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Liban - En Toute Liberté

Faire face

Il faut faire face. On ne peut pas laisser cette vague de déclarations irréfléchies et incendiaires passer. Les propos tenus ces derniers jours, en particulier par Nehmetallah Abi Nasr, touchent à quelque chose de sacré pour tout Libanais, le choix historique du vivre-ensemble fait en 1920, au moment de la déclaration du Grand-Liban.

On nous a appris qu'aux réunions de Versailles, en 1919, Clemenceau a tenté de convaincre le patriarche Hoyek, qui négociait au nom de tous les Libanais, de s'en tenir au Mont-Liban, de ne pas aller vers le Grand-Liban. Il y voyait « l'intérêt des chrétiens ». Réponse du patriarche Hoyek : « L'intérêt des chrétiens, c'est de vivre avec les autres. » Une parole évangélique en harmonie avec la parole du Christ qui dit : « Vous êtes le sel de la terre, vous êtes le levain dans la pâte. » Ce moment est fondateur, et beaucoup de Libanais le sacralisent. Dans le salon d'un ami chiite, les deux photos de l'imam Sadr et du patriarche Hoyek sont placées côte à côte...

À côté du Liban politique, il y a un Liban spirituel, et c'est le second qui donne son sens au premier. Par des déclarations brouillonnes et irréfléchies, le CPL est en train de toucher à un moment fondateur, un moment sacré dont il est inadmissible de parler à la légère devant les médias. Il y va de la vocation du Liban. En choisissant le Grand-Liban, les pères fondateurs n'ont pas choisi seulement l'intérêt matériel des chrétiens. On a écrit que le patriarche Hoyek a choisi la Békaa pour qu'en cas de famine, le Grand-Liban ait son grenier à blé. C'est peut-être vrai. Mais il a certainement vu plus loin. Et même s'il ne l'a pas fait, c'est « le mystère de Dieu agissant dans l'histoire de l'homme », comme le dit si justement Jean-Paul II. On prête à l'un de nos ermites contemporains, Antonios Torbey, que beaucoup considèrent comme un saint, cette parole : « Ne crains pas, le Liban est le "wakf" de Dieu sur terre. »

Bien sûr, nous ne sommes pas des utopistes. Le combat pour le pouvoir a ses droits, mais la vocation ne se limite pas au pouvoir, et l'exercice du pouvoir doit soigneusement éviter de porter atteinte à la vocation. Il va de soi que les chrétiens ont un agenda politique. Mais la lutte pour le pouvoir et le combat pour la vocation obéissent à des logiques différentes. Il faut rester attentif au fait que le combat pour la vocation historique du Liban n'est pas d'abord un combat pour le pouvoir, mais un combat avec soi, un combat pour la fidélité à notre identité, à notre vocation. Avant 1975, nous avions pratiquement tout le pouvoir. Qu'en avons-nous fait ?

Avons-nous été fidèles à notre vocation ? Disons-le clairement : que ce soit avant la guerre, après la guerre ou pendant la guerre, notre vocation est de construire ce pays avec les autres. Pas contre les autres.
Que voyons-nous pourtant? Une dichotomie haïssable qui diabolise les sunnites et exalte la cause du CPL. « Quel grand mensonge que le "Liban d'abord" », a osé lancer M. Abi Nasr devant les micros de Bkerké. Un auteur avait déjà décrit le chef du CPL comme « l'imam » des chrétiens, un homme auréolé d'un halo d'infaillibilité, et qui s'attribue un rôle quasi messianique. C'est une mystique du chef bien connue des historiens.

C'est sans doute pour cette raison que Gebran Bassil s'est permis de lancer un anathème contre tous ceux qui, à ses yeux, bafouaient le pacte de convivialité. Il n'avait pas hésité à les « maudire ». Comme en écho à cette malédiction, le guide suprême de la révolution islamique vient de décrire comme « maléfique » la famille régnante en Arabie saoudite. Le religieux s'introduit insidieusement dans tout notre vocabulaire politique.

À la sortie du domicile de Michel Aoun, derrière les micros où les visiteurs font leurs déclarations, se dresse un panneau qui dit « Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres », une parole du Christ extraite de l'évangile selon saint Jean. Quel meilleur exemple veut-on du détournement d'une parole de Dieu à des fins politiques. L'extrémisme musulman ou juif fait-il autre chose ? Le détournement de la parole de Dieu à des fins politiques, que ces fins soient nobles ou pas, est une dangereuse instrumentalisation du religieux. Craignons qu'une poursuite de cette campagne ne conduise à une nouvelle guerre de religion. Car sur le plan verbal, le mal est déjà fait.
Mais le Liban tiendra.

Il faut faire face. On ne peut pas laisser cette vague de déclarations irréfléchies et incendiaires passer. Les propos tenus ces derniers jours, en particulier par Nehmetallah Abi Nasr, touchent à quelque chose de sacré pour tout Libanais, le choix historique du vivre-ensemble fait en 1920, au moment de la déclaration du Grand-Liban.
On nous a appris qu'aux réunions de Versailles, en 1919, Clemenceau a tenté de convaincre le patriarche Hoyek, qui négociait au nom de tous les Libanais, de s'en tenir au Mont-Liban, de ne pas aller vers le Grand-Liban. Il y voyait « l'intérêt des chrétiens ». Réponse du patriarche Hoyek : « L'intérêt des chrétiens, c'est de vivre avec les autres. » Une parole évangélique en harmonie avec la parole du Christ qui dit : « Vous êtes le sel de la terre, vous êtes le levain dans...
commentaires (3)

Le Liban tiendra oui,malgre les tempetes...

Soeur Yvette

17 h 24, le 10 septembre 2016

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Commentaires (3)

  • Le Liban tiendra oui,malgre les tempetes...

    Soeur Yvette

    17 h 24, le 10 septembre 2016

  • Coexistence virtuelle .. Chaque communaute a elu domicile dans son fief .. Tant mieux pour cette coexistance factice basee sur des comptes d epiciers , les decomptes de la population suivant qu elle fasse partie de telle ou telle communaute .

    Hitti arlette

    13 h 13, le 10 septembre 2016

  • L,AYATOLLAH ROUHAOUNI MET EN DANGER L,EXISTENCE AVANT TOUT DES CHRETIENS ET PUIS CELLE DE TOUT LES LIBANAIS ET DU PAYS... HAKIM... PREND LE LARGE... ON LUI A DONNE SES CHANCES... POINT DE MEA CULPA JUSQU,AUJOURD,HUI... ALORS, LAISSE-LE TOMBER... POUR QU,IL NE VOUS EMPORTE PAS DANS SA CHUTE !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    08 h 56, le 10 septembre 2016

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