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Liban

Quinze ans après, les anciens militants d’août 2001 se souviennent

Le combat contre l’occupation syrienne
09/08/2016

Le mois d'août de l'année 2001 aura marqué, de par l'ampleur des événements qui se sont produits à l'époque, le cours de l'histoire moderne du Liban. La réconciliation de la Montagne sera suivie par une vague d'arrestations dans les rangs des étudiants membres des partis politiques formant l'opposition au gouvernement prosyrien.

Les 4, 5 et 6 août 2001, le patriarche maronite Nasrallah Sfeir entamait une tournée dans le Chouf, Aley et Jezzine pour sceller, aux côtés de Walid Joumblatt, la réconciliation de la Montagne entre druzes et chrétiens. Cette réconciliation était la première du genre à être initiée sous la tutelle syrienne, ce qui déclenchera l'ire du régime Assad. La rafle du 7 août viendra en réponse à ce long week-end de réconciliations. De nombreux responsables et cadres des Forces libanaises et du courant aouniste, dont Toufic Hindi et le général Nadim Lteif, seront arrêtés lors d'une descente des forces de l'ordre dans les bureaux de leur parti respectif à Antélias. Cette série d'arrestations sera liée par les forces de sécurité à une messe célébrée le 5 août à Deir el-Qamar durant laquelle des jeunes avaient scandé des slogans antisyriens et d'autres perçus comme portant atteinte à la personne du président de la République (Émile Lahoud, à l'époque). Le 8 août, les forces de l'ordre tenteront de forcer les locaux du Parti national libéral à Sodeco. Le 9 août, les jeunes militants organiseront un sit-in pacifique devant le Palais de justice pour protester contre les arrestations du 7 août. Leur manifestation sera violemment réprimée par l'armée et les services de renseignements libanais et syriens. Les jeunes seront passés à tabac et certains seront interpellés.

Amine Assouad, qui militait à l'époque avec les jeunes de la base Kataëb, se souvient avec précision de la journée du 9 août. « Ce jour-là, plusieurs personnalités politiques étaient réunies au barreau de Beyrouth, dont Massoud Achkar, Antoine Ghanem et Pierre Gemayel. Ces politiciens contestaient eux aussi les rafles du 7 août. Nous étions pour notre part devant le Palais de justice lorsque des membres des services de renseignements en civil se sont glissés parmi nous pour essayer de semer la zizanie, indique Amine Assouad. Certains d'entre nous ont été entraînés loin de la foule et tabassés. Nous sommes rentrés déçus et découragés face à tant de violence, nous ne savions plus d'où viendrait le salut. Nous avons formé l'ossature du printemps de Beyrouth par le biais d'un vaste travail souterrain qui a pavé la voie au soulèvement de 2005 », explique M. Assouad, avant d'ajouter : « Avant, le problème était de faire sortir les Syriens du Liban. Aujourd'hui, nous sommes retournés aux sources du problème libanais qui est celui d'établir un État. »

 

(Lire aussi : 7 et 9 août 2001 : que jamais ne revienne...)

 

Samy Gemayel
Pour Samy Gemayel, chef du parti Kataëb, la date du 7 août constitue une charnière dans la résistance contre l'occupation syrienne. M. Gemayel, qui avait activement pris part au mouvement estudiantin de 2001, a invité tous les anciens militants à assumer leurs responsabilités pour le bien du pays. « Sans la génération qui a lutté en 2001, il sera difficile de bâtir l'État, a-t-il dit. La vie politique est changeante, beaucoup d'anciens militants ne sont plus convaincus aujourd'hui par la lutte parce que la cause et le but sont flous mais ils ont gardé une pureté dans leur façon de penser qui leur permettra de redresser la situation », a-t-il indiqué.

Pour Édouard Chamoun, militant dans les rangs du PNL en 2001, le mouvement estudiantin de l'époque a été positif puisqu'il a conduit au retrait des Syriens en 2005, « mais il manque beaucoup de choses ». « Nous n'avons pas pu bâtir un État, nous avons toujours des allégeances à l'égard de l'étranger, nous ne sommes pas encore capables de voir que l'intérêt de notre pays prime sur tout », a déclaré M. Chamoun. Il a également déploré le fait que les jeunes militants de 2001 se soient dispersés, et qu'ils aient été « rejetés par leurs partis pour s'être rapprochés les uns des autres ».
Selman Samaha, militant des FL arrêté le 7 août avec Toufic Hindi, estime pour sa part que la révolution du Cèdre « n'a pas été bien exploitée ». « Nos alliés ont refusé de laisser tomber certains privilèges qu'ils avaient acquis lors de la tutelle syrienne. Nous nous sommes à nouveau retrouvés rattachés aux forces régionales, ce qui a paralysé la révolution du Cèdre », a-t-il souligné.

Toufic Hindi, emprisonné pendant deux ans suite à son arrestation, pointe également du doigt les maladresses de la classe dirigeante à l'époque. « Ce qui est triste, c'est que tous ces efforts qui nous ont permis de faire la révolution du Cèdre ont été perdus à cause des comportements des politiciens. La lutte pour le pouvoir a primé sur la politique nationale. Il faudrait trouver une alternative à la classe politique actuelle », a-t-il dit.
Fady Jreissaty, ancien militant du CPL passé à tabac et interpellé le 9 août, a pour sa part invité la jeunesse actuelle à reprendre le combat. « Avant, l'ennemi était clair, c'était la tutelle syrienne, souligne-t-il. Aujourd'hui, c'est la classe politique pourrie, a-t-il indiqué. La résistance n'est pas morte et il faut de nouveaux 7 et 9 août. Il faut que la jeunesse tire des leçons de notre engagement. La majorité silencieuse doit se réveiller et il faut arrêter les compromis. »

 

 

 

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