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Nos lecteurs ont la parole - Lina El-Kadi Rifaat

Quand nos enfants chantent l’hymne national

Que ce soit un match auquel nous assistons ou un concert, la plupart du temps l'événement commence par l'hymne national. À chaque fois, nous hésitons un peu avant de nous lever, nous nous tenons sur des genoux fléchis et nous faisons semblant de chanter les paroles. Honteux, nous regardons un peu autour de nous et à notre soulagement tout le monde semble aussi hésitant, aussi détaché. Nous ne chantons, point par patriotisme, mais parce qu'il nous reste miraculeusement une dernière trace de décorum et par ce que les Français semblent tellement dignes quand ils chantent la Marseillaise. Mais ne sommes-nous pas dans notre droit de ne pas trop être émus par des paroles qui ne représentent ni de loin ni de près ce qu'il est advenu de note patrie chérie et de notre peuple soumis ? Si notre hymne reflétait mieux notre situation, peut-être aurions-nous moins de mal à nous tenir comme il faut et chanter comme font les patriotes du monde entier :
Tous pour le leader, son fils et son château
Par des explosifs ou des pistolets nous marquerons le temps
Par notre travail nous lui ferons plus de l'argent
Tous pour la partie, pour la gloire et le drapeau
Quel drapeau ? Le jaune du Hezb ? Le bleu du cheikh ? Le rouge du beik ? L'orange du général ? Ils nous ont confisqué toutes les couleurs, nous ont dépourvus de notre vrai et merveilleux drapeau. Mais à quoi sert l'amertume ? Nous faisons alors semblant d'apprécier l'hymne et nous chantons. Quand on ne peut pas changer, vaut mieux se résigner. Nous sommes les pionniers de ce mantra qui résume notre patriotisme depuis l'hiver de notre printemps. Armés de cette résignation, il devient plus facile de rester debout les quelques minutes que dure l'hymne en balbutiant des paroles à moitié oubliées.
Mais quand vient la saison des cerises et des fêtes scolaires, toute résignation et toute sagesse disparaissent. Lors de la dernière fête scolaire, mon fils et ses amis de classe nous ont prévu un concert ; mamans et papas avaient le cœur qui dansait et attendaient avec impatience le début du show. Mais avant de commencer avec les chansons des années 80, il fallait une fois de plus chanter et se tenir debout pour l'incontournable « Koullouna lil Watan ». Je ne sais pas si c'était les jupes en couleurs, ou les bandanas autour des têtes des garçons, ou les visages de ces enfants illuminées par la pureté de l'enfance, ou l'espoir ardent dans leurs yeux, qui m'ont poussé à me tenir bien droite en chantant à pleine voix les paroles que j'ai effacées de ma mémoire pour ne plus pleurer une patrie qui n'est plus.
C'est surtout la conviction avec laquelle ils criaient les paroles qui m'a mis les larmes dans les yeux. Sont-ils des prophètes annonçant des temps meilleurs? Sont-ils des anges? Ou sont-ils simplement des enfants qui ne se sont pas résignés encore, qui croient toujours que le Liban malgré tous ces problèmes reste la perle des deux Orients et que ses montagnes et plaines produisent des hommes dignes ? Ils se tenaient bien droits, hurlant très fort leur amour pour le Liban, se tenant par les mains, innocents, beaux et fiers. Et moi je me sentais petite, indigne et écrasée par le poids de leurs convictions. Est-ce de la honte qu'on ressent lorsque ses enfants chantent mieux l'hymne national, ou l'envie ou juste de la culpabilité de ne pas avoir été de meilleurs parents et de meilleurs citoyens ? Si nous ne pouvons pas mettre notre partie avant notre Dieu, et avant notre leader, si nous ne pouvons pas demander nos droits, si nous ne pouvons plus réclamer notre dignité, pourrions-nous au moins chanter comme il faut notre hymne national pour que nos enfants ne subissent pas le même sort, le même détachement et le même désespoir ?
Pourrions-nous au moins leur donner la chance de se déclarer « tous pour leur partie, leur gloire et leur drapeau » ?

Que ce soit un match auquel nous assistons ou un concert, la plupart du temps l'événement commence par l'hymne national. À chaque fois, nous hésitons un peu avant de nous lever, nous nous tenons sur des genoux fléchis et nous faisons semblant de chanter les paroles. Honteux, nous regardons un peu autour de nous et à notre soulagement tout le monde semble aussi hésitant, aussi détaché. Nous ne chantons, point par patriotisme, mais parce qu'il nous reste miraculeusement une dernière trace de décorum et par ce que les Français semblent tellement dignes quand ils chantent la Marseillaise. Mais ne sommes-nous pas dans notre droit de ne pas trop être émus par des paroles qui ne représentent ni de loin ni de près ce qu'il est advenu de note patrie chérie et de notre peuple soumis ? Si notre hymne reflétait mieux notre...
commentaires (2)

je connais toutes les paroles et j'en suis fière.

lila

20 h 57, le 21 juillet 2016

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Commentaires (2)

  • je connais toutes les paroles et j'en suis fière.

    lila

    20 h 57, le 21 juillet 2016

  • Ignorer les paroles de l'Hymne national libanais, ignorer que ses auteurs sont Rachid Nakhlé et Wadih Sabra, ignorer la date de sa création en 1927, c'est ne pas avoir le droit de porter la carte d'identité libanaise. Notre patrie, le Liban, n'est pas un "dekkan" pour les étrangers, c'est une Patrie pour ses habitants, les descendants de plusieurs générations de Libanais dans le sens le plus noble du terme.

    Annie

    20 h 47, le 21 juillet 2016

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