Il a raison, Antoine Courban. Raison de commenter aussi pertinemment dans son article du 8 septembre les prétentions pseudo-justifiables des défenseurs autodéclarés du chrétien libanais...
Les droits spoliés des chrétiens ? De quels chrétiens s'agit-il ? Des chrétiens libanais qui relèvent d'une dizaine de communautés diversifiées ? Ou bien des seuls maronites que l'accord CPL- Forces libanaises vient artificiellement entacher ? Si tel était le cas, il faudrait faire comprendre à Gebran Bassil et à travers lui à Michel Aoun que leur intelligence commune des choses a trouvé là ses limites. Quel malheur pour nous autres qui restons oubliés, négligés, sacrifiés sur l'autel des gourmandises électorales offertes aux plus remuants.
Ici, une précision s'impose. L'auteur de ces lignes a pendant longtemps épousé les thèses de ceux-là parmi les chrétiens qui pensaient et pensent encore sans doute que le Liban de papa se devait d'être éternel. En d'autres termes, que la direction du pays allait continuer à être régie en majorité par les citoyens chrétiens sans considération aucune envers les communautés mahométanes vivant depuis des siècles sur ce même territoire. D'aucuns s'avisaient aussi de critiquer à rebours le choix des dirigeants de l'époque qui avaient consenti à l'élargissement du « petit Liban » jusqu'aux territoires habités principalement par diverses ethnies islamiques.
Sauf que la face humaine d'un tel projet politique n'aura pas tourné comme souhaité. Et le Liban moderne de 1920 fut conçu et engendré en un tour de main avec la bénédiction de Sykes et de Picot. La formule s'étant avérée aussi désastreuse que l'idée de base et les choses étant ce qu'elles sont depuis, chacun, à sa façon, aura eu le temps de compter les lacunes de cet arrangement bâclé et de pleurer sur les résultats constatés.
À l'éclatement du conflit de 1975, je fis partie moi-même de ceux qui s'imaginaient réduire les 10 452 km2 libanais en un mouchoir de poche exclusivement chrétien. C'est dire que je n'étais pas alors en phase avec la pensée actuelle de Courban. Et ce fut à la suite de violences regrettables entre milices chrétiennes que j'ai changé d'avis. Mon épouse, qui avait elle-même pris part pour un temps à des activités sociales et politiques, sous l'étiquette d'un patriotisme bon ton, m'avait prévenu : « Un Liban uniquement chrétien ? avait-elle fait remarquer. À Dieu ne plaise, car nous autres chrétiens, avec la mentalité orientale que nous traînons malgré l'enseignement de la doctrine chrétienne, nous nous mangerions entre nous... »
C'est alors que j'ai compris et approuvé par la suite, sinon les détails de l'accord de Taëf, du moins la clause principale établissant l'égalité des pouvoirs entre chrétiens et musulmans quelles que soient par ailleurs les retombées de l'équilibre (ou du déséquilibre) démographique.
On voit aujourd'hui ce qui se joue dans notre misérable Moyen-Orient. Hors du vivre-ensemble avec nos concitoyens musulmans, point de salut pour les chrétiens de ce côté-ci de la Méditerranée. Alors à propos de nos droits spoliés, que monsieur Bassil aille chercher plus loin et qu'il se souvienne que « là où se trouve la haine, le chrétien doit établir l'amour »... C'est ainsi ! Je m'en veux d'avoir l'air de faire la morale. D'ailleurs, sur le plan politique, cette notion-là n'existe pas, nous le savons. Mais l'infantilisme et le ridicule ne doivent plus passer. Il faut que l'on sache que les chrétiens d'Orient ne sont pas d'accord avec ce genre de point de vue.
Depuis quelques jours, nous assistons, désabusés et mélancoliques, à la projection sur petit écran du reportage-souvenir sur Bachir. Celui qui fut l'idole d'un moment de notre histoire avait essayé,
avec la fougue de sa jeunesse forcément inexpérimentée, de « chasser notre (mauvais) naturel ». La Providence aura voulu, parce que, dit-on , les voies du Seigneur sont impénétrables, qu'il fût éliminé de la scène nationale avant même d'exercer le pouvoir. lnutile de revenir sur l'impression douloureuse qu'aura exercée sur nous tous ledit désastre. Le résultat à constater est que, trente-quatre ans plus tard, notre « naturel était revenu au galop ». Les Libanais ne sont encore jamais tombés plus bas. Car l'élection présidentielle ne sera ni pour demain ni pour plus tard.
À moins de corriger, par un miraculeux sursaut de notre caste dirigeante, la Constitution issue de Taëf pour l'élection d'un président (qui, à mon sens personnel, devrait se faire au suffrage universel et de façon « tournante » entre les six groupes communautaires de notre population, assurant de la sorte l'égalité définitive entre nos composantes politico-sociales, ne livrant le pouvoir de gouverner à une communauté donnée que pour cinq années, une fois tous les trente ans), rien, mais rien de rien ne bougera. Ce ne seront plus alors les chrétiens qui se mangeraient entre eux mais bien toutes les tranches de cette mosaïque populaire réduisant à néant non seulement la patrie mais aussi notre passé et notre avenir.
L'explication à donner à ce cauchemar est résumée dans la citation sublime que j'ai retenue et qui est mentionnée à la dernière phrase de l'article auquel je me réfère :
« Les civilisations ne meurent pas assassinées. Elles se suicident. »
Louis lNGEA


L,EGAREMENT S,ERIGE EN DEFENSEUR SUPREME. LES LOIS SONT BAFOUEES. TOUT N,EST PLUS QUE DILEMME, QU,ERREMENT, QUE FOLIE ET QUE MALEDICTION. DES CHRETIENS LA CARRIERE EST SOMBRE ET INCERTAINE. LE REVEUR, S,ACCROCHANT A SON ILLUSION VAINE, REVE DE SE PARER DE LA RICHE TOISON. DANS CET EX PARADIS, TOUT N,EST QUE DERISION !
11 h 25, le 21 septembre 2016