Les deux victimes de Larossi Abballa, Jessica Schneider (à gauche) et son compagnon Jean-Baptiste Salvaing. Handout/AFP
Larossi Abballa, meurtrier présumé de deux policiers à Magnanville (Yvelines, ouest de Paris), menace de faire de l'Euro 2016 un « cimetière » dans une vidéo postée sur Facebook et diffusée par Amaq, l'agence de l'organisation État islamique (EI). Dans ce document filmé, dit-il, après le meurtre du couple de policiers et avant sa propre mort lors de l'assaut par le forces du Raid, le suspect déjà condamné en 2013 pour son implication dans une filière jihadiste vers le Pakistan commence par faire acte d'allégeance à Daech, acronyme arabe de l'EI. « Vous nous avez fermé les portes de la hijra (émigration vers un pays musulman), nous ouvrons les portes du jihad sur votre territoire », dit-il ensuite en s'adressant aux autorités françaises. « Pour l'Euro, on vous réserve d'autres surprises, je ne vous en dis pas plus, l'Euro sera un cimetière », ajoute-t-il avec un grand sourire. Larossi Abballa, un Français de 25 ans, qui s'adresse alors à ses « frères » de la communauté musulmane, dit qu'il faut mener des attaques « comme l'a demandé le cheikh Abou Mohammad al-Adnani », porte-parole de l'EI, dans un message diffusé peu avant le début du ramadan. « Faites trembler la France, dit-il. Élancez-vous et répondez à l'appel de votre émir. » Larossi Abballa appelle à tuer particulièrement des surveillants de prison, des policiers, une demi-douzaine de journalistes qu'il cite nommément, des rappeurs et même des imams. « Tuez-les, tuez-les, ils ont vendu la religion, ils ont vendu Allah. » Il demande également d'attaquer les députés et les maires français, expliquant que c'est « facile », car il suffit de « les attendre devant leurs locaux ». « Vous n'allez plus goûter au repos, on vous attendra devant vos demeures. » À la fin de son intervention, Larossi Abballa explique être cerné par les forces de l'ordre, au domicile de ses victimes. Il a été tué durant l'assaut. Avant d'être abattu, l'assaillant a déclaré aux forces d'élite qu'il avait prêté allégeance à l'EI trois semaines plus tôt et qu'il connaissait la qualité de policier de sa victime, a précisé le procureur de Paris, François Molins.
Avant de filmer cette vidéo, Larossi Abballa a donc assassiné un policier français de 42 ans, Jean-Baptiste Salvaing, devant son domicile à Magnanville, à l'ouest de Paris, lundi vers 19h00 GMT avant qu'il ne se retranche à l'intérieur du pavillon. Il a été tué dans l'assaut de policiers d'élite après avoir égorgé la compagne de sa victime. Leur petit garçon de trois ans, qui se trouvait dans la maison, est très choqué mais indemne.
Il s'agit de la première attaque revendiquée par l'EI depuis les attentats de novembre dernier à Paris (130 morts) et deux jours après le carnage dans un club gay d'Orlando (49 morts) également revendiqué par l'organisation jihadiste, aussi sur le mode du « loup solitaire ». « Un cap dans l'horreur a été franchi », a commenté le Premier ministre Manuels Valls, parce que, cette fois, « c'est le domicile, l'intimité même d'une famille (...) qui ont été pris pour cible ».
Larossi Abballa, originaire de la ville populaire de Mantes-la-Jolie à l'ouest de Paris, gravitait depuis des années dans la mouvance islamiste radicale. En 2011, il avait été arrêté pour participation à une filière qui souhaitait envoyer de jeunes volontaires pour le jihad armé au Pakistan. « J'ai soif de sang. Allah m'en est témoin », avait-il déclaré peu avant sur un téléphone placé sur écoute. Après plus de deux ans derrière les barreaux, où il s'était distingué par son prosélytisme, il avait été remis en liberté en 2013. Depuis le début 2016, il était visé dans une nouvelle enquête sur une filière jihadiste syrienne. Dans ce cadre, des « interceptions et géolocalisations » avaient été mises en place « sur plusieurs lignes téléphoniques », a précisé le procureur Molins. Mais elles n'avaient pas permis de déceler « la préparation et un passage à l'acte violent ».
Le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a rencontré hier les collègues « traumatisés » des victimes. Il leur a promis de « mettre hors d'état de nuire d'éventuels complices ». Trois connaissances présumées d'Abballa ont été arrêtées hier, selon une source policière. Selon les syndicats policiers, le ministre va prolonger au-delà de l'état d'urgence (en vigueur jusqu'au 26 juillet) l'autorisation pour les policiers d'être armés en permanence, y compris hors service et sur la base du volontariat.
(Sources : agences)

