Un policier de la Compagnie républicaine de sécurité (CRS), la police antiémeutes française, scrute la plage à Saint-Malo. Hier, le Parlement a voté la prolongation de l’état d’urgence, jusqu’en janvier 2017, conséquence de l’attentat du 14 juillet à Nice. Damien Meyer/AFP
Une semaine après l'attentat à Nice le 14 juillet, l'enquête a permis d'établir que Mohammad Lahouaiej Bouhlel, qui a lancé son camion dans la foule tuant 84 personnes et en blessant plus de 300 autres, avait des complices et préparait ce carnage depuis des mois. Hier, 15 blessés étaient encore entre la vie et la mort, selon les autorités françaises.
Cinq personnes ont été déférées hier devant la justice en vue de leur inculpation pour, notamment, association de malfaiteurs terroristes et assassinats, a indiqué le procureur chargé de l'enquête, François Molins. Lors d'une déclaration à la presse, il a fait état « d'avancées notables » dans les investigations menées par « plus de 400 enquêteurs ». Il est ainsi établi que Mohammad Lahouaiej Bouhlel, un Tunisien de 31 ans, « a bénéficié de soutiens et de complicités dans la préparation et la commission de son acte criminel », a déclaré le procureur.
Les cinq suspects, quatre hommes et une femme inconnus des services antiterroristes, âgés de 22 à 42 ans, avaient été placés les jours précédents en garde à vue. Il s'agit de deux Franco-Tunisiens, un Tunisien, un Albanais et une Franco-Albanaise, dont un seul a été condamné pour des faits de droit commun. C'est notamment à partir des analyses du téléphone portable du tueur, révélant de nombreux contacts avec eux, que ces suspects ont été interpellés, a encore indiqué Me Molins.
Mohammad Lahouaiej Bouhlel, résidant à Nice et qui ne s'était pas fait remarquer par les services de renseignements, avait mûri son projet criminel « plusieurs mois avant son passage à l'acte », a également fait savoir le procureur François Molins, faisant état de clichés « révélateurs » retrouvés dans son téléphone, certains remontant à plus d'un an. Parmi eux, une photo du feu d'artifice du 14 juillet 2015 sur la Promenade des Anglais, où il a commis l'attentat, une autre d'un concert au même endroit, et une photo datant du 25 mai 2015 d'un article sur le captagon, une drogue réputée être utilisée par des jihadistes auteurs d'attentats. Des échanges entre le Tunisien et les cinq suspects « viennent encore corroborer cette préméditation », a ajouté le procureur. Me Molins avait indiqué en début de semaine que Mohammad Lahouaiej Bouhlel n'avait manifesté un intérêt que « récent », mais « certain », pour la mouvance jihadiste.
Vérité et transparence
Si l'enquête avance sur les motivations et l'entourage du tueur, la polémique sur les mesures de sécurité adoptées le 14 juillet, en plein état d'urgence, ne désenfle pas.
En déplacement à Dublin, le président socialiste français François Hollande a promis « vérité et transparence » sur le dispositif de sécurité déployé à Nice ce soir-là, en réponse à des accusations renouvelées sur de possibles failles. « Quand il y a un drame, une tragédie, en l'occurrence une attaque avec des morts nombreux (...), il y a des interrogations, nécessairement. (...) Il n'y a pas de place pour la polémique, il n'y a de place que pour la vérité et la transparence », a déclaré M. Hollande. Son Premier ministre, Manuel Valls, a lui jugé « insupportable la remise en cause permanente de la parole de l'État, du préfet, des policiers ».
Le débat sur le dispositif policier, lancé quelques heures après la tuerie par l'opposition, a été relancé hier par le quotidien de gauche Libération. Le journal affirme que l'entrée de la zone piétonne de la Promenade était barrée par une seule voiture de la police municipale et que la police nationale était quasiment absente à ses abords. Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a dénoncé une « contre-vérité », mais annoncé une enquête administrative par la police des polices afin « d'établir la réalité de ce dispositif (policier) ». Plus généralement, l'opposition de droite accuse le gouvernement socialiste d'avoir été trop laxiste dans la lutte contre le terrorisme.
Parallèlement, la prolongation de l'état d'urgence instauré après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris a été votée hier par le Parlement, pour une période de six mois, jusqu'à janvier 2017. Les députés ont cependant refusé l'application du régime de la rétention de sûreté et de la surveillance de sûreté aux personnes condamnées pour terrorisme, réclamé par l'opposition de droite. Enfin, dans ce contexte, le groupe jihadiste État islamique, qui a revendiqué l'attentat de Nice et ceux de Paris en novembre dernier (130 morts), a menacé d'intensifier ses attaques contre la France dans une nouvelle vidéo, où apparaissent des francophones qui félicitent l'auteur de la tuerie de Nice.
(Source : AFP)

