Trente et un députés seulement se trouvaient hier dans l’hémicycle.
Quarante-trois réunions, place de l'Étoile, et toujours rien. Le Liban reste sans président de la République parce que le bloc parlementaire du général Michel Aoun et ceux du Hezbollah et des Marada continuent de bouder les séances et de provoquer un défaut de quorum.
Très peu de députés (31 seulement) et de journalistes ont d'ailleurs fait le déplacement au siège de l'Assemblée, pour une séance qui n'aura en définitive duré que 15 minutes, pour la forme, avant que le communiqué de routine n'annonce l'ajournement, devenu traditionnel depuis presque deux ans et demi. Prochain rendez-vous : le 7 septembre.
La séance d'hier a permis au chef du bloc parlementaire du Futur, Fouad Siniora, et à Georges Adwan, député des Forces libanaises, de procéder comme à l'accoutumée à un échange de vues sur l'actualité locale.
Plus tard, Fouad Siniora, suivi d'ailleurs par plusieurs autres députés de son bloc, a démenti les informations relayées la veille et selon lesquelles le courant du Futur aurait décidé de soutenir la candidature de Michel Aoun à la tête de l'État. Après avoir annoncé que « rien ne va plus dans le pays », M. Siniora a assuré que son parti continuait de soutenir la candidature du leader des Marada, Sleiman Frangié, à la présidence de la République. « Le bloc du Futur n'a pas procédé à un vote sur l'adoption de la candidature du général Michel Aoun, mais chaque membre (du bloc) a donné son avis, a clarifié M. Siniora. Nous continuons de soutenir le député Sleiman Frangié », a-t-il expliqué, en réponse à des informations de presse selon lesquelles il y aurait eu un vote au sein du bloc du Futur en faveur de Michel Aoun.
Prié de commenter les propos du chef du bloc parlementaire du Hezbollah, Mohammad Raad, sur la nécessité d'une entente autour d'un candidat, l'ancien Premier ministre les a qualifiés de « positifs » avant d'enchaîner : « Sauf si Raad fait allusion à une entente de soumission, ce que nous rejetons, toute entente devant être le fruit d'un accord à l'amiable et non de soumission. » Il a rappelé qu'à la conférence de dialogue, le vice-président de la Chambre, Farid Makari, avait proposé qu'on soumette les noms de trois candidats à la présidence et qu'on choisisse l'un d'eux. « Mais nous n'avons pas entendu de réponse », a-t-il dit.
(Pour mémoire : Présidentielle : le feu vert ne s'est pas allumé, le décryptage de Scarlett Haddad)
« Hariri au Sérail et Raad à la présidence du Parlement »
M. Siniora a aussi indiqué que « le président de la République est celui qui peut réunir tous les Libanais en se basant sur son expérience et son respect de la Constitution », en jugeant que son choix, tout comme celui des présidents du Conseil et du Parlement, n'est pas l'apanage de sa communauté. Il a rappelé dans ce cadre que le gouvernement de Saad Hariri s'était trouvé contraint de démissionner lorsque plus d'un tiers des ministres avaient démissionné. Pourtant, selon lui, si c'est le critère de la représentativité communautaire qui devait être retenu, « la personne la plus habilitée à accéder à la tête du gouvernement serait Saad Hariri et non pas Tammam Salam, et la plus habilitée à présider la Chambre des députés serait Mohammad Raad et non pas Nabih Berry, s'il faut se conformer à la Constitution ».
Plus tard dans la journée, il devait faire paraître un communiqué dans lequel il rendait hommage à Tammam Salam et Nabih Berry, en précisant que ses propos ont été mal interprétés.
Toujours au Parlement, Fouad Siniora a relevé que « des parties continuent de bloquer l'élection d'un président sous prétexte que la Loi fondamentale le leur permet, mais nous savons tous que dans la Constitution, l'article relatif à la présidentielle n'a rien à voir avec la question de la présence ou de l'absence des députés à une séance parlementaire ». Il a insisté sur le fait qu'« il est du devoir » des députés de se rendre au Parlement pour élire un chef de l'État.
« Cela fait deux ans et trois mois que nous essayons d'élire un président, clé de la résolution de tous les conflits dont souffre le pays », a affirmé M. Siniora, en considérant qu'« un retour à la Constitution permet d'atteindre les objectifs souhaités dans tous les domaines, au niveau national ». « Nous nous distinguons des autres pays de la région par une stabilité relative et nous ne devons donc pas retourner en arrière. La seule solution possible est d'accorder la priorité à l'élection d'un président », a-t-il soutenu.
Les députés Ahmad Fatfat, Samir Jisr et Jean Oghassabian ont tous trois démenti aussi qu'il y ait eu un vote au sein de leur bloc en faveur de l'élection de Michel Aoun, mais ils ont reconnu qu'il y a eu un débat sur la question. « Le candidat du bloc du Futur reste Sleiman Frangié », a assuré Ahmad Fatfat. « Nous sommes un bloc démocratique où les points de vue sont nombreux. Lorsqu'une entente se forme sur un sujet, un communiqué officiel est publié, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui », a-t-il souligné.
Il a critiqué les propos tenus par le chef de la diplomatie, Gebran Bassil, au terme de la conférence de dialogue, la semaine dernière, lorsqu'il avait affirmé qu'« il est du droit des députés de provoquer un défaut de quorum » et estimé qu'il s'agit d'un droit constitutionnel. « Il peut imposer son point de vue à son courant, mais il ne peut pas obliger les députés à adopter son choix », a martelé M. Fatfat, pendant que son collègue Samy Gemayel déclarait sans détour : « Certains n'ont aucun sens des responsabilités. Il faut qu'il y ait une décision d'élire un président. »
Selon Jean Oghassabian, Saad Hariri s'était contenté durant la réunion de son bloc d'inviter les députés à discuter de manière générale du dossier de la présidentielle et de toutes les options possibles, dont celle, éventuellement, d'un appui à la candidature de Michel Aoun. « Le débat qui a eu lieu était très rationnel et dénotait un souci de réaliser une percée au niveau de la présidentielle, mais nous avons réalisé que le courant du Futur a été le seul à avoir fait beaucoup de concessions, d'où notre appréhension à un éventuel appui à l'option Aoun sans que la partie adverse ne fasse à son tour des concessions », a expliqué M. Oghassabian, précisant que les députés étaient d'avis d'opter pour un candidat consensuel qui ne soit pas l'un des pôles de Bkerké, c'est-à-dire Michel Aoun, Sleiman Frangié, Amine Gemayel et Samir Geagea.
(Lire aussi : Du bruit pour presque rien...)
« Prolongation du mandat parlementaire »
Le député Georges Adwan est allé plus loin, en réprouvant toute la philosophie sur laquelle repose le dialogue national. Affirmant qu'il s'exprime au nom des Forces libanaises, il a critiqué la priorité accordée à la mise en place d'un Sénat et mis en garde contre le processus qu'on essaie d'imposer. « Nous n'acceptons pas que la conférence de dialogue supplante les institutions. Si nous nous entendons avec le courant du Futur sur un point, ce sera excellent, mais cet accord ne pourra être en vigueur que s'il est approuvé au Parlement », a-t-il dit.
« Lorsque nous parlons de l'application de l'accord de Taëf, nous ferions mieux de commencer par les institutions fondamentales pour qu'elles puissent superviser l'exécution du reste des articles de ce document, a déclaré M. Adwan. Il faut donc qu'il y ait un président et un Parlement élu sur base du critère de la représentativité. À ce moment-là, nous pourrons passer à un autre élément fondamental de Taëf, qui est l'extension de l'autorité de l'État sur l'ensemble du territoire. Jusqu'aujourd'hui, aucun de ces trois éléments n'est assuré et on nous propose de commencer par appliquer le dernier article de Taëf », a déploré le député, en faisant allusion à la création d'un sénat.
« Vous avez remarqué, a poursuivi Georges Adwan, que plus personne ne parle d'une nouvelle loi électorale. Il est évident qu'au lieu de prolonger encore une fois le mandat du Parlement et provoquer ainsi une colère populaire, on essaie d'obtenir cette prorogation d'une manière indirecte à travers la loi de Doha qui va ramener la même classe politique au Parlement, cette classe qui ne veut pas contrôler l'exécutif, former un gouvernement ou approuver un budget de l'État. » Il a dénoncé des « marchés en cours » à ce niveau, jugeant nécessaire de convoquer une réunion parlementaire qui serait consacrée exclusivement à la loi électorale.
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LES ECHOS DES VOIX SONT PERCUS PAR DES OREILLES RACCORDEES A DES BOITES CRANIENNES VIDES !!!
20 h 58, le 09 août 2016