politique, maronite par héritage, qui signe à Mar-Mkhaél-Canossa un "document d'entente" sans consulter les chefs de sa communauté, cet homme n'a pas sa place à la tête de l'Etat, siège réservé à la communauté maronite.

Gebran Eid

SAAD HARIRI QUI REPRÉSENTE L'ARABIE SAOUDITE EN DÉCLIN DANS CETTE AFFAIRE, LA SEULE POSSIBILITÉ QUI LUI RESTE, C'EST DE VOTTER POUR NABIH BERI PRÉSIDENT. SINON ET S'IL LUI RESTE UN SEUL GRAMME DE DIGNITÉ IL DOIT DEMISSIONNER ET CÉDER SA PLACE À UN PATRIOTE COMPÉTENT EN POLITIQUE.

RE-MARK-ABLE

En passant par la Lorraine avec mes sabots ....
Avec mes sabots dondeine oh oh oh ......avec mes sabots .... Hahahahahahah. ..

J'ai l'image du gamin qui réchigne à prendre son vaccin , mais qu'il finira par le prendre ce p...n de vaccin. ..Hahahahahahah Hahahahahahah. ...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

POUR LE HEZB ET AMAL, LE TANDEM CHIITE, SLEIMANE FRANGIEH ET MICHEL AOUN DE PIONS SONT DEVENUS DES CARTES IMPREVISIBLES, DONT ON A PLUS CONFIANCE, D,OU ILS ESSAIENT DE SERVIR AUX AUTRES, POUR LA NOMINATION D,UN DES LEURS, DES SALLETS DE TINE IMBIBES DE L,ELIXIR D,ABRUTISSEMENT ET DE LA SERVITUDE...

Yves Prevost

"un président qui soit sage et perspicace, un président "arbitre" et non pas "biaisé"ou "marionnette". Voilà des conditions qui excluent, à l'évidence, Michel Aoun!

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