Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole - Carla Yared

Tribune « Tu vas descendre ? » Suite sans fin

Cette question, personne ne me la pose plus. Hélas !
Hélas, parce que depuis mars 2005, depuis que nous avons manifesté notre indignation d'abord, puis notre volonté de ne plus être dans «la soumission volontaire», depuis que nous nous sommes prouvé que nous étions des citoyens, nous aurions pu penser, espérer, que nous tenions enfin notre destin en main. Que nous avions – à part le bulletin de vote – un outil pour forcer les politiques à nous entendre. Et cet outil, c'est la manifestation. Protest en anglais.
D'accord, la révolution a été récupérée par les politiques, leurs calculs, leurs intérêts et la perpétuation de leurs prébendes sur leurs prés carrés. Des fromagistes qui ne réalisent pas que le Liban est devenu comme un immense gruyère où les trous sont désormais si grands qu'ils en avalent toute la pâte. Nous n'avons pas été assez vigilants, et même si certains vents contraires nous ont entravés, il aurait fallu rester intransigeant. Un pays ne se construit pas par vagues éruptives. «Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu'elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. » Dans cette phrase de Camus, il suffit de remplacer le mot monde par le mot Liban pour que chacun de nous se pose la question inlassable de savoir ce qu'il fait pour empêcher que le Liban se défasse.
Nous sommes malheureusement passés de la résilience à la résignation. Mais pour ne pas passer de la résignation au désespoir,
descendons.
Descendons pour ne pas cautionner la lâcheté de nos députés qui attendent le résultat du bras de fer régional afin d'aller déposer dans l'urne le bulletin de vote qu'on leur enjoindra de déposer. Non, l'élection d'un président de la République ne peut pas attendre la fin de la décomposition-recomposition du Proche-Orient. Le Liban risquerait de se défaire entre-temps.
Descendons pour dire au premier d'entre eux que, s'il détient les clés du Parlement, c'est pour l'ouvrir et non le fermer. C'est pour veiller à ce que la Constitution soit respectée.
« Tu vas descendre ? »
Oui, je vais descendre en tant que citoyenne consciente de ses responsabilités et de ses droits. J'y vais pour admonester les responsables irresponsables et leur dire : Honte à vous !
Oui, je vais descendre en tant que femme excédée par la mauvaise gestion des affaires publiques et manifester mon mécontentement aux hommes autant qu'aux femmes qui font obstruction à l'exercice constitutionnel.
Oui, je vais descendre en tant que mère inquiète et honteuse du pays qu'elle laisse à ses enfants. Mais aussi pour représenter ces mêmes enfants désabusés. Et peut-on leur reprocher de l'être ?
Oui, je vais enfin descendre en tant que psychanalyste, pour dire que l'absentement d'un président de la République, c'est comme le kidnapping du père. Le père qui détient la Loi symbolique et qui s'interpose pour empêcher les relations voraces. Comment demander aux citoyens de respecter la Loi, si cette Loi fondamentale est bafouée ? Pourquoi s'arrêter au feu rouge ou respecter le bien d'autrui, quand la Loi n'est pas scrupuleusement appliquée par nos représentants élus ?
Ces questions ne sont pas anecdotiques, car la Loi est la seule garante du contrat social. Et le non-respect de la Loi met gravement en péril les règles du vivre-ensemble.

Carla YARED

P-S : le sit-in se renouvellera tous les mardis à 18 heures en face du jardin Samir Kassir au centre-ville (mis à part mardi 13 septembre pour cause d'Adha) jusqu'à ce que les députés élisent un président de la République.
P-S 2 (sous forme de clin d'œil) : descendez. Il y a des parkings, de la place dans ces parkings et même un valet parking.

Cette question, personne ne me la pose plus. Hélas !Hélas, parce que depuis mars 2005, depuis que nous avons manifesté notre indignation d'abord, puis notre volonté de ne plus être dans «la soumission volontaire», depuis que nous nous sommes prouvé que nous étions des citoyens, nous aurions pu penser, espérer, que nous tenions enfin notre destin en main. Que nous avions – à part le bulletin de vote – un outil pour forcer les politiques à nous entendre. Et cet outil, c'est la manifestation. Protest en anglais.D'accord, la révolution a été récupérée par les politiques, leurs calculs, leurs intérêts et la perpétuation de leurs prébendes sur leurs prés carrés. Des fromagistes qui ne réalisent pas que le Liban est devenu comme un immense gruyère où les trous sont désormais si grands qu'ils en avalent toute la...
commentaires (1)

Merci Carla de nous le rappeller Oui il estde notredevoir de citoyen de mere de pere de famille d etre humain conscient de sa responsabilite envers lui meme et son environnement de se manifester pour protester contre ce laxisme general

Dolly Talhame

12 h 17, le 12 septembre 2016

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (1)

  • Merci Carla de nous le rappeller Oui il estde notredevoir de citoyen de mere de pere de famille d etre humain conscient de sa responsabilite envers lui meme et son environnement de se manifester pour protester contre ce laxisme general

    Dolly Talhame

    12 h 17, le 12 septembre 2016

Retour en haut