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Maroc

Test de popularité pour le PJD islamiste après l’épreuve du pouvoir

Entre tensions et campagnes de déstabilisation, une véritable bataille s'est jouée lors de la campagne pour les législatives marocaines.

Le Premier ministre marocain et leader du parti de la Justice et du Développement (PJD), Abdelilah Benkirane, lors d’un meeting à Larache, le 1er octobre 2016. Fadel Senna/AFP

18 septembre 2016. Dans les rues de Casablanca, des manifestants se rassemblent. « Benkirane, dégage ! », « Les Frères musulmans, dehors » et d'autres slogans résonnent, appelant au retrait du parti de Justice et Développement (PJD), le parti à tendance islamiste au pouvoir depuis 2011 au Maroc. Les quelques milliers de participants présents sont arrivés via des bus de compagnies privées, encadrés par les forces de l'ordre. Officiellement, aucun parti n'est présent pour cette « marche spontanée », qui s'apparente plus à une « marche mystère » téléguidée par des opposants au PJD. Un nouvel épisode de la longue série de mesures visant à court-circuiter les islamistes, grands favoris des prochains scrutins. Cinq ans après son arrivée au pouvoir, le PJD d'Abdelilah Benkirane joue plus que jamais des coudes pour s'imposer.

Le spectre du « printemps arabe »
En 2011, alors que l'air du « printemps arabe » flotte dans le royaume, la monarchie se maintient face à la faiblesse et à l'hétérogénéité des revendications. Pour étouffer le mouvement naissant, le roi Mohammad VI annonce une série de réformes. De ces nouvelles mesures découlent les élections du 25 novembre 2011. Ces dernières permettent de neutraliser un adversaire de taille : le PJD, dont le leader prend la tête d'une coalition hétérogène. L'arrivée du parti islamiste à la tête du gouvernement aura permis de calmer la contestation politique, le système étant stabilisé.

Pour le roi, le pari est gagné : il conserve le contrôle des ministères de la Souveraineté et des Finances, confiant la Justice au PJD. Néanmoins, la cohabitation ne s'est pas exactement déroulée comme le palais le souhaitait. Alors que le roi espérait que l'expérience du gouvernement ruinerait la réputation du PJD, ce dernier consolide sa popularité au sein de l'opinion. Pour la formation islamiste, ces prochaines élections sont un test de popularité, et les adversaires politiques du parti usent de tous les moyens pour le défier.

En première ligne, le ministre de l'Intérieur Mohammad Hassad qui s'est présenté en véritable maestro des élections. Sa première mesure : l'interdiction de toute action caritative, des actions habituellement mises en œuvre par les communes avant le mois du ramadan. Deuxième mesure, l'interdiction des sondages d'opinion. Alors que la plupart des sondages prédisaient l'arrivée en tête du parti islamiste, le ministre prend prétexte de l'absence de « lois les réglementant ». Tout organisme contrevenant à cette interdiction s'expose alors à une amende de 50 000 à 100 000 dirhams (entre 5 000 et 10 000 euros).

 

(Lire aussi : Législatives au Maroc : une opposition taillée sur mesure)

 

PJD, l'ami-ennemi
Mais si le PJD doit aujourd'hui faire face aux critiques de ses détracteurs, il entend surtout en jouer. Avant même le début de la campagne, la galaxie islamiste faisait le procès du « tahakoum » (en français, la mainmise), se plaçant ainsi comme le père du peuple, opposé aux bourgeois politiciens. En campagne au sud du pays le 3 octobre, Abdelilah Benkirane affichait de nouveau un ton des plus populistes, dénonçant la chasse aux sorcières contre les membres de son parti. Un populisme teinté de bonne conscience puisqu'il déclarait : « Si le roi me nomme chef du gouvernement et que je ne parviens pas à constituer ma majorité, je recourrai au peuple. » Car si le PJD reste une organisation attachée à la figure du palais, ses rapports avec l'entourage du roi sont plus complexes, notamment avec le conseiller du roi Fouad el-Himma.

Il semblerait donc que les attaques de ses adversaires soient éminemment contre-productives. Dans sa rhétorique contre les notables du pouvoir, le parti pourrait gagner encore en popularité. Son assise électorale s'appuie sur un réseau associatif de prédications et de bienfaisance. Toutefois, seuls 20 % des citoyens urbains, soit un adulte sur dix, votent pour le parti. Ce n'est donc pas tant son emprise électorale que sa capacité à mobiliser les masses qui inquiète, un privilège que le palais souhaite monopoliser.

 

(Lire aussi : Au Maroc, le come-back des salafistes)

 

Vers un duel entre notables et islamistes ?
Le scrutin d'aujourd'hui s'annonce de nouveau comme un duel. Comme l'explique David Goeury du Centre Jacques Berque à Rabat et spécialiste de la géographie politique marocaine : « Du fait de la particularité du mode de scrutin marocain, il est quasi impossible pour un parti d'obtenir une majorité absolue à la Chambre des représentants. Il doit faire des alliances. Or, seuls deux partis ont déclaré qu'ils ne feront jamais d'alliance entre eux : le PJD et le PAM » (parti Authenticité et Modernité, fondé en 2008 par Fouad Ali el-Himma).

À ce jour, 16 millions d'électeurs sont inscrits sur les listes électorales selon un communiqué du ministère de l'Intérieur. Reste à savoir si les abstentionnistes se mobiliseront pour soutenir le PJD ou d'autres forces politiques comme la Fédération de la gauche démocratique. Présentée comme alternative supposée au duel PJD/PAM, le mouvement reste pour le moment « un petit parti dont les ambitions ne correspondent pas à sa vraie taille électorale », commente Abdellah Tourabi, un chroniqueur politique marocain. Pour le PJD comme pour les autres partis, le pari est donc de parer à l'abstention. Un défi de taille pour un pays dont la culture politique dominante reste, selon Pierre Vermeren, chercheur à la Sorbonne et spécialiste du Maroc, « celle du consensus d'une part, de l'indifférence et du chacun pour soi de l'autre ».

 

 

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