Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble (à gauche), et son homologue chinois, Lou Jiwei, ont rencontré les médias lors d’une conférence de presse du G20 Finances. Zach Gibson/AFP
L'Allemagne, qui assumera la présidence du G20 l'an prochain, s'est retrouvée sous pression à Washington pour qu'elle participe davantage aux « efforts collectifs » de relance de la croissance mondiale, en augmentant ses dépenses.
« Certains pays disposent de marge de manœuvre budgétaire. Parmi eux, il y a sans aucun doute le Canada, l'Allemagne ou encore la Corée du Sud », a affirmé la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, en ouvrant la réunion d'automne du FMI et de la Banque mondiale à Washington. « C'est la première fois qu'elle désigne nommément l'Allemagne », a assuré une source européenne. La directrice générale se contentait jusqu'à présent de lancer un appel général à activer le levier de la dépense budgétaire pour relancer une croissance mondiale morose, qui devrait ralentir à 3,1 % cette année. Mme Lagarde a même jugé que la baisse d'impôts annoncée par le gouvernement d'Angela Merkel n'était pas suffisante : « Nous espérons que cette baisse fasse partie d'un paquet de mesures plus large qui exploite la marge de manœuvre budgétaire dont dispose l'Allemagne », a-t-elle déclaré sans détour.
Ce changement de ton coïncide avec une réunion du G20 finances, qui se tient à Washington en marge de celle du FMI, la dernière avant que Berlin n'assume l'année prochaine la présidence de groupe des principales économies développées et émergentes.
« C'est le moment choisi par les États-Unis pour faire pression sur l'Allemagne pour qu'elle mette certains points à l'agenda de sa présidence l'an prochain », a expliqué une source proche des négociations. Parmi les points en question : l'appel aux pays disposant de marge de manœuvre budgétaire à dépenser plus. Washington et Berlin ont déjà connu des différends par le passé. En 2013, le Trésor américain avait déjà critiqué le modèle économique de la première puissance économique européenne. Avec des excédents commerciaux colossaux et pas de déficit budgétaire, l'Allemagne figure forcément en première ligne à chaque fois que le FMI et d'autres institutions lancent un appel à des « efforts collectifs » pour remettre la croissance mondiale sur les rails.
« L'Allemagne se porte bien »
Mais son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, fait la sourde oreille, même s'il prend pour « un compliment » le fait que Mme Lagarde ait cité son pays. « L'Allemagne se porte bien économiquement parce que nous respectons les règles mises en place en Europe », a-t-il rétorqué lors d'une table ronde avec la directrice générale du FMI, exigeant, comme d'habitude, de ses partenaires européens, comme la France, qu'ils respectent ces mêmes normes.
Pierre Moscovici, commissaire européen à l'Économie, a rappelé que Bruxelles a déjà exprimé le même message que le FMI. « Cela figure de manière explicite dans les recommandations qui sont adressées à l'Allemagne. C'est aussi ce que dit le G20 », a-t-il expliqué lors d'une rencontre avec la presse à Washington.
Au même moment, en Allemagne, le gouvernement a légèrement relevé sa prévision de croissance pour cette année et abaissé celle de 2017. Le ministre de l'Économie Sigmar Gabriel a ainsi indiqué s'attendre cette année à une croissance du produit intérieur brut (PIB) de 1,8 %, contre 1,7 % anticipé en avril, et de 1,4 % l'année prochaine, contre 1,5 % escompté au printemps. Il a parlé dans un communiqué d'« une croissance solide dans un contexte économique extérieur difficile », au moment où l'activité mondiale ralentit. « Parmi les facteurs qui ont contribué à la croissance assez forte en 2016 figurent les efforts pour faire face à l'afflux de migrants, ainsi que le prix peu élevé du pétrole et les taux de change » favorables, a souligné M. Gabriel.
L'euro, qui est à un niveau historiquement peu élevé sur le marché des changes, soutient du coup les exportations qui sont le principal moteur de l'économie allemande.
Antonio Rodriguez/AFP


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine