Le Premier ministre britannique David Cameron suivi du chef de l’opposition travailliste Jeremy Corbyn, du président du Parlement John Bercow et de Hilary Benn, membre du Parlement, hier, lors de la cérémonie en hommage à la députée Jo Cox. Craig Brough/Reuters
Le Premier ministre britannique David Cameron a lancé un appel à la tolérance hier en rendant hommage, à Birstall, à la députée travailliste Jo Cox, sauvagement tuée, la veille, dans cette ville du nord de l'Angleterre.
« Là où nous voyons de la haine, là où nous voyons des divisions, nous devrons les chasser de notre vie politique, de notre vie publique, de nos communautés », a ainsi déclaré le Premier ministre, après avoir déposé une gerbe de fleurs, entouré du chef de l'opposition travailliste Jeremy Corbyn et du président du Parlement John Bercow. M. Corbyn a annoncé que le Parlement, en vacances pour cause de référendum sur l'UE jeudi, avait été rappelé à sa demande pour rendre lundi « l'hommage qui est dû (à Jo Cox) au nom de tous ceux qui dans ce pays chérissent la démocratie, la liberté de parole et d'expression politique ». « C'était une femme merveilleuse. Je suis profondément désolé, profondément triste de ce qui lui est arrivé », a-t-il ajouté, visiblement ému.
Le meurtre de Jo Cox, 41 ans, mère de deux jeunes enfants, a provoqué une immense émotion au Royaume-Uni ainsi que la suspension immédiate de la campagne pour le référendum. Elle restera suspendue au moins jusqu'à demain.
« Ce drame va avoir un effet apaisant sur une campagne qui a été agressive, avec des conflits de personnes », déclare Wyn Grant, professeur de politique anglaise à l'Université de Warwick. « Le camp du Brexit va devoir faire plus attention à son langage », estime pour sa part John Curtice, professeur en sciences politiques de l'Université de Strathclyde. Mais aucun ne s'aventure à prédire les conséquences de ce drame sur le résultat du vote alors que les dernières enquêtes d'opinion, avant le meurtre, donnaient les partisans du Brexit en tête.
Les drapeaux de Buckingham Palace, du Parlement et du 10 Downing Street, la résidence officielle du Premier ministre, étaient en berne. La reine a adressé un message de soutien à Brendan Cox, le mari de la défunte. Dans un geste de solidarité, le Parti conservateur a décidé qu'il n'alignerait pas de candidat face au Parti travailliste pour l'élection du remplaçant de Jo Cox dans la circonscription de Birstall.
« Une attaque ciblée »
Du côté de l'enquête, la police a dit étudier la piste de possibles liens avec l'extrême droite du principal suspect, un homme de 52 ans, qui aurait crié : « Britain first ! (La Grande-Bretagne d'abord !) », selon des témoins. Selon le Southern Poverty Law Centre, un groupe américain de défense des droits civiques, le suspect, nommé Thomas Mair par les médias, est un « partisan dévoué » d'un groupe néonazi basé aux États-Unis.
Le quotidien The Guardian a affirmé hier après-midi que la police avait retrouvé des symboles nazis à son domicile ainsi que de la littérature d'extrême droite, notamment un manuel pour fabriquer des pistolets. La police a confirmé que le suspect, dans « une attaque ciblée », avait tiré sur la députée avant de la poignarder, alors qu'elle gisait en sang sur le sol. Le frère du suspect a, quant à lui, déclaré au Sun que le Thomas Mair avait eu « des antécédents de troubles mentaux », une piste également suivie par la police.
Des médias n'hésitaient pas à mettre en cause l'agressivité de la campagne politique dans son acte. Le quotidien The Guardian a dénoncé « un ton brutal qui attise les divisions ». Le Spectator a ainsi blâmé jeudi soir le camp militant pour la sortie de l'UE, mettant directement en cause le dirigeant du parti europhobe Ukip Nigel Farage et les chefs de file de la campagne pour le Brexit, avant de retirer ce passage.
Enfin, hier, la chancelière allemande Angela Merkel a mis en garde contre « l'exagération et la radicalisation partielle des discours (qui) ne participent pas à la création d'une atmosphère de respect ».
(Source : AFP)

