Culture

Sia, chandelier de cire, statue de (chan)sons

Festival de Byblos

Dans le cadre de sa tournée intitulée « Nostalgic for the Present », la chanteuse australienne s'est posée à Jbeil sur un piédestal, droite comme un i, pendant soixante minutes.

10/08/2016

« Am aliiiiiive ! » (je suis vivante ! ) hurle-t-elle dans le micro. Et pourtant, à voir Sia ainsi amidonnée dans sa robe-chemise en popeline blanche, derrière sa perruque mi-blond platine, mi-noir corbeau, chapeautée par un gros papillon blanc, ne bougeant pas d'un iota, l'on se demande si elle l'est vraiment.
Il est 9h50. Huit mille personnes sont là, les écrans de leurs portables brandis comme un signal de bienvenue, attendant un geste, un mot, un bonsoir Byblos ou un « How u doin' Lebanon »... Rien, nenni, ziltch. Au bout de six chansons, en entamant Titanium, elle dira dans un gloussement : « You guys totally fucked it up, let me start it again » (vous avez complètement foiré la chanson, on la recommence).

Le cœur palpitant du concert ? Stéphanie Mincone, Floris Bosveld, Nicholas Lanzisera et Rocker Wyatt. Les quatre danseurs qui accompagnent Sia dans un ballet morbide mais d'une grande sensibilité esthétique. L'on notera l'absence de Maddie Ziegler, la danseuse de 14 ans qui figure sur toutes les vidéoclips de Sia.
Il aura suffit d'une heure de chansons et de vidéos plus noires que blanches pour avoir le cafard. Et sortir avec la furieuse envie de pleurer à chaudes larmes.

Un univers torturé et torturant, des danseurs qui se triturent et se démènent dans tous les sens, à force de mains qui étranglent et de doigts qui griffent. L'accompagnement visuel, d'une beauté indubitable, est certes angoissant. L'artiste est sans aucun doute encore hantée par son enfance, et l'on ne sait quels terribles malheurs elle a dû endurer pour se faire le miroir aux alouettes d'un tel mal de vivre.
L'Australienne qui cache son visage pour ne pas céder à l'hypersexualisation (à la Kardashian) et à la surmédiatisation a fait preuve d'une retenue déroutante, voire frustrante, pour le spectateur.

 

(Lire aussi : Les fils de la nuit frôlent les étoiles)

 

L'offense à Feyrouz
Main droite posée sur le haut du micro. La gauche une trentaine de centimètres plus bas. Fière comme un chandelier trônant les dix premières minutes au milieu d'un carré blanc tenant lieu de scène. Mais elle poursuivra son concert debout sur son piédestal comme une statue de cire, poupée de chansons, dans la pénombre d'un coin de la scène. « Elle a enfreint la loi libanaise du show biz, s'amuse une quadragénaire, il n'y a que Feyrouz qui a le droit de rester ainsi figée sur scène. »
« Personne ne peut m'arrêter, je suis une Porsche sans frein, je suis invincible. » Avec cette phrase, issue de son single Unstoppable, Sia paraît bien sûre d'elle. Si ses chansons ont des paroles qui font mouche, qui soutiennent l'âme garnie de bleus ou qui mènent les esprits sur des vaguelettes pop, les chorégraphies qui les accompagnent font l'effet d'une main qui vous empoigne les amygdales.

Ou d'un coup de poing qui s'enfonce jusqu'aux tripes. Dommage que le trip d'un concert live participatif soit absent de la donne. « Pas d'interaction avec le public », se désole un fan ne cachant pas sa déception. D'autres spectateurs affirment être sortis après le premier quart d'heure. « Dans la zone debout, l'on se marchait sur les pieds. Impossible de tenir longtemps. C'est à se demander si les places vendues n'ont pas dépassé la capacité des lieux », s'indignent certains.

Près de quarante minutes après le début du concert, elle bat d'un cil (on le devine), bouge un peu la tête, remue les épaules de cinq centimètres... Entre-temps, c'est confirmé, le public libanais est celui qui a le plus la bougeotte.
À la sortie, dans la foule compacte qui se dirige lentement vers la sortie, de nombreuses personnes disent ne pas regretter d'être venues, malgré les embouteillages et le fait que Sia n'ait pas daigné s'adresser à eux. Certains malins doutent même que ce soit bien elle, en chair et en os. Ou qu'elle ait bien chanté en live, la musique étant préenregistrée, comme les vidéos projetées sur les écrans géants. Une chose est sûre, cependant. À Byblos, Sia n'aura pas cillé.

 

 

Pour mémoire
« Hichik Bichik », bateau ivre de joie sur le port de Jbeil

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Georges Rbeiz

Watching Sia sing ( and I doubt it was her) was the worst time spent .. all pre-recorded video and I suppose audio.. I could have watched it on Youtube and kept my wallet relaxed...

nsia

Afin de clarifier les choses , le but de la perruque est non pas pour ne pas ceder a l'hypersexualisation mais d'appuyer son ideologie qui dit que la musique c'est dans la voie et non pas dans l'apparence et c'est ce qui rend SIA unique.
''you guys i fucked it up' etait les mots qu'elle a dit apres avoir oublier les paroles parcequ'elle etait 'so nervous'
Avant d'attaquer cette chanteuse et de la critiquer , apprenez a connaitre l'histoire comme elle est et non pas la fabriquer pour en faire du journalisme.

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