Devant le gouvernement hier, le président russe Vladimir Poutine a jugé « nécessaires des transformations réfléchies », mais a écarté toute « thérapie de choc ». Aleksey Nikolskyi/AFP
Avec une majorité sans précédent au Parlement, Vladimir Poutine a les coudées franches pour faire adopter un budget de rigueur, adapté à l'assèchement de la manne pétrolière, en attendant des réformes plus douloureuses pour l'après-présidentielle de 2018.
Malgré près de deux ans de crise économique, son parti Russie unie ressort encore renforcé des législatives de dimanche, face à ses principaux concurrents communistes et nationalistes qui ont passé la campagne à dénoncer son cap libéral.
Le gouvernement pourra compter sur le soutien habituel des députés au moment du vote de son projet de budget 2017-2019, mais aussi sur des critiques très limitées. Il peut donc se concentrer sur les difficiles arbitrages entre administrations, ministères et secteurs économiques qui défendent leur part du gâteau.
Pour le président de la Douma sortante, Sergueï Narychkine, la nouvelle Assemblée devra étudier au plus vite le projet de budget du gouvernement avec « professionnalisme et non populisme ».
L'exercice est acrobatique. Pétrole et gaz, à l'origine de la moitié des revenus budgétaires, restent deux fois moins chers qu'il y a deux ans et les sanctions imposées par les Occidentaux à cause de la crise ukrainienne compliquent le recours à l'emprunt. Or, les besoins sont grands pour une économie qui se stabilise à peine après un an et demi de récession.
Arrivé au pouvoir un an après l'humiliant défaut russe sur la dette extérieure de 1998, M. Poutine a fixé comme cap de maintenir le déficit sous les 3 % du produit intérieur brut.
Pour tenir cet objectif, le Premier ministre Dmitri Medvedev a placé comme cadre un gel des dépenses pendant trois ans à un peu plus de 15 000 milliards de roubles (223 milliards de dollars). Corrigé de l'inflation, ce « gel » constitue en réalité une baisse inédite.
Les fuites sorties dans la presse russe indiquent que le ministère des Finances voudrait ponctionner le secteur pétrolier et tailler tous azimut dans les dépenses : médias publics, programmes spatiaux... Et surtout le sacro-saint budget du ministère de la Défense, qui a considérablement augmenté en dix ans et finance la modernisation de l'armée, mais aussi les frappes en Syrie ou le renforcement des capacités russes sur le flanc européen en face des troupes de l'Otan.
Un avant-goût de réformes plus radicales
Selon le journal Kommersant, une réunion début septembre sur le réarmement, dirigée par Vladimir Poutine a donné lieu à de vifs échanges entre les ministres des Finances Anton Silouanov et de la Défense Sergueï Choïgou.
Ce conflit n'est qu'un des bras de fer qui se jouent pour les fonds publics, le ministère des Finances multipliant les avertissements concernant l'épuisement prochain des réserves accumulées pendant les années fastes.
« C'est Poutine qui sera l'arbitre, selon l'économiste Chris Weafer, de la société de conseil Macro Advisory, interrogé par l'AFP. Il sera réticent à couper les dépenses militaires ou sociales (...) mais il ne veut pas prendre le risque de voir la Russie apparaître en position financière vulnérable face aux Occidentaux (...) ni de perdre le soutien populaire. »
Les premières mesures d'économie adoptées ces dernières années ont déjà amputé les effectifs des services publics et le pouvoir d'achat des fonctionnaires et retraités, sans affecter la popularité du président. Mais une série de conflits sociaux locaux a éclaté ces derniers mois: routiers en colère contre une nouvelle taxe, petits agriculteurs du Sud étranglés par les grandes exploitations, employés non payés d'un sous-traitant automobile en faillite.
À un an et demi de la présidentielle, le pouvoir marche d'autant plus sur des œufs que les mesures d'économie adoptées pour l'instant ne constituent peut-être qu'un avant-goût de réformes plus radicales indispensables, selon les autorités, pour éviter la stagnation si le prix du pétrole ne remonte pas.
Au gouvernement, certains évoquent le besoin de libéraliser le marché du travail, de relever l'âge de la retraite ou d'introduire de nouvelles taxes. Vladimir Poutine temporise et consulte, tout en promettant de maintenir le cap de la libéralisation.
Devant le gouvernement hier, il a jugé « nécessaires des transformations réfléchies » mais écarté toute « thérapie de choc », en référence aux réformes libérales des années 1990 qui furent très difficiles pour les Russes.
Des changements impopulaires « sont inévitables car le pays n'a plus les moyens, juge de son côté Chris Weafer. Mais aucune de ces mesures ne peut être ne serait-ce que débattue publiquement avant la réélection de Poutine en 2018. »
Germain MOYON/AFP


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