Des déplacés syriens continuaient hier de passer la frontière avec la Turquie. Ici, le poste-frontière de Bab al-Hawa, dans la province de Hatay. Osman Orsal/Reuters
La trêve des combats a été prolongée en Syrie mais des centaines de milliers d'habitants attendaient toujours hier l'aide humanitaire promise par l'Onu.
Entre une vingtaine et une quarantaine de camions remplis de nourriture et de médicaments se trouvent dans une « zone-tampon » entre la Turquie et la Syrie et « sont prêts à prendre la route immédiatement » pour rejoindre Alep, deuxième ville du pays à environ 70 km de la frontière, selon un responsable de l'Onu, Jan Egeland. « Dès que nous aurons le feu vert, nous enverrons 20 camions, puis 20 autres le jour d'après », a pour sa part affirmé David Swanson, un porte-parole de l'agence de l'Onu Ocha, à Gaziantep en Turquie. Le voyage devrait prendre de quatre à cinq heures en raison de l'état des routes dans cette zone de combats, a-t-il ajouté.
L'Onu espère distribuer aujourd'hui l'aide à Alep, ville du nord du pays ravagé par plus de cinq ans de guerre, alors que l'impatience croît chez les 250 000 habitants des quartiers rebelles assiégés, qui manquent de tout.
Une certaine frustration a d'ailleurs été exprimée par l'envoyé spécial de l'Onu pour la Syrie, Staffan de Mistura, qui a exhorté le régime de Bachar el-Assad à donner sa « permission finale » au passage des convois. « C'est particulièrement regrettable, nous perdons du temps. La Russie est d'accord avec nous sur ce point », a-t-il ajouté après que le patron de l'Onu Ban Ki-moon eut appelé Washington et Moscou à contribuer à débloquer la livraison de l'aide.
Les États-Unis ont également accusé hier le régime syrien de bloquer l'aide humanitaire et ont menacé de ne pas coopérer militairement avec la Russie en cas de violation de l'accord américano-russe sur la trêve des combats. « À l'heure qu'il est, les camions qui pourraient acheminer de l'aide vitale attendent du mauvais côté de la frontière (turco-syrienne). Et cela relève de la responsabilité directe du régime (du président syrien Bachar el-Assad) et de ses bienfaiteurs à Moscou », a tonné le porte-parole de la Maison-Blanche Josh Earnest. « Nous sommes maintenant au troisième jour » de l'accord de cessation des hostilités entre les forces syriennes et celles de l'opposition et « nous n'avons toujours pas vu l'acheminement (de l'aide humanitaire) commencer », a aussi dénoncé le porte-parole du département d'État, Mark Toner.
Démilitariser le Castello
Les États-Unis et la Russie, qui parrainent respectivement les rebelles modérés et le régime, sont les maîtres d'œuvre de la trêve qui tient depuis lundi et a permis une forte réduction des violences sur les fronts. Concrètement, les Nations unies attendent la démilitarisation d'une route clé, celle dite du Castello, pour acheminer de l'aide dans les quartiers rebelles dans l'est d'Alep, principal front du conflit, comme le stipule l'accord américano-russe sur la trêve.
Mais hier, l'armée du régime se trouvait toujours sur cette route selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Le chef du Centre russe de coordination en Syrie, le général Vladimir Savtchenko, a toutefois affirmé en fin de journée que l'armée avait commencé à se retirer et que ce retrait allait permettre l'acheminement de l'aide à Alep.
« À quoi sert le prolongement de la trêve si nous restons assiégés ? » lançait, de son côté, Abou Ibrahim, un habitant du secteur rebelle qui n'a pas reçu d'aide internationale depuis le 7 juillet. « Avant, nous mourrions des bombardements, aujourd'hui nous allons mourir de faim », se lamente cet homme de 53 ans. « On ne veut pas juste l'arrêt des bombes. On veut des légumes et du carburant, déclarait aussi Moustapha Morjane, un habitant du quartier rebelle de Zabdiyé à Alep. Comment cuisiner pour nos enfants si nous n'avons pas de carburant ? »
D'après l'OSDH, seul un enfant touché par un tireur embusqué a succombé à ses blessures dans les quartiers gouvernementaux d'Alep. Il s'agit, selon l'Observatoire, de la première victime dans les zones concernées par la trêve depuis lundi.
Raids sur Mayadine
En revanche, dans la ville de Mayadine tenue par les jihadistes du groupe État islamique dans l'est de la Syrie, 23 civils ont péri dans des frappes aériennes, selon l'OSDH. Les régions contrôlées par les groupes jihadistes EI et le Front Fateh al-Cham (ex-branche syrienne d'el-Qaëda) ne sont pas concernées par la trêve.
Pour rappel, le secrétaire d'État américain John Kerry et son homologue russe Sergueï Lavrov se sont mis d'accord pour renouveler le cessez-le-feu jusqu'à ce soir. La Russie a souhaité que le Conseil de sécurité de l'Onu adopte une résolution soutenant l'accord américano-russe sur la cessation des combats. Moscou a cependant accusé les États-Unis de ne pas remplir leur part des engagements en ne faisant pas assez pression sur les rebelles pour qu'ils prennent leurs distances avec les jihadistes, principalement avec ceux du Front Fateh al-Cham (ex-branche syrienne d'el-Qaëda). Elle a aussi accusé les rebelles de violations de la trêve, obtenue après des semaines de discussions entre Washington et Moscou.
Par ailleurs, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault a demandé hier aux États-Unis de partager « rapidement » avec leurs alliés le contenu de l'accord conclu avec la Russie. « Ce qui est important, c'est qu'il y ait une bonne information et j'espère que nous l'aurons rapidement », a dit M. Ayrault. « Il nous semble qu'entre alliés on peut parfaitement se donner des informations », a-t-il ajouté. La France craint que l'opposition modérée ne fasse les frais de bombardements visant sans discrimination des zones où ses combattants sont aussi présents. « Il faut bien distinguer les groupes, les connaître et ne pas prendre le moindre risque de frapper des formations de l'opposition modérée », a martelé M. Ayrault.
(Source : AFP)

