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Culture - Rencontre

Songes imagés de nuits de printemps

Il ne prétend pas être photographe, mais capteur d'images furtives, volées le jour et remaniées le soir. Après ces longues nuits au goût doux-amer, Nasri expose son travail à la galerie de l'Institut français.

« La Baignade. »

« Beyrouth peut-être ». Tel est le titre de l'essai en images de Nasri. Un peut-être comme un adverbe mais tellement variable, fluctuant. Mais aussi Beyrouth qui peut être à mille facettes, à mille visages car difficile à cerner, même si elle est très présente dans notre vie. Le travail de Nasri, prénom devenu nom, caractère fictif comme il le dit, commence il y a quelques mois en tentant (et il insiste sur la tentative) des images, en essayant de capter cette ville par la photo. Et de la comprendre même parfois à distance.

Peut-être les mots, peut-être les sons...
Nasri est issu du monde de la littérature. « Bien avant cela, de l'amour des mots. D'abord le français parce que j'y ai grandi, bercé par de grands poètes comme Rimbaud, puis l'arabe, mais aussi l'anglais. Je me sens bien un peu partout. Il y a quelque chose de provisoire dans la langue, dit-il. Elle ne fixe pas les choses et j'ai une foi absolue dans la diagonale, cette transversale qui coupe, toujours dans le respect des mots. » Assoiffé de langues et de sons, l'image viendra après, provoquée parfois par ces mots ou même par la musique qu'il écoute également la nuit, « un lieu où je croise mes démons et les salue ». Et de poursuivre : « L'image est aussi une langue vivante qui comporte sa propre grammaire et que, humblement, j'essaye de découvrir. En la détournant ou la contournant. Certes elle est plus nue que le mot, plus exhibitionniste. Elle a du mal à mentir alors que ce dernier ment jovialement. Parfois, on fait un ménage à trois. »

Nasri, peut être
Il peut en effet traverser les films, sous la direction de Jocelyne Saab, Christian Merlhiot, Jad Youssef, Roy Samaha ou Georges Hachem. Il peut, dans son imaginaire, confronter Delphine Seyrig à Grace Jones ou encore à Sabah et Feyrouz. Dans ses escapades nocturnes sur le Web, ou en direct, il joue. Beyrouth devient mirage, tour amère, Sabah démultipliée, une Raouché semblable à un pachyderme ou une tranche de Feyrouz. Même les palmiers, chez Nasri, ont la tête ébouriffée de Tina Turner. Avec ses papiers collants, ses ciseaux, son imprimante, ses crayons de couleur, il redevient enfant. Il salit l'image, la manipule, la coupe. Il revoit sur le Net, en 3D, des paysages choisis. Il est à la fois ce vampire de la nuit et ce petit enfant qui recrée un imaginaire. Celui d'une ville qui donne le vertige. Et, citant Rimbaud : « À moi l'histoire d'une des folies, je tente de fixer des vertiges. »

Peut-être l'image...
De cette ville provisoire, « impermanente », qui bouge sans cesse, tout comme lui, il a eu envie d'en saisir les moments, pris depuis son téléphone mobile. « Un algorithme, un produit mathématique auquel j'étais revêche et qui néanmoins m'a permis de m'amuser. » Car dans cette exposition, voire une mise à nu de l'artiste, il y a ce double volet qui consiste à reconstruire une ville mais aussi à s'approprier l'image et à la manipuler. Il y a ce côté ludique, ce côté d'autodérision. « Le jeu est sérieux, dira-t-il, et j'essaye encore une fois de m'amuser ! On peut rire de ce travail, ne pas l'apprécier, d'ailleurs je ne l'ai pas réalisé dans le but de plaire. » C'est effectivement un doigt d'honneur que Nasri fait à toutes ces images invasives, pornographiques et chargées de violence qu'on nous impose tous les jours... « Et dont je fais partie, malheureusement, je l'avoue. » « Cette exposition est née par pur accident, à cause de ce téléphone intelligent – plus intelligent que moi, dit-il en riant –. J'ai commencé à prendre des photos, à utiliser Instagram. » La première victime a été la tour Murr, plaie sombre et béante de la capitale et dont il fera la série amère. Encouragé par Eric Lebas de l'Institut français, qui le pousse à poursuivre ce travail, Nasri finira par capter six mille images. Triées et sélectionnées, elles seront au nombre de soixante. « Étant acteur, je connais l'image car je m'y suis invité, mais de là à en être le manipulateur et le fabricant, c'était une autre étape, que j'ai tenté de franchir. » Et de conclure : « Dans cette exposition, les spectateurs entrent de plain-pied dans mon intime. Encore une émotion nouvelle à découvrir. »

* Galerie de l'Institut français de Beyrouth, du 14 juin au 10 juillet 2016.

« Beyrouth peut-être ». Tel est le titre de l'essai en images de Nasri. Un peut-être comme un adverbe mais tellement variable, fluctuant. Mais aussi Beyrouth qui peut être à mille facettes, à mille visages car difficile à cerner, même si elle est très présente dans notre vie. Le travail de Nasri, prénom devenu nom, caractère fictif comme il le dit, commence il y a quelques mois en tentant (et il insiste sur la tentative) des images, en essayant de capter cette ville par la photo. Et de la comprendre même parfois à distance.
Peut-être les mots, peut-être les sons...Nasri est issu du monde de la littérature. « Bien avant cela, de l'amour des mots. D'abord le français parce que j'y ai grandi, bercé par de grands poètes comme Rimbaud, puis l'arabe, mais aussi l'anglais. Je me sens bien un peu partout. Il y a quelque...
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