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Moyen Orient et Monde

Erdogan plus fort après le putsch raté, surtout symboliquement

Turquie

Les experts mettent en garde contre les conclusions hâtives, notamment sur la présidentialisation
du régime.

OLJ
19/07/2016

Hyperlégitimé, hyperprésent et adulé par beaucoup comme le sauveur de la démocratie après le putsch manqué, le président turc Recep Tayyip Erdogan voit certes son pouvoir renforcé, mais davantage en termes d'image et de symbolique que dans les faits.
Depuis son retour précipité de vacances – sous les vivats des habitants de son fief d'Istanbul – dans la nuit dramatique de la tentative de coup d'État, M. Erdogan a été omniprésent. On l'a vu du matin au soir sur les chaînes de télévision, allant de mosquée en mosquée pour les funérailles des « martyrs » du putsch, déclarant une guerre féroce au « virus » de la rébellion dans une marée de drapeaux rouges turcs, haranguant les fidèles qui lui baisaient les mains. On l'a entendu appeler le peuple à occuper la rue pour le soutenir encore plus fort et promettre même de réfléchir au rétablissement de la peine capitale à une foule qui scandait avec ardeur : « Nous voulons la peine de mort ! » pour les putschistes.
Dans un élan œcuménique rarissime, tous les partis politiques, le monde des affaires et syndical se sont ralliés au panache d'Erdogan. Peu importe que les grandes capitales aient attendu que le putsch commence à faire pschitt avant de lui exprimer leur soutien, le « sultan » Erdogan s'est montré indéboulonnable, inoxydable. M. Erdogan va désormais « avoir les mains libres », dit Dorothée Schmid, spécialiste de la Turquie à l'Ifri. « Il va avoir les pleins pouvoirs, avec une psychologie de vengeance et de contrôle totalitaire du pays », s'inquiète-t-elle, alors que le numéro un turc a dans le passé fait preuve d'une capacité redoutable à punir ceux qui l'avaient trahi. Mais il est en réalité « à la tête d'un État de plus en plus désorganisé », qui évoque « un pays qui devient difficile à contrôler », tempère-t-elle. Le président turc ne peut pas non plus se permettre de trop purger une armée dont il a besoin face à la rébellion kurde et avec la guerre syrienne à sa porte, soulignent les analystes. Faruk Logoglu, un ancien ambassadeur turc à Washington, craint « que cette tentative de coup d'État renforce les pouvoirs d'Erdogan et lui permette de réduire les libertés qui restent ». De quoi, selon lui, doper l'ambition d'Erdogan de présidentialiser le régime, alors qu'il jouit déjà d'un pouvoir politique, économique et médiatique inconnu dans la Turquie moderne.

Les mêmes obstacles
Bayram Balci, du Ceri Sciences Po, n'hésite pas à qualifier ce putsch de « don du ciel » en termes d'image pour Erdogan. « Il se présente en sauveur de la démocratie, il se refait une virginité, et cela va accroître son pouvoir », dit, lui aussi, le chercheur. Mais il met toutefois en garde contre des conclusions hâtives. En ce qui concerne la présidentialisation du régime voulue par Erdogan « même s'il s'est comporté en héros, il lui faudra toujours le même nombre de députés » pour la nécessaire révision de la Constitution, « et, à moins de marchander, il ne les aura pas ». « Il a donc toujours les mêmes obstacles » en travers de sa route. Le Parti de la justice et du développement (AKP) d'Erdogan ne dispose pas de la majorité des deux tiers nécessaire pour faire approuver une réforme de la Constitution débouchant sur un système présidentiel. « Pour l'instant, il ne peut pas organiser de référendum » non plus. « La seule chose qu'il peut faire, c'est convaincre certains députés de voter pour lui », ajoute le chercheur. Par conséquent, l'effet majeur de l'après-coup d'État est « purement symbolique et psychologique » pour M. Balci.
La Turquie est aux prises avec une guerre interminable contre les Kurdes, des attentats kurdes ou jihadistes sanglants, un conflit syrien effroyable à ses portes. Et maintenant un putsch raté. La mise en scène par médias interposés de la période post-coup répond finalement à « un manque de confiance de la Turquie dans le processus politique », relève aussi Mme Schmid.
Pascale TROUILLAUD/AFP

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