L'étiage n'explique pas tout. Au contraire, cette année, on avait prévu une adduction supplémentaire ; mais...
Ce qui devait arriver arriva : nous sommes sans eau. Chaque nuit, les robinets sont à sec dans tout Beyrouth et, au fil des jours, c'est un peu plus tôt que la coupure intervient. (...) Si vous êtes au stade de la douche hebdomadaire (en attendant le bain mensuel), il y a une – bonne – raison à cela : l'étiage, mot magique qui est censé absoudre tous les... robinets secs.
Mais voilà : cette année, on avait pensé à l'Office des eaux, au fameux étiage, et l'on avait prévu une adduction supplémentaire pour faire l'appoint durant les mois difficiles d'octobre-novembre. (...) Cette prévoyance inaccoutumée aurait été salutaire n'était... l'autoroute. Que vient faire l'autoroute dans cette galère ? Suivez la filière : (...) l'OEB entreprend des travaux d'adduction (...) et pose les canalisations qui viennent d'une source au nord de Tabarja jusqu'au point où doit déboucher le tronçon d'autoroute Jounieh-Tabarja. À partir de là, il n'était plus possible d'empiéter sur la route qui longe la mer en lacets ; c'est pourquoi l'on décida, le 1er mars, de mettre en service un minitronçon d'autoroute, pour dégager l'ancienne route de Tripoli et permettre les travaux d'adduction d'eau.
Le 2 mars, « L'Orient » lance un cri d'alarme : en ouvrant ce tronçon, on crée un véritable carrefour de la mort. (...) « Il vaut mieux risquer quelques semaines d'étiage que de créer sciemment un carrefour de la mort. D'ailleurs, il ne sera pas nécessaire de mourir de soif pour éviter de mourir tout court. » (...) L'administration en convient. L'inauguration du tronçon est annulée. Mais parallèlement, il était décidé que les travaux de l'autoroute seraient hâtés pour que la nouvelle voie atteigne Tabarja le 15 mai, date à laquelle l'installation des conduites d'eau reprendrait pour atteindre Beyrouth le 1er septembre. (...) Le 15 mai, rien n'est prêt. Le 15 juin non plus. Le 15 juillet idem. Le 15 août, l'autoroute est ouverte à la circulation. Et encore, n'est-elle pas complètement terminée. Mais là, c'est une autre histoire...
(...) Il n'était plus évidemment question de poser les canalisations d'eau avant le 1er septembre (...) ni avant le 1er octobre. (...) Et voilà pourquoi (...) les robinets des Beyrouthins sont de plus en plus à sec.
C'est notre explication. Nous attendons celle de l'administration, tous offices réunis, y compris les « Grands ».


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