La firme Tesla a annoncé, la semaine dernière, de nouveaux projets pour élargir son horizon d’action et ne pas se cantonner aux voitures électriques de luxe. Spencer Platt/Getty Images/AFP
Le constructeur américain de voitures électriques Tesla ambitionne de créer un camion de transport de fret, un véhicule pour remplacer les bus urbains, et à plus long terme un réseau de voitures autonomes utilisables à la demande, a annoncé, mercredi dernier, son patron Elon Musk. Il s'agit là de quelques-uns des projets prévus dans la deuxième partie d'un grand plan secret que le milliardaire promettait de dévoiler depuis un peu plus de deux semaines.
« En plus des véhicules privés, il y a deux autres sortes de véhicules électriques nécessaires : des gros camions et du transport urbain à forte densité de passagers. Les deux sont dans les premiers stades de développement chez Tesla et devraient être prêts à être dévoilés l'année prochaine », a notamment écrit Elon Musk dans un message publié sur le site Internet de Tesla. Et d'évoquer un camion qui permettra « une réduction importante du coût du transport de fret, tout en augmentant la sécurité », ainsi que des bus à la taille réduite, accessibles aux fauteuils roulants, aux poussettes et aux vélos, et qui pourraient être appelés par les personnes n'ayant pas de téléphone grâce à des boutons installés sur les actuels arrêts de bus.
Elon Musk a également réaffirmé, jeudi dernier, son ambition de rendre l'ensemble de ses véhicules totalement autonomes sans conducteur. Quand ce type de technologie aura été approuvé par les régulateurs, a-t-il expliqué, « vous pourrez aussi ajouter votre voiture à la flotte partagée de Tesla (...) et lui faire générer des revenus pour vous pendant que vous êtes au travail ou en vacances ». « Dans les villes où la demande (de véhicules partagés) excède l'offre de voitures détenues par des consommateurs, Tesla opérera sa propre flotte », a-t-il ajouté.
La foi du milliardaire dans les voitures sans chauffeur ne semble pas avoir été entamée par les enquêtes des autorités américaines sur deux accidents, dont un mortel début mai, impliquant Autopilot, le système d'assistance à la conduite permettant déjà aux voitures Tesla d'effectuer seules des manœuvres comme le freinage d'urgence. Ni le conducteur ni le système n'avaient détecté un camion qui avait coupé la route à une berline Model S, un accident qui pour beaucoup d'observateurs risque de porter un coup au développement des voitures autonomes et pourrait être un signe que Tesla n'a pas suffisamment testé son système. « Cela n'aurait pas plus de sens de désactiver l'Autopilot de Tesla, comme certains appellent à le faire, que de désactiver le pilotage automatique », a affirmé, la semaine dernière, Elon Musk, affichant l'ambition de rendre le système « environ dix fois plus sûr que la moyenne des véhicules américains ».
Dans le viseur du SEC
En outre, Tesla est également dans le collimateur du gendarme américain des marchés pour un possible manquement à l'obligation d'informer les investisseurs, a récemment rapporté le Wall Street Journal. L'autorité des marchés financiers (SEC) enquête pour vérifier si le constructeur de véhicules électriques de luxe aurait dû l'informer de l'accident mortel impliquant Autopilot, a affirmé le quotidien économique, citant une source anonyme proche du dossier. « Tesla n'a pas reçu de communication de la SEC au sujet de cette question », a répondu une porte-parole du groupe.
Tesla n'en a informé l'agence de sécurité routière américaine (NHTSA) que le 16 mai, soit neuf jours après l'accident, mais n'en a rien dit à la SEC. Or, les 18 et 19 mai, le groupe automobile procédait à une levée de fonds importante de deux milliards de dollars. Pour certains analystes, si les investisseurs avaient eu connaissance de l'accident, ils n'auraient peut-être pas réservé un bon accueil à cette transaction.
Elon Musk, que beaucoup considèrent comme un visionnaire (outre Tesla, fondée en 2003, il dirige la société de transport spatial SpaceX et a imaginé le projet de train du futur à très grande vitesse Hyperloop), avait dévoilé en août 2006 la première partie de son grand plan secret, qui semble aujourd'hui arriver à ses dernières étapes. Elle prévoyait en effet de produire d'abord une voiture de sport électrique (Roadster), puis d'utiliser les revenus dégagés pour une berline de luxe familiale (Model S), et enfin une voiture abordable (Model 3), avant de devenir une entreprise de transport et d'énergie « intégrée verticalement ». La commercialisation du Model 3 est annoncée pour l'année prochaine, avec un prix d'entrée de 35 000 dollars et déjà plus de 300 000 précommandes. Elon Musk a également dit envisager « un futur SUV compact et une nouvelle sorte de camionnette » qui, ajoutés à la Model 3, devraient permettre de répondre à « la plupart du marché grand public ». Une voiture moins coûteuse que la Model 3 « ne sera probablement pas nécessaire », estime-t-il.
Ses ambitions ne se limitent pas non plus aux transports, puisqu'il évoque aussi un système qui combinerait des panneaux solaires sur le toit des maisons et une batterie. C'est, selon lui, une justification du projet de rachat pour 2,7 milliards de dollars du producteur d'énergie solaire SolarCity par Tesla, qui a suscité beaucoup d'interrogations à Wall Street.
(Source : AFP)

