Le tribunal militaire permanent, présidé par le général Khalil Ibrahim, a reporté au 18 octobre prochain l'audience du procès contre le cheikh salafiste Ahmad el-Assir, et contre les 30 autres prévenus dans l'affaire des affrontements de Abra, en juin 2013.
Les avocats de la défense ne s'étaient pas présentés à l'audience, sous prétexte que la justice n'avait pas réagi à l'information qu'ils ont présentée au procureur général près la Cour de cassation, Samir Hammoud, il y a plus de 7 mois. Une information sur les personnes qui ont tiré le premier coup de feu à Abra, rapporte l'Ani.
Parallèlement, les familles des soldats de l'armée tués lors de la bataille de Abra ont coupé la route devant le tribunal militaire, durant près de deux heures. Elles protestaient contre les reports à répétition des audiences, craignant ainsi un « marché quelconque », et demandaient à être reçues par le président du tribunal.
Dans les détails de l'audience, le général Ibrahim a d'abord déclaré la séance ouverte, en présence des avocats des autres personnes arrêtées dans le dossier. Interpellant Ahmad el-Assir, il lui a demandé pourquoi ses avocats s'étaient abstenus d'assister aux séances, d'autant que son transfert a été effectué depuis la prison de Rihaniyé à la prison de Roumieh, comme ils l'ont réclamé. Ahmad el-Assir a expliqué que leur information concernant les personnes qui ont tiré le premier coup de feu, à Abra, n'a pas été prise en considération. Il a ajouté que ses avocats lui ont assuré que cette information était de grande importance dans le dossier.
« C'était le Hezbollah... »
« Vous êtes responsable du sort de tous ceux qui sont avec vous, à cause de l'abstention de vos avocats et du report des procès des autres (détenus dans l'affaire) », a rétorqué le président du tribunal. C'est alors que l'avocate d'autres prévenus s'est insurgée contre le fait que le sort des 30 autres personnes détenues soit lié à l'interrogatoire du cheikh el-Assir. « Nous insistons sur le respect des droits de nos clients et les reports d'audience sont injustes », a-t-elle dit, invitant le président à prendre la décision de « séparer les dossiers », ou alors « d'accepter d'élargir ceux qui n'ont aucun lien avec les incidents de Abra ». « Nous n'en pouvons plus d'attendre que prennent fin les demandes d'Assir », a-t-elle ajouté à ce propos. Ce à quoi le président a expliqué que « le tribunal désire accélérer l'étude des dossiers, sauf que nous parlons de la tête dans le dossier d'Assir, et tous les membres sont directement liés à lui ». Il a ajouté qu'il ne pouvait enfreindre la loi et que le tribunal ne plierait pas face aux pressions.
Interrompant les échanges entre le général Ibrahim et l'avocate en question, Ahmad el-Assir a assuré que selon des témoins, « c'était le Hezbollah qui dirigeait la bataille de Abra ». « Il n'est pas permis de juger les jeunes de Abra sans voir qui dirigeait la bataille », a-t-il martelé, évoquant un « complot contre lui » et affirmant « soutenir l'abstention de ses avocats ». Affirmation à laquelle un détenu a répondu, en faisant part de sa solidarité à l'égard d'Assir, même s'il « devait rester dix ans derrière les barreaux ».
Deux clans se sont ainsi formés, les solidaires d'Ahmad el-Assir et les autres, désireux de séparer leur dossier de celui du cheikh sunnite, avant un énième report de la séance.


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