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Moyen Orient et Monde - Chine

« Ils m’ont donné le sentiment que j’avais été la cible d’une dénonciation pendant la Révolution culturelle »

Le libraire hongkongais Lam Wing-kee raconte les conditions de sa détention par les autorités de Pékin.

Lam Wing-kee est l’un des cinq employés de la maison d’édition Mighty Current qui s’étaient volatilisés fin 2015. Bobby Yip/Reuters

Le libraire hongkongais Lam Wing-kee, auteur de révélations explosives sur sa détention en Chine, a comparé hier, dans un entretien à l'AFP, son calvaire à la répression qui avait cours lors de la Révolution culturelle.
M. Lam est l'un des cinq employés de la maison d'édition « Mighty Current » qui s'étaient volatilisés fin 2015, une affaire qui a semé l'effroi dans l'ex-colonie britannique, où beaucoup redoutent que Pékin ne renforce sa mainmise.
« Mighty Current » est spécialisée dans les titres salaces sur la vie privée des dirigeants chinois et les intrigues politiques au sommet du pouvoir. Libéré sous caution, l'homme qui a choisi de ne pas retourner en Chine a raconté jeudi lors d'une conférence de presse comment il avait été arrêté en octobre en se rendant sur le continent à Shenzhen puis questionné pendant des mois, sans accès à un avocat.
« Ils m'ont donné le sentiment que j'avais été la cible d'une dénonciation pendant la Révolution culturelle », dit-il hier dans un entretien à l'AFP, en référence à la campagne de répression et de purges lancée par Mao Tsé-toung en 1966.
Vêtu d'une chemise bleue et coiffé d'une casquette, le libraire de 61 ans confie la terreur ressentie pendant ses mois de détention et d'interrogatoires par deux agents de Pékin. « Ils disaient que nous publiions, vendions et expédions des livres portant atteinte aux autorités, que nous étions des réactionnaires, que je passerai 20 à 30 ans en prison jusqu'à ma mort », ajoute-t-il.

« Au pire, je pourrais mourir »
« Ils m'ont fait comprendre que leur pouvoir était énorme et n'était pas contraint par le respect de la loi », poursuit-il, en ajoutant qu'on lui avait dit qu'une « équipe spéciale d'investigation » s'occupait de son cas.
« J'étais là, assis, à les regarder. Quand je disais une chose, ils en disaient 30 en tapant sur la table. » M. Lam a pu rentrer pour la première fois à Hong Kong mardi, à condition qu'il récupère un disque dur contenant la liste des clients de la librairie et le rapporte jeudi en Chine continentale. Il a cependant décidé de désobéir et de briser le silence.
A-t-il peur ? « Au pire, je pourrais mourir », lâche-t-il. « Mais les civils n'ont pas peur de la mort, alors pourquoi les menacer ? ajoute-t-il en citant une vieille sagesse populaire chinoise souvent répétée pour décrire le comportement à adopter face aux régimes répressifs. Je suis un homme libre. »
Actuellement hébergé par un proche, M. Lam s'est refusé à demander la protection des autorités hongkongaises : « À quoi bon ? Ils ne peuvent pas me protéger éternellement. » Il a également refusé la proposition d'un homme politique prodémocratie qui disait pouvoir l'aider à obtenir l'asile ailleurs car il veut demeurer à Hong Kong pour parler librement.

« Je ne suis pas un héros »
Samedi, M. Lam a pris la tête d'une manifestation d'un millier de personnes mettant au défi Pékin et les autorités locales de s'expliquer sur ces disparitions, alors que l'exécutif hongkongais est régulièrement accusé d'être la marionnette de la Chine.
L'éditeur en est convaincu, Mighty Current et sa librairie, Causeway Bay Bookstore, que M. Lam gérait, ont été ciblées dans le cadre d'une campagne plus large pour dissuader Hong Kong de publier des titres critiques.
Si cette campagne porte ses fruits dans certaines librairies, M. Lam s'est engagé à continuer de travailler comme auparavant.
« Il n'y a pas de livre interdit à Hong Kong, tonne-t-il. « Ici, la liberté de publication existe. » « Je ne suis pas un héros, dit-il. Les Hongkongais sont les héros. Tant que nous continuerons le combat, il y aura de l'espoir. »
Hong Kong jouit de libertés inconnues ailleurs en Chine continentale, en vertu du principe « Un pays, deux systèmes », en théorie jusqu'en 2047.

Laura MANNERING/AFP

Le libraire hongkongais Lam Wing-kee, auteur de révélations explosives sur sa détention en Chine, a comparé hier, dans un entretien à l'AFP, son calvaire à la répression qui avait cours lors de la Révolution culturelle.M. Lam est l'un des cinq employés de la maison d'édition « Mighty Current » qui s'étaient volatilisés fin 2015, une affaire qui a semé l'effroi dans l'ex-colonie britannique, où beaucoup redoutent que Pékin ne renforce sa mainmise.« Mighty Current » est spécialisée dans les titres salaces sur la vie privée des dirigeants chinois et les intrigues politiques au sommet du pouvoir. Libéré sous caution, l'homme qui a choisi de ne pas retourner en Chine a raconté jeudi lors d'une conférence de presse comment il avait été arrêté en octobre en se rendant sur le continent à Shenzhen puis...
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