Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, avant son discours à l’Onu, hier. Timothy A. Clary/AFP
Le président palestinien Mahmoud Abbas et le premier ministre israélien Benyamin Netanyahu ont croisé le fer hier sur la colonisation israélienne en Cisjordanie devant l'Assemblée générale de l'Onu, sur fond d'impasse diplomatique au Proche-Orient.
Les deux dirigeants aux styles opposés – ferme mais posé pour l'un, assuré et cinglant pour l'autre – sont montés à la tribune à quelques minutes d'intervalle.
Ils n'étaient séparés sur la liste des orateurs que par la Première ministre norvégienne Erna Solberg, une réminiscence ironique des accords d'Oslo qui avaient lancé un processus de paix désormais bloqué. Mme Solberg en a profité pour les inviter à « appliquer les recommandations du Quartette » sur le Proche-Orient (États-Unis, Union européenne, Onu et Russie). Celui-ci a exigé d'Israël qu'il cesse de coloniser et des Palestiniens qu'ils mettent fin à la violence, mais les deux camps ont critiqué ses conclusions.
Abbas critique la colonisation
Premier à s'exprimer, Mahmoud Abbas a fustigé l'accélération de la colonisation israélienne en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, affirmant qu'elle allait tuer tout espoir d'une solution à deux États, Israël et un État palestinien coexistant en paix. « Ce que le gouvernement israélien fait en poursuivant sa colonisation expansionniste détruira ce qu'il reste de possibilités d'appliquer la solution à deux États selon les frontières de 1967 », a expliqué M. Abbas. « Les colonies sont illégales dans tous leurs aspects », a-t-il martelé.
Les Palestiniens, a-t-il dit, vont poursuivre l'offensive diplomatique qu'ils ont lancée depuis que la Palestine est devenue État observateur aux Nations unies. Ils vont en particulier s'efforcer de faire adopter au Conseil de sécurité une résolution condamnant la colonisation et les attaques « terroristes » des colons contre des familles palestiniennes. Une mission quasi impossible tant que les États-Unis bloqueront, en utilisant leur veto de membre permanent du Conseil, tout texte onusien stigmatisant leur allié israélien.
Mahmoud Abbas a également demandé au Royaume-Uni de présenter ses excuses pour la déclaration Balfour de 1917, déclaration du secrétaire au Foreign Office de l'époque, Arthur Balfour, qui préconisait l'établissement en Palestine d'un foyer national juif.
Netanyahu : Le conflit ne porte pas sur la colonisation
M. Netanyahu a balayé d'un revers de main l'argument de la colonisation. « Ce conflit ne porte pas sur les colonies, cela n'a jamais été le cas », a-t-il affirmé. Ce conflit « a toujours porté sur l'existence d'un État juif, un État juif quelles que soient ses frontières ». Citant Haïfa, Jaffa et Tel-Aviv, des localités situées en Israël, il a ajouté : « Voilà vraiment les colonies auxquelles ils (les Palestiniens) s'opposent. » Il a reconnu que la colonisation était « un vrai sujet », mais qu'il « peut et doit être résolu dans le cadre de négociations sur le statut final » des territoires palestiniens.
Il a raillé la volonté « absurde » de M. Abbas d'obtenir du Royaume-Uni « des excuses » pour la déclaration Balfour qui, il y a près de cent ans, a ouvert la voie à la création de l'État d'Israël. « Voilà ce qui s'appelle vivre dans le passé ! » a-t-il lancé.
Brillant orateur, le Premier ministre israélien a consacré la première partie de son exposé à expliquer, à grand renfort d'anecdotes, que malgré la « partialité » de l'Onu envers son pays – « une véritable farce » – celui-ci tissait des liens avec de plus en plus de pays en Afrique, Asie et Amérique latine qui le considèrent comme un géant de la technologie et un rempart contre le terrorisme.
Avant de revenir à ses thèmes de prédilection, comme « l'État islamique militant d'Iran, principale menace » pour Israël et « l'endoctrinement » des jeunes Palestiniens à la haine des juifs et à la violence, « une forme de maltraitance ».
(Source : AFP)

