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Nos lecteurs ont la parole - Rabih Nassar

Le retour des poubelles

Les poubelles sont de retour. Tellement nauséabondes qu'il serait très déplacé de recycler ce qui a été dit et redit. Oui les poubelles sont là. Et oui on continue de s'en étonner. Comme si quelque part, on nous avait fait intimement croire que les problèmes disparaissaient d'eux-mêmes. Genre. La poubelle, que je n'ai pas arrêté de jeter comme l'inconscient que je suis, sans discrimination, sans même penser à diminuer ma consommation, malgré les semaines où j'ai pataugé dans les cartons et la pourriture en décomposition. Il n'y a même pas douze mois. Et on s'étonne. Comme une personne âgée qui nous répète chaque été que c'est l'été le plus chaud qu'elle ait jamais connu. La voix attendrissante, tremblante, « jamais on n'a vu ça ! ».
On a déjà tout vu. Et pourtant. Comme une femme qui oublie les peines de l'accouchement et se retrouve prête pour un autre, on oublie tout. Les femmes, elles, sont biologiquement conditionnées pour oublier. Une hormone, l'affection du nouveau-né, les nuits blanches à langer, chanter, pleurer. Tout ça fait oublier. Et c'est rebelote. Heureusement d'ailleurs, car c'est sur cet oubli que repose la survie de l'espèce. En dehors de ça, nous sommes conditionnés à apprendre de nos conneries. Sans ça, on ne serait jamais devenus l'espèce dominante. Et je parle de l'espèce humaine. Celle qui a une trajectoire évolutive. Malgré les quelques faux pas de l'esclavage, du patriarcat, d'Hiroshima et de Julio Iglesias. Parce qu'en ce qui concerne l'espèce libanaise, malheureusement, il me semble qu'on n'apprend pas. Et pour cause. Ici, l'amnésie s'achète pour 100 dollars – prix bradé de nos voix aphones. Mais lorsque l'oubli devient pathologique, qu'il résulte en un immobilisme répugnant, on devrait peut-être se poser la question de la survie de la nation. Comme pour un patient atteint d'alzheimer ; euthanasie ou entêtement, le temps de trouver cette fameuse cure ?
Est-ce qu'on devrait donner encore une chance à cette fausse nation, ou bien est-ce qu'il ne serait pas temps de la laisser imploser, pour peut-être y retrouver un nouveau départ ?
Comme dit le proverbe : fous-moi dans la poubelle une fois, c'est de ta faute. Fous-y-moi toute ma vie, et c'est de la mienne. Et moi j'y suis depuis que je suis né, la poubelle. D'abord la guerre. Celle-là même où les chefs de file ont envoyé mes voisins, mes cousins, des inconnus pressés de faire fausse route, à la mort. Ensuite, l'après-guerre qui, pour beaucoup, a vite fait de faire regretter le temps des déflagrations, parce qu'on y trouvait une certaine logique, une fin – l'impression que ça ne peut pas durer rassure et rend la guerre plus supportable. À l'inverse, dans cet après-guerre, les semeurs de mort se sont retrouvés au pouvoir pour récolter le blé de ceux qui avaient survécu. Et on le leur a donné. À répétition, sans fin. Car la paix rend lâche. On s'y accroche. On y trouve un confort. Et on se tait. On ne pense plus à prendre la Bastille. On se complaît – pourvu qu'on ne patauge pas dans la merde. Cette merde dans laquelle on baigne depuis pas d'âge. On s'y est tellement habitués qu'on ne le voit juste pas. Oubliez la saleté de l'amour-propre dans cette crasse qui nous entoure, c'est l'odeur de notre échec qu'on devra affronter au détour d'une décharge improvisée. C'est l'image de notre résignation qui se découvre dans les camions d'ordures balancées dans une vallée ou dans la mer. Et rien d'autre. Il est temps d'arrêter d'accuser ce gouvernement qu'on sait incompétent depuis que Aoun a appris à épeler le mot président, que Joumblatt a découvert les vestes double face, que Hariri n'arrête pas de découvrir la tétine, que Berry ou Nasrallah se sont octroyé l'exclusivité du shit. Enfin, il serait inutile de les citer tous.
Toujours est-il, cette seconde crise des poubelles pourrait être la chance qu'on n'attendait plus. Une chance inespérée qui ne reviendra pas. Depuis le pseudo-soulèvement de l'année passée, celui qui s'est fait gentiment démonter la gueule par manque d'intérêt, de conviction ou d'espérance. Celui duquel on a ri, confortablement vautrés derrière nos rideaux qui nous servent d'œillères. Dans l'odeur de la clim, entre deux séries pour oublier la misère de notre réalité. À regarder quelques jeunes et moins jeunes chanter pour le changement, allègrement sous les bombes lacrymogènes. On les a traités d'utopistes, de tête en l'air, de gens sans plan, en les laissant en plan. Or le plan est tout simple. On apprend. L'année passée, on a pensé que tout pouvait changer si on grognait un peu. Et cette année, on devrait se rappeler que cette énième chance donnée à la racaille était aussi décevante que toutes celles qui avaient précédé, sinon plus. Alors, peut-être, qui sait, pourquoi pas, si un appel est lancé, sans conviction, comme à la veille d'un 18 juin, qui sait si on pourrait faire semblant de l'entendre. Arrêter de penser qu'une personne ne pourrait rien changer. Croire que chacun de nous a son rôle à jouer. Et comme ça, d'un coup, on serait tous d'accord sur le besoin de changer. Sans plan. Des vacances improvisées. Des vacances du partisan suiveur, du confessionnel fin-mondiste. Qui sait si le retour des poubelles pourrait finalement nous aider à emmener toute cette vermine politique à la décharge ? Car finalement, quand on n'a même plus d'amour-propre, qu'est-ce qu'il nous reste à perdre ?

Rabih NASSAR

Les poubelles sont de retour. Tellement nauséabondes qu'il serait très déplacé de recycler ce qui a été dit et redit. Oui les poubelles sont là. Et oui on continue de s'en étonner. Comme si quelque part, on nous avait fait intimement croire que les problèmes disparaissaient d'eux-mêmes. Genre. La poubelle, que je n'ai pas arrêté de jeter comme l'inconscient que je suis, sans discrimination, sans même penser à diminuer ma consommation, malgré les semaines où j'ai pataugé dans les cartons et la pourriture en décomposition. Il n'y a même pas douze mois. Et on s'étonne. Comme une personne âgée qui nous répète chaque été que c'est l'été le plus chaud qu'elle ait jamais connu. La voix attendrissante, tremblante, « jamais on n'a vu ça ! ».On a déjà tout vu. Et pourtant. Comme une femme qui oublie les peines de...
commentaires (2)

ON N,ENTEND PLUS LE SON DU COR DU PETIT CHAMEAU LE SOIR DANS LES RUES ET LES BOIS...

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

20 h 41, le 08 septembre 2016

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Commentaires (2)

  • ON N,ENTEND PLUS LE SON DU COR DU PETIT CHAMEAU LE SOIR DANS LES RUES ET LES BOIS...

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    20 h 41, le 08 septembre 2016

  • Nous sommes en 3D un pays festif...! (ca ne veut pas dire que les cheveux soit implantés au mauvaise endroit), avec chaque jours une nouvelle/ancienne représentation...aujourd'hui ..., s'est : les poubelles girls et les cocorico boys ...!

    M.V.

    09 h 24, le 08 septembre 2016

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