La centrale nucléaire Hinkley Point, prévue pour être opérationnelle à partir de 2025, est gigantesque et doit fournir 7 % des besoins britanniques en électricité. Photo AFP
Le gouvernement britannique a donné hier son feu vert au développement de nouveaux réacteurs par le français EDF et son partenaire chinois CGN, relançant la construction nucléaire en Europe à l'arrêt depuis la catastrophe de Fukushima.
« La décision du gouvernement britannique d'approuver la construction de la centrale nucléaire d'Hinkley Point C marque la relance du nucléaire en Europe », a réagi le PDG d'EDF Jean-Bernard Lévy. Le secrétaire d'État français à l'Industrie Christophe Siruque a également souligné qu'il s'agissait de « la première commande en Europe depuis Fukushima », l'accident nucléaire japonais de 2011.
Au Royaume-Uni, il s'agira de la première construction d'une centrale nucléaire depuis plus de vingt ans. Hinkley Point C, dont le budget est évalué à 18 milliards de livres (24 milliards de dollars), doit fournir 7 % des besoins britanniques en électricité.
Le projet soulève toutefois des controverses et le gouvernement de Theresa May, en place depuis mi-juillet, a pris son temps avant de donner son aval, malgré l'accord de principe de son prédécesseur David Cameron en octobre 2013 et la décision finale d'investissement prise par EDF le 28 juillet.
« Nous allons introduire une nouvelle série de mesures pour améliorer la sécurité et nous allons nous assurer que Hinkley ne changera pas de mains sans l'accord du gouvernement », a précisé hier le ministre à l'Énergie, Greg Clark.
Le projet, prévu pour être opérationnel à partir de 2025, est gigantesque et vise à bâtir deux réacteurs EPR dans le sud-ouest de l'Angleterre. EDF va en financer les deux tiers et son partenaire chinois CGN, le tiers restant. La présence des Chinois fait aussi froncer des sourcils, pour des questions de sécurité industrielle.
Un projet-clé pour Pékin
L'accord politique conclu au Royaume-Uni en octobre 2015 prévoit que EDF pourrait construire une autre centrale de deux réacteurs EPR à Sizewell, dans l'est de l'Angleterre, avec le même partenaire chinois. Cet accord prévoyait aussi que les Chinois pourraient bâtir un réacteur avec leur propre technologie à Bradwell, dans l'Essex, projet souhaité ardemment par Pékin pour servir de vitrine dans les pays occidentaux.
Mais Londres souligne désormais à ce sujet que le gouvernement va créer un « nouveau cadre légal pour les investissements à venir dans les infrastructures stratégiques du Royaume-Uni ». Ce qui « signifie qu'après Hinkley, le gouvernement britannique sera particulièrement attentif à tous les projets nucléaires ».
Pour Steve Thomas, professeur de politique énergétique à l'Université de Greenwich, le feu vert britannique ne signifie pas que le projet est lancé. « Il y a encore de nombreux obstacles à franchir », souligne-t-il, dont la nécessité pour EDF de trouver l'argent nécessaire et de régler les contentieux en cours à Bruxelles contre les aides de l'État français à certaines entreprises.
En 2015, l'électricité générée au Royaume-Uni a été produite à environ 30 % par des centrales au gaz, à 30 % par des centrales à charbon, à 19 % par des réacteurs nucléaires et 19 % par les énergies renouvelables. Mais une seule des huit centrales nucléaires actives au Royaume-Uni marchera encore après 2030 et les centrales au charbon les plus polluantes seront aussi fermées.
Wade Allison, professeur de physique à l'Université d'Oxford, a salué « une bonne nouvelle », évoquant une technologie nucléaire « plus sûre et plus propre que les énergies fossiles » et dont les avantages l'emportent sur les inconvénients du coût.
Les autorités doivent en effet trouver de nouvelles sources d'électricité, en respectant leur objectif ambitieux de réduire de 57 % les émissions de dioxyde de carbone d'ici à 2030 par rapport à leur niveau de 1990.
(Source : AFP)


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