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Nos lecteurs ont la parole - Raphaëlle Samama

Tu as aimé le Liban ? Passion et paradoxe

Les balcons de Bourj Hammoud, vitrines de la vie de ses habitants. Photo Raphaëlle Samama

« Notre relation était comme cette danse endiablée où l'on s'écarte violemment l'un de l'autre, puis l'on revient tout aussi violemment s'écraser l'un contre l'autre, avant de s'écarter à nouveau. Mais à aucun moment on ne se lâche la main », chantait Amin Maalouf dans Les Désorientés. À entendre tant de Libanais parler de leurs pays, cet inexplicable amour-haine est inscrit dans les mœurs. Un pays que l'on critique, à qui l'on fait faux-bond pendant un temps, avant d'y revenir, inéluctablement, et plus amoureux que jamais. « Mon pays mon visage, la haine et puis l'amour naissent à la façon dont on se tend la main », écrivait Nadia Tuéni. Comme si la séparation était impossible, comme si seul lui pouvait les comprendre et les combler. À ceux qui dépeignent un Liban noir, perdu, paralysé, Khalil Gibran répond : « Est-il un seul parmi eux qui oserait dire : "Certes, ma vie était une goutte de sang dans les veines du Liban, une larme dans ses prunelles ou un sourire sur ses lèvres" ? »

Lorsque ceux-ci me demandent, de leur accent traînant : « Tu as aimé le Liban ? » je leur réponds oui. Un oui timide, curieux, envoûté. À chaque lever du soleil, je me fais un peu plus au chaos organisé qui y règne et qui vous charme, vous l'étranger, vous le visiteur, lassé de votre pays, lassé de votre propre désenchantement. « Vous avez votre Liban avec son dilemme. J'ai mon Liban avec sa beauté », dixit Gibran.

Toi et tes balcons délabrés où voltigent tapis colorés, sous-vêtements en dentelle et souvenirs, toi et tes coupures d'électricité, toi et tes endroits secrets où l'on joue du oud, chante Fayrouz et Aznavour, toi et tes bijouteries clinquantes aux prix variables, toi et le regard de ces vieillards accoudés à leurs balcons de Geitawi où plane une douce mélancolie, toi et le soupir de ces jeunes en scooter qui brûlent d'espoirs déçus, d'espoirs vivants. « Vous avez votre Liban avec tous les conflits qui y sévissent. J'ai mon Liban avec les rêves qui y vivent », espérait Khalil Gibran. Tes restaurants ouverts pour rassasier le fêtard au petit matin ou soulager le travailleur au crépuscule. Tes ambitions de renouveau mêlées à l'attachement des traditions passées.

« Li Beyrouth... »
Beyrouth et ses klaxons inquisiteurs, agressifs, salutaires, Beyrouth et ses terrasses où les langues se délient en anglais, en arabe, en français, Beyrouth et ses églises, Beyrouth et ses mosquées d'où retentit l'adhan (la prière) au-dessus des conversations des passants, Beyrouth et sa mémoire, présente ici dans les yeux du portrait d'un martyr, là, dans un graffiti de la rue de Gemmayzé ou là-bas dans une vieille maison inhabitée criblée d'impacts de balles. « À peuple heureux pas d'histoire, et à couple heureux pas de littérature », selon Maalouf. Beyrouth est une ville qui vous inspire, vous tourmente, vous interroge, jamais ne vous ennuie, jamais ne ressemble à hier et encore moins à demain. Beyrouth est une ville qui vous épuise, vous enivre et vous fait danser jusqu'à vous en donner le tournis. Et que serait-elle sans celles et ceux qui la font vivre ? Sans ses habitants aux origines et religions aussi diverses que ces mezzés qui emplissent les tables des cafés ?

« Quand les gens refusent de s'intégrer, c'est aussi parce que la société où ils vivent est incapable de les intégrer. À cause de leur nom, de leur religion, de leur allure, de leur accent », déplore Maalouf. Point de ça ici. Chacun y trouvera sa place. Hamra, Mar Mikhaël, Ras el-Nabeh, chaque quartier est un monde, un univers. Et pourtant les parcours s'entrecroisent, les sourires se mêlent, les mains se tendent. Ici, vous n'êtes jamais seul. Toujours quelqu'un viendra à votre secours et vous fera promettre si vous n'en étiez pas encore convaincu que chaque jour une surprise peut arriver.

S'échapper
Les drapeaux au vent vous donnent envie de vous évader vers les montagnes, voir les cèdres.
Nul n'en parlerait mieux que Tuéni : « Vos bruits ont la splendeur des mots, et la fierté des cataclysmes. Je vous connais, vous qui êtes, hospitaliers comme mémoire ; vous portez le deuil des vivants, car l'envers du temps, c'est le temps. Aujourd'hui c'est demain d'hier, sur vos corps un astre couchant. » Là, dans la montagne silencieuse, flotte une plénitude absolue. Elle semble coupée du temps, décor des contes de votre enfance. Les maux s'effacent et s'envolent avec eux les odeurs de poubelle ou les bruits de la ville. Vous plongez dans un état de contemplation en vous demandant si vous n'avez pas changé de pays, à deux heures de la capitale.

Sur le chemin du retour, les pas nous mènent vers Jbeil. L'esprit vagabonde. L'œil de l'étranger est saisi par les contrastes qui peuplent le trajet, gardant en tête les mots de Gibran : « Mon pays qui se casse comme un morceau de vague. Mon pays qui voyage entre rêve et matin. » Alors, celui qui n'en fait pas partie s'émerveille, s'exclame, s'étonne, se révolte aussi parfois. Il souhaite lever le voile sur l'inconnu ou plutôt les inconnus. Boire leurs paroles, écouter leurs histoires, découvrir leurs secrets, rêver l'avenir. « Mon Liban est un savoir inné, mais inconscient, une science infuse dans les mystères de la vie, et un désir éveillé qui effleure les pans de l'invisible, tout en croyant rêver », conclurait Gibran.
Les jours seront longs avant de le comprendre, avant de penser appartenir à son décor, mais comment répondre non à la question : « Tu as aimé le Liban » ?

« Notre relation était comme cette danse endiablée où l'on s'écarte violemment l'un de l'autre, puis l'on revient tout aussi violemment s'écraser l'un contre l'autre, avant de s'écarter à nouveau. Mais à aucun moment on ne se lâche la main », chantait Amin Maalouf dans Les Désorientés. À entendre tant de Libanais parler de leurs pays, cet inexplicable amour-haine est inscrit dans les mœurs. Un pays que l'on critique, à qui l'on fait faux-bond pendant un temps, avant d'y revenir, inéluctablement, et plus amoureux que jamais. « Mon pays mon visage, la haine et puis l'amour naissent à la façon dont on se tend la main », écrivait Nadia Tuéni. Comme si la séparation était impossible, comme si seul lui pouvait les comprendre et les combler. À ceux qui dépeignent un Liban noir, perdu, paralysé, Khalil Gibran...
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Oui j'aime le Liban, j'aime Aramoun-Kesrouan où je me suis marié, j'aime la corniche du Manara où se trouve l'hôtel Riviéra où j'ai passé ma lune de miel, j'aime l'avenue des Français où j'ai passé la plus grande partie de ma carrière, j'aime le village natal de Sarba-Kesrouan où j'ai vécu mes premières trente années, j'aime le quartier Sioufi où sont nées mes deux filles et maintenant j'aime la France qui m'avait ouvert les bras. Mais, le véritable amour reste le premier amour du pays de mes aïeux.

Annie

16 h 02, le 09 août 2016

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  • Oui j'aime le Liban, j'aime Aramoun-Kesrouan où je me suis marié, j'aime la corniche du Manara où se trouve l'hôtel Riviéra où j'ai passé ma lune de miel, j'aime l'avenue des Français où j'ai passé la plus grande partie de ma carrière, j'aime le village natal de Sarba-Kesrouan où j'ai vécu mes premières trente années, j'aime le quartier Sioufi où sont nées mes deux filles et maintenant j'aime la France qui m'avait ouvert les bras. Mais, le véritable amour reste le premier amour du pays de mes aïeux.

    Annie

    16 h 02, le 09 août 2016

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