La Russie, encore sous le choc de l'exclusion de l'athlétisme russe des Jeux olympiques de Rio (5-21 août), retenait hier son souffle avant la décision du Comité olympique international (CIO), qui pourrait priver tous ses sportifs des JO.
Après les révélations du rapport McLaren, lundi, sur l'ampleur du « système de dopage d'État » en Russie, le Tribunal arbitral du sport (TAS) a donc confirmé, jeudi, que la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) avait le droit d'exclure la Russie des épreuves d'athlétisme des JO 2016. Deuxième nation des JO 2012 avec ses 17 médailles, dont huit en or en athlétisme, derrière les États-Unis, la Russie sera donc représentée par deux athlètes seulement, il est vrai sans grandes chances de podium : la sauteuse en longueur Darya Klishina, repêchée par l'IAAF car basée en Floride et évoluant hors du système russe, et la spécialiste du 800 m, Yulia Stepanova, la lanceuse d'alerte à l'origine des révélations sur le dopage en Russie et honnie dans son pays.
Désormais, la réunion demain de la commission exécutive du CIO pourrait signer l'épilogue d'une semaine noire pour l'athlétisme et le sport russe en général. « Qu'est-ce qui attend l'équipe nationale russe? » s'interroge le quotidien Sport-Express. « Le sport russe n'est pas à un pas, mais à quelques millimètres de l'abîme », répond le journal Komsomolskaïa Pravda, parlant d'un sport « en phase terminale ». « Tout ce qui se passe avec nos sportifs est le fruit de nos erreurs », admet le journal, qui dénonce les gros cachets que touchent les sportifs russes, estimant que « lorsqu'il y a beaucoup d'argent, la tentation de tricher est grande ».
Pas de fumée sans feu
Dans les pages du Sport-Express, le hurdler Sergey Shubenkov, champion du monde en titre du 110 m haies, qui fait partie des athlètes dont l'exclusion des JO a été confirmée par le TAS, admet « qu'il n'y a pas de fumée sans feu ». Mais l'athlète se dit également convaincu que les hautes instances sportives « cherchent une punition, règlent leurs comptes ». Un point de vue partagé par beaucoup : à l'instar du ministre russe des Sports, Vitali Moutko, qui a fustigé une décision « politique », de nombreux responsables sportifs et de médias jugent que la Russie est injustement punie.
« Le problème du dopage existe dans de nombreux pays, alors pourquoi la Russie est le seul bouc émissaire du CIO ? » demande le président de la Fédération russe de pentathlon, Viatcheslav Aminov. « Le CIO doit prendre une décision conforme aux idéaux olympiques, souligne M. Aminov. Or, si la Russie ne participe pas aux JO, la compétition ne sera pas équitable. » « Que tous ces sportifs étrangers "propres" poussent un soupir de soulagement et gagnent en notre absence leurs pseudomédailles d'or », a pour sa part lancé la star Yelena Isinbayeva, double championne olympique de saut à la perche (2004 et 2008) mais jamais aussi proche de la retraite sportive.
Tout n'est pas perdu
Tout n'est pas cependant perdu pour la Russie, même si le CIO se prononce pour l'exclusion du Comité olympique russe : les fédérations internationales pourront encore repêcher au cas par cas les sportifs russes propres, c'est-à-dire évoluant hors du système d'État gangrené par le dopage. Elles ne doivent pas « punir tous les athlètes pour les actions de certains », a rappelé l'Agence mondiale antidopage (Ama), jeudi soir. La Fédération internationale de judo a ainsi apporté son soutien aux sportifs russes n'ayant pas été impliqués dans des affaires de dopage. À l'inverse, quatorze agences nationales de lutte contre le dopage ont envoyé une lettre commune au CIO lui demandant d'agir collectivement.
Hier matin, le Kremlin a, lui, dit « espérer » que le CIO laissera les sportifs russes propres participer aux Jeux olympiques de Rio. Mais peu importe si le CIO « décide d'enterrer l'équipe russe », estime le Komsomolskaïa Pravda, il faut opérer une réforme de fond dans le sport russe. « Au fil des années, nous avons adopté une mauvaise attitude face au dopage. Lorsqu'un athlète est démasqué, on transforme ça en une attaque contre l'ensemble du pays : "On tape sur les nôtres" », regrette le journal. « Alors que nous brandissons nos poings, il vaut mieux se demander : comment vivre après ? » s'inquiète-t-il.
(Source : AFP)
Isinbayeva envisage de saisir une cour des droits de l'homme
La perchiste Yelena Isinbayeva, double championne olympique, a fait part de son intention d'aller jusqu'à saisir une cour internationale des droits de l'homme, après que le TAS eut confirmé l'interdiction pour les athlètes russes de participer aux JO de Rio. Isinbayeva, pas nommément visée par les accusations de dopage institutionnalisé en Russie, a vu son recours – au même titre que celui de 67 autres athlètes russes –, après la suspension par la Fédération internationale d'athlétisme de la fédération russe, rejeté jeudi par le TAS. La tsarine de la perche ne peut plus se tourner désormais que vers le Tribunal fédéral suisse, sur la forme. Et vers la Cour européenne des droits de l'homme, à laquelle elle fait probablement référence en évoquant une cour internationale des droits de l'homme.
Analyses rétroactives : le CIO épingle 45 nouveaux tricheurs
Les analyses rétroactives sur un deuxième lot d'échantillons, datant des Jeux de Pékin 2008 et Londres 2012, ont révélé 45 nouveaux cas positifs, qui viennent s'ajouter aux 53 déjà révélés par le CIO en mai. Le CIO n'a pas donné l'identité des athlètes concernés, mais seulement précisé que « tous les athlètes, dont il est établi qu'ils ont enfreint les règles antidopage, seront exclus des compétitions des Jeux de Rio ». Dans l'attente de noms, on sait déjà que sur les 30 nouveaux cas positifs relevés pour 2008, 23 concernent des médaillés de quatre sports, représentant huit pays. Les 15 de Londres sont issus de neuf pays et deux sports. « Ces nouvelles analyses témoignent une fois encore de la volonté du CIO de lutter contre le dopage », a déclaré le président de l'institution, Thomas Bach.
Une « cellule amateur » préparait des attentats à Rio
La police brésilienne a arrêté 10 jeunes Brésiliens qui avaient prêté allégeance à l'organisation État islamique et préparaient des attentats pendant les JO de Rio, première alerte sécuritaire avant l'ouverture dans deux semaines de ces Jeux sous haute surveillance. Les 10 suspects étaient surveillés depuis avril par les services de renseignements. Ils « participaient à un groupe dénommé Défenseurs de la charia, et projetaient d'acquérir des armes pour commettre des crimes au Brésil et même à l'étranger », selon le ministre brésilien de la Justice, Alexandre de Moraes. Les suspects s'étaient « félicités » entre eux des récents « attentats en France et aux États-Unis », a-t-il souligné. Deux d'entre eux avaient été condamnés par le passé, conjointement, à six ans de prison pour homicide. Le ministre a par ailleurs assuré que le risque d'un attentat terroriste au Brésil, pendant les JO, n'a pas augmenté.


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