S’il arrête d’écrire des romans, Frederick Forsyth compte toutefois continuer sa chronique pour le « Daily Express ». Justin Tallis/AFP
Après une douzaine de romans d'aventures vendus à plus de 70 millions d'exemplaires, le romancier britannique Frederick Forsyth a confié qu'il déposait la plume sur les conseils avisés de sa femme, qui le trouve « trop vieux ».
C'est au retour d'un ultime voyage en Somalie, où il s'est rendu pour documenter son dernier roman (The Kill List, 2013), que l'épouse de l'ex-journaliste, âgé de 78 ans, lui a asséné la sentence définitive : « Tu es trop vieux, ces endroits sont terriblement dangereux et tu n'as plus le pas aussi agile et rapide que par le passé. » Quelques recherches « très frustrantes » sur Internet plus loin, il en a tiré la conclusion qui s'imposait : The Outsider, son autobiographie sortie en 2015 et publiée en France par Albin Michel en mai 2016, sera son « chant du cygne ».
« Ce n'est pas possible pour moi de broder de jolies histoires depuis la table de mon bureau. J'ai essayé de me documenter sur la Somalie en ligne. C'était très décevant. J'ai trouvé des statistiques mais pas ce que je recherchais : une ambiance », a-t-il expliqué, dans un entretien à Londres. « Je n'ai rien à rajouter », a insisté l'auteur, qui a tapé tous ses romans, toujours très documentés et réalistes, sur sa machine à écrire. Très élégant dans son costume aux couleurs claires, l'auteur de Chacal ou Les chiens de guerre est longuement revenu sur son passé d'espion au service de Sa Majesté, qu'il a révélé dans son autobiographie. Il a raconté comment il faisait relire ses manuscrits par le MI6, le service de renseignements britannique, pour éviter de dévoiler des données sensibles. Parfois, ils lui revenaient annotés.
Dans son roman Le quatrième protocole, il a ainsi supprimé quelques passages trop réalistes sur la façon de faire détoner une bombe atomique. « Ce n'est pas le genre de choses qu'on aimerait voir quelqu'un faire», a-t-il plaisanté.
Contre le politiquement correct
Frederick Forsyth, qui avait débuté une formation de pilote dans la RAF (Royal Air Force), a collaboré pendant plus de vingt ans avec le MI6, notamment au Biafra, au Nigeria, en Allemagne de l'Est, en Rhodésie et en Afrique du Sud.
Alors qu'il travaillait comme journaliste, il a été approché en 1968 par un membre du MI6, répondant au nom de « Ronnie » (un pseudonyme), qui souhaitait avoir « un atout au cœur de l'enclave du Biafra », où une guerre civile a eu lieu de 1967 à 1970. En 1973, Forsyth a été contacté pour mener une mission pour le MI6 dans l'Allemagne de l'Est, qui était alors communiste. « Leur proposition était simple. Il y avait un atout, un colonel russe, qui travaillait pour nous en Allemagne de l'Est et il avait un paquet que nous avions besoin de faire sortir du pays », écrit-il dans son autobiographie. Frederick Forsyth dit qu'il a conduit jusqu'à Dresde une Triumph décapotable et qu'il a reçu le paquet des mains du colonel russe, dans les toilettes du musée Albertinum. « J'ai seulement voulu aider mon vieux pays », plaide-t-il, devançant d'éventuelles critiques, en affirmant n'avoir pas été payé pour le job.
S'il arrête d'écrire des romans, Frederick Forsyth compte continuer sa chronique pour le Daily Express, un tabloïd profondément eurosceptique, dans lequel il aborde les thématiques militaires, terroristes et diplomatiques. Avocat du Brexit, il se dit ravi du résultat du référendum sur l'Union européenne, même s'il a trouvé la campagne « inutilement agressive et insultante ». Il regrette surtout que le politiquement correct soit devenu « une nouvelle religion » en Grande-Bretagne. C'est l'une des raisons pour lesquelles il s'est lancé dans une campagne de soutien en faveur d'un ancien royal marine, Alexander Blackman, condamné à la perpétuité pour avoir tué en 2011 un combattant afghan blessé.
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