Liban

Hashim Sarkis à « L’OLJ » : Je n’ai jamais quitté Beyrouth même si je suis physiquement ailleurs

diaspora
04/10/2016

À la fois charismatique, réservé et cordial, Hashim Sarkis a cette force tranquille qui en impose. Après avoir été titulaire pendant douze ans de la chaire « Aga Khan Program For Islamic Architecture » à l'Université de Harvard, il est, depuis 2015, doyen de la prestigieuse School of Architecture and Planning, une des cinq écoles de la Masachusetts Institut of Technology (MIT). Étoile montante de l'architecture moderne et contemporaine, il voue une passion pour son métier et pour le Liban. Sa vie professionnelle est à cheval entre Boston et Beyrouth. « Je n'ai jamais quitté Beyrouth même si je suis physiquement ailleurs. Mon bureau est à Beyrouth (Lebanon-Hashim-Sarkis-Studios) au Centre Gefinor, et aussi à Boston, avec six personnes dans chaque ville. J'engage des architectes libanais et aussi des stagiaires à Boston », indique-t-il dans une interview accordée à L'Orient Le Jour à New York.

Parmi les grands
Le Liban s'enorgueillit de compter quatre grands doyens d'écoles d'architecture et de planification en Amérique du Nord et à Londres : Amale Andraos, à Columbia University de New York, Rodolphe Khoury, à l'Université de Miami, Hashim Sarkis à MIT, et Adrien Lahoud, australien d'origine libanaise, au City College de Londres. Que signifie cette importante présence libanaise aux États-Unis et dans le monde ?
« Cela confirme que la diaspora libanaise est grande et riche, souligne Hashim Sarkis. C'est vraiment une génération qui a grandi pendant la guerre. »

Décrivant son parcours scolaire, M. Sarkis indique qu'il a fait ses études primaires et secondaires au Saint Joseph School de Kornet Chehwan. Il a entrepris ensuite deux années d'études à l'AUB, jusqu'en 1984, « interrompues à cause de la guerre », pour poursuivre des études d'architecture à Rhode Island School of Design, suivies d'une maitrise puis d'un PhD en architecture et planification à l'Université de Harvard. « Lorsqu'on s'embarque dans cette discipline, il est normal de continuer dans le domaine académique, relève-t-il. C'est un peu le cas de Rodolphe Khoury, moins celui d'Amale Andraos. »

« Mens et Manus »
« Je suis cent pour cent à MIT et cent pour cent à mon travail », lance M. Sarkis. Comment allie-t-il ces deux fonctions ? « Lorsqu'à MIT on m'a demandé de décrire mon cas, j'ai dit que j'étais entre deux mondes : l'académique et le professionnel, dit-il. MIT est fondé précisément sur l'idée de la recherche appliquée. Sa devise "Mens et Manus", qui orne son sceau officiel, signifie l'Esprit et la Main. Cette devise reflète les idéaux éducatifs de ses fondateurs pour la promotion d'une application pratique de l'éducation, de l'union des sciences et des arts, » explique-t-il.

« Très à l'aise » dans la formule de recherche appliquée que l'on retrouve dans ses nombreuses réalisations, dont notamment les « Maisons des pêcheurs à Tyr », les projets pour la Fondation Moawad, les parcs à Beyrouth, le Ballon des résidences, l'Hôtel de Ville, et tout récemment le musée de l'Alphabet à Byblos, Hashim Sarkis « utilise ces projets pour ses recherches afin de définir l'habitation, le musée du futur, et l'institution nationale, » note-t-il. Il « travaille avec APPEAL, qui a lancé un concours d'architecture pour la création d'un musée à Beyrouth ». Ce concours s'adresse à des architectes libanais qui sont enregistrés à l'ordre des ingénieurs du Liban ayant une expérience libanaise. Il est l'un des « treize architectes sélectionnés pour présenter leur vision pour ce genre d'institution ».

Une passion : l'architecture
Établi en 1998 à Cambridge, Massachusetts, et à Beyrouth, ce doyen a une grande passion : l'architecture. Ayant plus d'une corde à son arc, il embrasse d'une main de maître de nombreux grands projets allant de la planification à l'aménagement urbain et paysager, à la conception résidentielle et au mobilier institutionnel. Ses réalisations, qui intègrent avec élégance l'architecture aux milieux urbains et paysagers, s'étalent au Canada, en Chine, au Liban, aux États-Unis et aux Émirats arabes unis (EAU). Il s'est rendu tout récemment à New York pour discuter du nouveau projet, « Africa Center », un nouveau design qui doit voir le jour à Manhattan.

Cet architecte aux talents multiples est détenteur de la prestigieuse Progressive Architecture et Design Award BSA et d'autres importantes distinctions. Il est l'auteur de nombreux ouvrages et articles publiés dans plusieurs magazines et revues spécialisés. Il a aussi pris part à de nombreuses expositions dont notamment les Biennales de Venise, Rotterdam, Hong Kong/Shenzhen, et au Musée d'art moderne (MoMa) à New York.

Plaidoyer pour le Liban
Invité à prononcer un des discours de clôture lors de la première Conférence sur le potentiel de la diaspora (LDE) d'Amérique du Nord et du Canada, qui s'est déroulée à New York les 16 et 17 septembre, en présence du ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil, du consul général du Liban à New York, Majdi Ramadan, et de 250 convives triés sur le volet, Hashim Sarkis a lancé un vibrant plaidoyer pour que les dirigeants libanais laissent une plus grande place à l'architecture et à l'urbanisme dans les projets futurs au Liban. L'architecture n'est-elle pas après tout un processus de conception et d'engagement qui n'a plus de frontières ? Elle a certes un rôle à jouer dans ce domaine. Elle doit être en mesure d'intervenir et de dire : « Nous pouvons changer le monde. » Et... changer aussi le Liban.

Hashim Sarkis cite l'exemple du dernier concours anonyme lancé par la municipalité de la ville de Byblos pour la réalisation de son nouveau site, concours qu'il a remporté. Une des plus vieilles villes habitées du monde avec son port, ses deux châteaux croisés, ses nombreuses églises et ses mosquées historiques, au vaste héritage phénicien, hellénistique et romain, Byblos est le site du patrimoine mondial le plus visité au Liban. Dans un effort de recentrer la ville, le nouveau bâtiment de la municipalité se situe à l'échangeur de l'autoroute nord-sud qui sépare la ville de sa banlieue est, dans un parc public et à proximité d'une zone d'information touristique. Formé de trois blocs portés par des noyaux de circulation sur le côté et d'un long mur qui agit comme barrière contre le bruit, l'espace qu'il a conçu en béton armé et en « pierre officielle » de la ville tient compte de l'urbanisme, de l'environnement, de l'archéologie, des espaces verts, de la chaleur et du bruit. Un futur système du design urbain comprendra un pont piétonnier des deux côtés pour une meilleure connexion entre la vieille ville et ses ramifications.

Architecture, démocratie, et Zaha
L'architecture devient-elle un agent de changement ? « Elle se trouve entre deux formes d'interrogation : la démocratie, les sciences et la technologie, souligne Hashim Sarkis. Nous sommes tous des agents de changement dans la société, y compris l'architecte. La beauté est très importante. Le rôle de l'architecte est de redonner aux gens leurs droits à l'espace, à l'environnement et à la beauté. Je travaille toujours pour intégrer l'architecture à la ville et à l'environnement. Si l'on veut garder l'aspect géographique, il faut tenir compte du paysage. Mes projets sont plutôt ouverts à la nature, » assure-t-il.

Quels conseils pourrait-il donner aux futurs architectes ? « L'architecture, c'est d'abord une formation culturelle, souligne-t-il. C'est aussi une façon de résoudre des problèmes avec créativité, ce qui est très important. On voit de plus en plus d'ingénieurs, de scientifiques et de designers venir chez nous pour résoudre leurs problèmes, surtout dans l'économie digitale actuelle. Cette discipline est attractive, note-t-il. C'est une profession qui touche un large éventail de domaines : meubles, immeubles, aspects environnementaux et aspects techniques. Mon conseil est de ne suivre aucun, même pas le mien. Mais il faut suivre son génie. L'architecture a un aspect passionnant. C'est le cas de Zaha Hadid, qui a trouvé cette passion dans l'architecture qui est devenue elle », affirme-t-il.

Avec sa disparition, un nouveau génie arabe émergera-t-il ? « Pour moi, le jour où Zaha Hadid est morte, le monde est devenu un peu moins beau, affirme M. Sarkis. Ce n'est pas une force que l'on peut remplacer. Zaha a montré au monde que l'architecture est importante et que la créativité peut être récompensée. Elle a été une comète dans cette vie. Cette disparition nous a affectés réellement, » conclut Hashim Sarkis.

 

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Hashim Sarkis prend la tête de l'école d'architecture de MIT

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