Des déplacés irakiens portant des sacs de vivres, hier, à une trentaine de kilomètres de Fallouja. Moadh al-Dulaimi/AFP
Abou Marwan, sa femme et leurs trois enfants font partie des rares civils qui ont réussi à fuir Fallouja après avoir été pris au piège dans ce bastion irakien du groupe ultraradical État islamique (EI). La plupart des 20 000 personnes qui ont fui depuis le début de l'opération des forces irakiennes pour reprendre cette ville située à 50 km à l'ouest de Bagdad, le 23 mai, venaient des périphéries de Fallouja.
L'homme de 49 ans et sa famille ont fui la cité assiégée cette semaine. Voici le récit qu'il a livré par téléphone : « Nous n'avons pas quitté Fallouja quand Daech (acronyme arabe de l'EI) a pris le contrôle (de la ville) », il y a plus de deux ans, raconte-t-il. « Nous pensions que la crise prendrait fin en quelques semaines ou quelques mois. Mais les hommes armés ont bientôt contrôlé les gens d'une main de fer, imposant de nouvelles règles (...) et posant des bombes dans les rues, dit-il. Cela a continué en 2014 et 2015 (...) mais nos conditions de vie se sont brusquement détériorées au début de cette année. »
Avec l'offensive lancée par les forces irakiennes, la situation empire, et il y a quelques jours Marwan décide de fuir. « Mon voisin et moi avons contacté un certain Abou Omar, membre de Daech connu sous le nom de "wali" (chef local) du sud de Fallouja, pour faciliter notre exfiltration de la ville. En échange, nous devions emmener sa femme avec nous. Il s'était arrangé pour qu'elle rejoigne Kirkouk, une ville du nord de l'Irak. Daech appelle les femmes de ses membres "femmes de l'État", tandis que celles qui n'ont pas prêté allégeance à l'organisation sont désignées comme "femmes communes" », explique Abou Marwan.
Traversée de l'Euphrate
L'accord avec le « wali » est scellé en deux jours. Abou Marwan prépare sa voiture et toute la famille prend place ainsi que la femme d'Abou Omar. « Nous avons été arrêtés à de nombreux checkpoints, mais en disant que nous étions envoyés par Abou Omar, nous sommes passés. Il nous a ensuite rejoints et nous a ouvert la voie sur une moto en nous demandant de rester à 100 mètres derrière lui », dit-il. Ils se rendent alors dans une zone appelée Zoba, près du fleuve Euphrate, raconte Abou Marwan. « Il y avait de nombreux combattants de Daech le long de la route, lourdement armés et cachés », relate-t-il.
À Zoba, la présence de l'EI est très forte. Les jihadistes contrôlent strictement les candidats au départ. « Des familles attendaient depuis quatre jours pour traverser le fleuve. Certaines se disputaient avec Daech, raconte Abou Marwan. J'ai laissé ma voiture à Daech. Après avoir moi aussi débattu avec eux, nous avons embarqué sur un petit bateau avec ma famille et la femme d'Abou Omar, mais Daech a exigé que les hommes nagent et que seuls les femmes et les enfants restent sur les bateaux. »
Selon le Conseil norvégien pour les réfugiés, responsable de la plupart des camps qui hébergent les civils déplacés par les combats autour de Fallouja, des centaines de familles ont fui par Zoba au cours des derniers jours. Plusieurs personnes ont été abattues par l'EI ou se sont noyées en tentant de traverser le fleuve, selon plusieurs organisations humanitaires.
« Après avoir traversé le fleuve, nous avons marché une courte distance et trouvé l'armée irakienne et (le groupe paramilitaire) des Hachd el-Chaabi. Ils nous ont accueillis et nous ont offert des sucreries, du jus et de l'eau. Ensuite, ils ont séparé les hommes et les femmes, et effectué les contrôles de sécurité sur nos objets personnels », note-t-il. « Ils ont longuement interrogé les hommes pour avoir des informations sur les membres de l'EI. Ceux qui n'étaient pas trop âgés ont été gardés toute la nuit (...) », ajoute-t-il. Finalement, Abou Marwan a pu rejoindre sa famille et les milliers de déplacés par les combats.
(Source : AFP)


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