Le directeur général de la Sûreté, Abbas Ibrahim, s’entretenant tranquillement avec l’ambassadeur de Syrie, Ali Abdel Karim Ali, le jour même où l’on apprenait que ce sont deux officiers syriens qui ont planifié le double attentat à la bombe contre les mosquées de Tripoli, en août 2013. Photo Ani
À la veille d'une nouvelle réunion de la conférence nationale de dialogue, lundi 5 septembre, et à l'avant-veille d'une nouvelle séance parlementaire consacrée à l'élection d'un nouveau président de la République, le mercredi 7 septembre, et alors que poudroie dans le lointain une hypothétique nouvelle réunion du Conseil des ministres, jeudi prochain, le Liban politique se trouve toujours au point mort, incapable de trouver la porte de sortie d'une crise existentielle autant que politique, qui dure depuis... 2008.
C'est en effet à la réunion de Doha que beaucoup font remonter la maladie politique qui a abouti progressivement à la paralysie du pays. L'accord de Doha et son naufrage servent aujourd'hui de repoussoir à tous ceux qui refusent le plan de sortie de crise proposé par Nabih Berry. Un plan qui prévoit un « package deal » comprenant des accords sur la personne du chef de l'État, celle du président du Conseil et sur une nouvelle loi électorale. Un partage du pouvoir sur papier, qui prendrait corps ensuite dans les institutions et permettrait le redémarrage de la vie politique.
Ce « package deal » est rejeté net, cependant, par ceux que le lâchage de Saad Hariri par les ministres du Hezbollah, en plein milieu d'un voyage aux États-Unis, a servi de leçon : savoir ne plus jamais faire confiance au Hezbollah.
« Il n'est plus permis de commettre l'erreur de 2008. Élire un président de la République comme partie d'un package deal serait contraire aux dispositions des articles 53, 74 et 95 de la Constitution. Et d'abord, ce serait priver le nouveau chef de l'État d'une grande partie de ses prérogatives », répètent les purs et durs partisans de la légalité constitutionnelle, qui ne sont pas encore guéris du spectre du « tiers de blocage » brandi pour un oui et pour un non.
« Dans ce cas, restez sans président », rétorquent leurs adversaires politiques, qui croient que le temps joue pour eux.
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Jusqu'à quand ce petit jeu se poursuivra-t-il ? Jusqu'à quand notre vie nationale ne sera vécue que par procuration, au gré des allégeances que toutes les communautés continuent de nourrir à des puissances étrangères ? Aurons-nous jamais une vie nationale propre ?
Toujours est-il qu'au point où nous en sommes, le Courant patriotique libre attend de voir ce que va donner la conférence de dialogue de lundi, et la grande question de la conformité au pacte national, pour décider du cours que doit prendre son escalade politique. Or tout semble indiquer que la confrontation entre les deux logiques contradictoires du CPL et du gouvernement va se poursuivre, et que la reconduction de Jean Kahwagi, le commandant en chef de l'armée, dans ses fonctions est inéluctable.
Pour sa part, Michel Sleiman estime que la conformité au pacte s'incarne, d'abord, dans l'élection d'un président de la République chrétien qu'aucune composante musulmane ne devrait empêcher, tout comme aucune composante chrétienne ne devrait empêcher la formation d'un gouvernement.
En tout cas, ce débat lassant et répétitif ressemble de jour en jour un peu plus à une discussion byzantine, à une querelle de palais où personne ne veut céder à l'autre, quand l'ennemi est aux portes. Et l'ennemi, c'est le délitement du vivre-ensemble et de la confiance entre les communautés, et c'est peut-être exactement cela que certains cherchent.
C'est avec consternation que l'on a appris hier que deux officiers des renseignements syriens étaient impliqués dans le double attentat perpétré il y a trois ans (23 août 2013) contre deux mosquées de Tripoli.
Si l'on cherche encore une preuve de la capacité de nuisance que conserve le régime syrien, et l'art machiavélique qu'il a développé de jouer sur les contradictions confessionnelles, c'est là qu'on la trouverait.
Que vont faire les Libanais de ces données ? Achraf Rifi a demandé, hier, la rupture des relations diplomatiques avec la Syrie et le renvoi de l'ambassadeur de Syrie. Ce dernier se pavanait pourtant, dans un costume neuf, dans le salon du directeur général de la Sûreté, Abbas Ibrahim.
On peut être sûr que rien ne sera fait de ce que demande l'ancien ministre de la Justice, et que la vie politique ordinaire et les discussions byzantines se poursuivront comme si de rien n'était. Business as usual. Qu'on ne s'étonne pas, après, que le Liban des copains se développe, et que ce soient les mêmes qui remportent les adjudications juteuses, et les mêmes qui passent à côté. Ce n'est certainement pas comme ça qu'on bâtit une nation.
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"Le dialogue national...". Comment peut-on dialoguer avec des politicards, quand l'un d'entre eux vient de déclarer que les ministres, hors du CPL, ne représentent que 6% des chrétiens ? Comprenez par là que le CPL tout seul représente 94%. Sachant que lui, le Ali Baba moderne, ne représente que les acquisitions foncières qu'il a achetées avec l'argent public...
15 h 11, le 03 septembre 2016