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Moyen Orient et Monde - Analyse

Le mythe d’un retour vers le passé

Café de Flore – Saint-Germain – Paris 1949. Photo AFP

Faire du neuf avec du vieux. La méthode est classique mais plus populaire que jamais. Du slogan de Donald Trump, Make America great again, aux rêves impériaux de Vladimir Poutine ou de Recep Tayyip Erdogan, en passant par les discours politiques glorifiant le passé dans la majorité des pays d'Europe de l'Est et dans certains pays d'Europe de l'Ouest, la révolution conservatrice est en train de gagner les esprits à l'échelle planétaire. Plus de 25 ans après la fin de la guerre froide, les courbes sont en passe de s'inverser à tel point que, regarder vers le passé devient politiquement plus rentable que de se tourner vers l'avenir. Les théories sur la fin de l'histoire, sur la démocratisation du monde et sur l'universalité des valeurs, si populaires il y a 25 ans, semblent aujourd'hui totalement dépassées.

Parce qu'il est illisible, parce qu'il n'est plus nécessairement synonyme de progrès en matière de qualité de vie, l'avenir a désormais quelque chose d'angoissant, et ce d'autant plus pour les jeunes générations. Le passé renvoie, au contraire, à quelque chose de rassurant, à la nostalgie d'une enfance ou d'un temps souvent mythifié où tout était, en apparence, plus simple. Au-delà des facteurs psychologiques propres à chacun, la prégnance du sentiment nostalgique, qui pourrait se résumer par l'idée du « c'était mieux avant », est la résultante directe de la crise de la modernité. La croyance dans le progrès perpétuel, qui est l'un des fondements de la pensée moderne, s'est largement essoufflée face au constat d'un progrès technique ne garantissant plus automatiquement le progrès civilisationnel. À défaut de nouvelles idéologies à caractère universel et capables de donner du sens à l'histoire, les gens se tournent vers des idéologies qui mythifient le passé. Ce processus s'inscrit dans une logique des plus paradoxales : ces idéologies, que l'on devrait plutôt nommer mythologies, occultent le fait même de l'histoire en présentant le « glorieux passé » comme un modèle intemporel. Il en va ainsi de phénomènes religieux comme le salafisme, dans sa version quiétiste comme dans sa version jihadiste, qui promeut un retour à l'âge d'or du Prophète, ou de phénomènes politiques tels que les mouvements réactionnaires ou nationalistes qui prônent un retour aux structures qu'ils considèrent comme traditionnelles.

Quand la politique s'empare du sentiment nostalgique pour façonner une idéologie, séculière ou religieuse, mythifiant le passé, elle crée une illusion qui se transforme très vite en désillusion. L'illusion d'une politique intemporelle qui serait, quelles que soient les circonstances, la meilleure des politiques. Or la politique est avant tout le produit d'un contexte particulier et d'une dynamique complexe liant le passé, le présent et l'avenir. Qu'il ait été glorieux ou non, l'idée d'un retour vers le passé est ainsi contraire à la nature même de la politique. Et tend à créer la confusion entre ce qui relève de la tradition et entre ce qui relève de la postmodernité.

Incapables de comprendre les phénomènes qui se déroulent sous nos yeux, nous usons et abusons de comparaisons historiques, en passant ainsi à côté de leur caractère entièrement nouveau. Ce n'est pas parce que les idées ou les mouvements se présentent comme un retour vers le passé ou qu'elles partagent certaines caractéristiques avec des périodes passées qu'il faut se laisser bercer par l'illusion d'une répétition de l'histoire. L'État islamique, malgré sa propagande, n'a pas grand-chose à voir avec les différents califats de l'histoire islamique, tout comme la révolution conservatrice actuelle n'a pas grand- chose à voir, malgré des ressemblances, avec la période de l'entre-deux-guerres du siècle dernier. Cela ne veut pas dire que l'histoire ne peut pas nous aider à analyser ces phénomènes, mais tout simplement qu'ils sont le produit de notre époque, fondamentalement postmoderne, et qu'il faut les analyser en tant que tels.

La défiance envers la mondialisation, l'ère du numérique, la crise des démocraties modernes, les identités plurielles, la fin des idéologies de gauche, l'apparition de nouveaux phénomènes religieux sont autant de caractéristiques de la postmodernité. C'est sur le lit de tous les méfaits de la mondialisation que la révolution conservatrice cherche à faire son nid. Une révolution conservatrice qui est, elle-même, en proie à de multiples contradictions : elle est conservatrice sur le plan des valeurs et ultralibérale sur le plan économique, elle se veut traditionnelle sur les plans politiques et religieux tout en étant totalement déculturée, elle prône une logique nationale alors qu'elle est, en soi, un mouvement mondialisé, elle critique l'individualisme des sociétés et la destruction des structures/institutions traditionnelles tout en basant son succès sur une adhésion individuelle à ses valeurs et à son projet. À défaut de faire du neuf avec du vieux, la révolution conservatrice essaie de faire du neuf avec du vintage. En somme, du neuf... avec du neuf.

 

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Faire du neuf avec du vieux. La méthode est classique mais plus populaire que jamais. Du slogan de Donald Trump, Make America great again, aux rêves impériaux de Vladimir Poutine ou de Recep Tayyip Erdogan, en passant par les discours politiques glorifiant le passé dans la majorité des pays d'Europe de l'Est et dans certains pays d'Europe de l'Ouest, la révolution conservatrice est en train de gagner les esprits à l'échelle planétaire. Plus de 25 ans après la fin de la guerre froide, les courbes sont en passe de s'inverser à tel point que, regarder vers le passé devient politiquement plus rentable que de se tourner vers l'avenir. Les théories sur la fin de l'histoire, sur la démocratisation du monde et sur l'universalité des valeurs, si populaires il y a 25 ans, semblent aujourd'hui totalement dépassées.
Parce qu'il est...
commentaires (5)

Ben... , même Normal 1er , sans vergogne , a tenté cette arnaque du siècle ! de faire croire , au retour à l'état sucette providence ... ! hélas, pour les socialistes et leurs variantes ...les gens s'aperçoivent tout de même...,que finalement en ce début de ce 21ème siècle , la sucette marxiste n'est plus vraiment une proposition valable pour notre époque... ,car elle a disparu avec la chute du mur de Berlin et l'implosion du paradis marxo/socialiste ... ,voilà que maintenant en 2016... , quand il ne reste que le baton de la sucette ...! les rêveurs permanents sont surpris ..par tant d'injustice sociale...........

M.V.

14 h 03, le 10 juin 2016

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Commentaires (5)

  • Ben... , même Normal 1er , sans vergogne , a tenté cette arnaque du siècle ! de faire croire , au retour à l'état sucette providence ... ! hélas, pour les socialistes et leurs variantes ...les gens s'aperçoivent tout de même...,que finalement en ce début de ce 21ème siècle , la sucette marxiste n'est plus vraiment une proposition valable pour notre époque... ,car elle a disparu avec la chute du mur de Berlin et l'implosion du paradis marxo/socialiste ... ,voilà que maintenant en 2016... , quand il ne reste que le baton de la sucette ...! les rêveurs permanents sont surpris ..par tant d'injustice sociale...........

    M.V.

    14 h 03, le 10 juin 2016

  • Quid même.... de Beyrouth Mâdînâtî ?!

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    12 h 41, le 10 juin 2016

  • LA MACHINE DU TEMPS ROULE VERS UNE DIRECTION... LES NOSTALGIQUES DU VIEUX LIBAN... DONT JE SUIS UN EXEMPLE... SAVENT QU,ILS REVENT... MAIS CE REVE EST DOUX QUAND MEME...

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    11 h 48, le 10 juin 2016

  • En somme, du "pur" classicisme réactionnaire ! Car, c'est sur le camouflage de tous les méfaits de l’accroissement des inégalités de revenus que le conServatisme chercha, cherche et cherchera toujours à faire son nid....

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    04 h 30, le 10 juin 2016

  • "La fin des idéologies de gauche." ! Ah bon ? Par exemple Syriza et Podemos ?

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    04 h 22, le 10 juin 2016

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